Revenu au pouvoir début 2024, Donald Trump n’a jamais montré une quelconque appétence pour l’Afrique. Le 47ème président des Etats-Unis n’a effectué aucun déplacement sur ce continent lors de son premier mandat (2017 – 2021), et lui réserve bien souvent les pires insultes et les pires clichés, marque de son ignorance sur l’actualité et les grands enjeux de ce continent.
A ce titre, l’Afrique reste d’un intérêt géopolitique secondaire pour l’administration Trump, ce qui ressort d’ailleurs de la récente Stratégie Nationale de Sécurité (NSS) 2025/2026 publiée fin 2025, qui lui consacre un bref chapitre. Comparé à d’autres zones comme l’Amérique Latine, l’Arctique le Proche-Orient ou l’Indo-Pacifique, le continent africain n’a d’intérêt qu’à travers le prisme économique, sécuritaire et migratoire, les Etats-Unis cherchant avant tout à contenir l’avancée de la Russie et surtout de la Chine, notamment en matière d’accès aux ressources fossiles ou aux terres rares.
Cette nouvelle approche repose ainsi sur les investissements, les échanges et les partenariats économiques centrés sur les minéraux stratégiques et les technologies. Les Etats-Unis cherchent par ailleurs à établir des partenariats avec des pays africains «fiables», capables d’ouvrir leur marché et de promouvoir la relation bilatérale au détriment du multilatéralisme.
Cet accent quasi exclusif sur le business marque un tournant, car il s’accompagne, pour la première fois, d’un désengagement inquiétant des structures multilatérales d’Aide Publique au Développement (APD), et des acteurs des secteurs prioritaires (éducation, santé…). Le démantèlement de l’Usaid (Agence des Etats-Unis pour le développement international) ou le retrait de Washington de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont déjà un très lourd impact en Afrique.
Autre rupture fondamentale : contrairement à la doctrine dominante durant des décennies, le locataire de la Maison Blanche ne fait plus sa priorité la situation intérieure des Etats africains en matière de gouvernance démocratique ou de Droit de l’Homme. Il aborde ces pays et leurs régimes tels qu’ils sont et quelle que soit leur nature.
Task Force
Pour pousser ce nouveau modèle, Donald Trump s’est entouré d’une équipe hétéroclite où se mêlent diplomates, militaires et amis personnels. Ces derniers ont à porter des dossiers aussi divers que l’avenir de l’Agoa (African Growth and Opportunity Act), reconduit finalement le 3 février 2026 pour une durée d’un an, le redéploiement militaire sur le continent via le dispositif Africom, des sujets bilatéraux à l’instar du Sahara occidental ou la paix entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.
Outre le chef de l’Etat, la mise en œuvre de cette politique et le suivi des dossiers repose d’abord sur le secrétaire d’Etat Marco Rubio, nommé en novembre 2024. Natif de Floride, Etat dont il fut le sénateur emblématique en 2006, 2016 puis 2022, cet avocat, 54 ans, fils d’immigrés et membre du Parti Républicain, est le premier américain d’origine cubaine à accéder à ce poste. Ses origines le sensibilisent naturellement à la politique avec les pays d’Amérique Latine. Marco Rubio a d’ailleurs obtenu, de la part de Donald Trump, une marge de manœuvre considérable concernant cette zone géographique.
Le secrétaire d’Etat n’en suit pas moins les principaux dossiers africains parmi lesquels le Sahara occidental, la crise soudanaise, le suivi de l’accord de paix signé à Washington, en novembre 2025, entre la RDC et le Rwanda dont il dénoncera, quelques semaines plus tard, la violation par Kigali. Marco Rubio est notamment l’artisan de l’excommunication de l’Afrique du Sud dans le dispositif diplomatique américain à la suite de tensions depuis le début du second mandat de Donald Trump. Ces tensions ont été cristallisées publiquement lors de la visite de Cyril Ramaphosa à la Maison Blanche, en mai 2025, durant laquelle le président sud-africain s’est vu accuser d’opérations punitives contre les Afrikaners afin de s’accaparer leurs terres.
Comme preuve, Donald Trump avait alors cru brandir une série de photos de ces supposées violences, lesquelles représentaient, en réalité, des événements survenus…au Kenya. Mais les croyances d’une « épuration » envers les Afrikaners sont suffisamment fortes dans la sphère trumpiste pour que Marco Rubio, sur demande présidentielle, retire la participation de l’Afrique du Sud au prochain G20 prévu à Miami, en décembre 2026. Cette décision prive l’Afrique d’une représentation internationale, Prétoria étant le seul pays africain de ce groupe des plus fortes économies mondiales. Pour sa part, Donald Trump avait refusé de participer au G20 de 2025, organisé en décembre dernier à Johannesburg.
Ancien de la CIA
Au Département d’Etat, Marco Rubio peut compter sur le chef du Bureau des Affaires Africaines par intérim, Nick Checker (Assistant Secretary of State for African Affairs). Nommé le 6 janvier 2026, ce dernier remplace Jonathan Pratt, après son départ à la retraite. Parmi ses toutes premières missions, Nick Checker a assisté à l’investiture du nouveau président guinéen, Mamadi Doumbouya, à Conakry, le 17 janvier. Visite au cours de laquelle il a insisté sur « l’importance vitale » des liens économiques entre les deux pays.
Haut fonctionnaire, diplômé en Histoire et en Sciences Politiques de l’Université du Wisconsin et d’Etudes en sécurité de l’Université de Georgetown, Nick Checker était auparavant sous-secrétaire adjoint pour l’Afrique australe et l’aide étrangère. Avant de rejoindre le Département d’Etat, il a officié comme secrétaire exécutif adjoint du Conseil de sécurité nationale. Il est surtout connu pour avoir intégré la CIA, de 2014 à 2025, où il a couvert de nombreux conflits en Afrique et au Moyen-Orient. Il est par ailleurs chercheur associé en sécurité nationale auprès du sénateur Bill Hagerty (républicain du Tennessee).
Marco Rubio s’appuie également sur le Deputy Secretary of States, le n°2 du Département d’Etat, Christopher Landau, 62 ans. Né à Madrid, en Espagne, cet avocat/juriste est diplômé du Harvard College et de la Harvard Law School. Parmi ses nombreuses fonctions, il a notamment travaillé comme assistant juridique à la Cour Suprême américaine avant d’être nommé par Donald Trump ambassadeur des Etats-Unis au Mexique, de 2019 à 2021. Secrétaire d’Etat adjoint depuis mars 2025, il a effectué du 24 janvier au 1er février 2026, une vaste tournée en Afrique de l’Est, qui l’a conduit en Egypte, en Ethiopie, à Djibouti et au Kenya.
Conseiller spécial Afrique
A la Maison Blanche, Donald Trump confie une partie de sa politique africaine à un intime : Massad Fares Boulos. A 55 ans, cet homme d’affaires d’origine libano-nigériane, né à Kfaraakka, parfait connaisseur du secteur privé sur le continent, est la cheville ouvrière pour faire avancer les investissements. Depuis janvier 2025, il est Senior Special Advisor to the President for Arab and African Affairs. Une fonction qu’il cumule avec celle de conseiller Afrique au Département d’Etat. Son influence auprès du locataire du bureau ovale s’inscrit dans une proximité familiale, son fils, Michael Boulos, étant marié à Tiffany Trump, l’une des filles de Donald Trump.
Moins diplomate que businessman, Massad Boulos a dirigé plusieurs sociétés en Afrique dont SCOA Nigéria, spécialisée dans le secteur des poids-lourds. Il a travaillé sur tous les dossiers, leur donnant un contours économique, qu’il s’agisse de l’accord de Washington RDC/Rwanda ou encore le plan marocain d’autonomie au Sahara occidental.
Gendre de Donald Trump et vice-président, J.D Vance est également associé aux dossiers africains. Il était annoncé au Kenya, en novembre 2025. Cette visite a finalement été annulée, mais elle est compensée par celle, récente, de Christopher Landau.
Sécurocrates
Au sein du National Security Council (NSC – Conseil National de Sécurité), l’Afrique est du ressort de Brendan McNamara. Nommé en mars 2025, cet expert militaire joue à ce titre un rôle prioritaire dans la définition de la politique américain du point de vue sécuritaire. Il a officié au sein de structures militaires comme l’US Africa Command ou l’US Space Command.
A la tête de l’Africom (United States Africa Command) basée en Allemagne, Donald Trump a nommé le général Dagvin Anderson, pour poursuivre la stratégie de lutte contre le terrorisme sur le continent. Ancien officier supérieur de l’US Air Force, ce général 4 étoiles, 56 ans, est doté d’une longue expérience des opérations aériennes et interarmées. Nommé en août 2025, il a officié auparavant comme Directeur du Joint Force Development au Pentagone ; vice-directeur des Opérations et Commandant des Opérations Spéciales de l’Africom (Socafric). A son poste, il conduit les opérations militaires des Etats-Unis en Afrique. Il a notamment planifié l’intervention au nord-ouest du Nigérian, fin 2025, contre le groupe Etat islamique.
Diplomates
Cette talk force devrait théoriquement s’appuyer sur un tissu dense de diplomates et d’ambassadeurs sur le terrain. Toutefois, les tensions avec plusieurs pays et les priorités accordées à d’autres zones géographiques laissent actuellement un sérieux vide. De nombreux pays stratégiques comme l’Ethiopie, le Kenya, l’Afrique du Sud ou encore le Nigéria ne sont actuellement dotés que d’un chargé d’affaires. Rare ambassadeur notable pour l’instant, Richard Duke Buchan III est la tête de la chancellerie au Royaume du Maroc après sa nomination, fin 2025.
Ce faible empressement à nommer des ambassadeurs souligne la personnalisation de la politique africaine par Donald Trump, qui a toujours préféré s’appuyer sur les membres de son premier cercle au détriment des diplomates de carrière qu’il aurait même tendance à exécrer.



