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UEMOA : la fintech CinetPay victime présumée d’une cyberattaque de 1,1 million de dollars 

L’information divulguée il y a quelques jours dans les milieux financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a fait l’effet d’une bombe. La fintech ivoirienne CinetPay aurait été victime d’une attaque estimée, dans la fourchette basse, à 1,1 million de dollars. Les incidents de cyberfraude proviendraient de trois pays : la Côte d’Ivoire, le…

L’information divulguée il y a quelques jours dans les milieux financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a fait l’effet d’une bombe. La fintech ivoirienne CinetPay aurait été victime d’une attaque estimée, dans la fourchette basse, à 1,1 million de dollars. Les incidents de cyberfraude proviendraient de trois pays : la Côte d’Ivoire, le Togo et le Burkina Faso. 

Selon nos informations, les fraudeurs auraient exploité le système de trésorerie de l’entreprise afin de détourner des fonds vers des comptes de mobile money. CinetPay serait parvenue à bloquer une partie des flux frauduleux sur Orange Money, mais les montants récupérés ne représenteraient qu’une fraction des pertes totales.

Contacté par Financial Afrik, le CEO de l’entité, Daniel Dindji, reconnaît l’incident, qui remonterait, selon ses explications, au mois de juillet 2025. « En août, j’ai porté plainte au Pôle pénal économique et financier (PPEF). Au stade actuel, plusieurs pistes sont évoquées, dont des imputations internes. » Des collaborateurs de l’entreprise auraient été entendus dans le cadre de l’enquête.

En attendant, l’affaire aurait fait plusieurs victimes, dont D-Pay, un agrégateur de commerçants opérant en Afrique de l’Ouest francophone. L’entité basée au Nigeria estime que « CinetPay lui doit plus de 655 millions de FCFA (1,1 million de dollars) » à la suite d’une cyberattaque qu’elle situe, pour sa part, en septembre 2025.

D-Pay évoque des documents signés par le PDG de CinetPay, Daniel Dindji, le 30 septembre 2025, indiquant que la fintech ivoirienne a subi des « incidents majeurs de cyberfraude » ayant provoqué une crise de liquidité affectant plusieurs partenaires marchands dans la région.

Quatre mois après la cyberattaque, D-Pay et d’autres partenaires concernés affirment attendre toujours le versement de leurs fonds, sans qu’aucun plan de remboursement n’ait été rendu public par CinetPay. En réponse à Financial Afrik, Daniel Dindji indique que plusieurs clients auraient été remboursés. « Pour le cas de D-Pay, nous attendons, car ils font l’objet d’une enquête en Côte d’Ivoire pour exercice illégal. »

Certaines sources estiment que les paiements effectués à ce stade n’excéderaient pas 120 millions de FCFA.

D-Pay, qui s’appuie sur CinetPay pour traiter les paiements de ses clients commerçants, déclare avoir été contraint d’utiliser ses propres fonds de roulement pour régler ses partenaires et éviter un effondrement opérationnel. L’entreprise affirme faire partie des nombreux partenaires affectés par l’incapacité de CinetPay à honorer ses obligations de règlement.

« Les commerçants dépendent du règlement rapide des fonds pour assurer leurs activités », explique John Schubbe, responsable des opérations chez D-Pay. « En retenant pendant des mois les fonds des clients, cette situation a limité notre accès au fonds de roulement et affecté notre capacité à servir nos clients. »

Au-delà des relations clients-fournisseurs, cette crise concerne également la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui a délivré à CinetPay une licence de prestataire de services de paiement. La fintech aurait par ailleurs obtenu, à la mi-2025, l’agrément pour intégrer le système formel de paiements transfrontaliers de la région.

Selon une source généralement bien informée, la BCEAO suit  l’affaire de près. Le principal dirigeant de la fintech aurait été auditionné par la Commission bancaire. Cette crise de liquidité soulève, selon D-Pay, des interrogations sur la séparation des fonds, le suivi en temps réel et les dispositifs de sécurité exigés des institutions de paiement régulées par la BCEAO.

Présentée encore il y a quelques mois comme une sérieuse candidate au statut de licorne, CinetPay avait levé 2,4 millions de dollars en 2021 auprès de Flutterwave et 4DX Ventures. Un investissement qui ne serait pas compromis, la jeune entreprise revendiquant plus de 25 000 commerçants utilisateurs de sa plateforme en Afrique francophone.

Pour sa part, D-Pay (Dpay.Africa) est une plateforme d’agrégation de paiements numériques créée en 2019 par Artur De Oliveira Ribas, Usman Farouk et Marinho Gomes. Elle propose des solutions de paiement pour les entreprises, notamment dans les secteurs du jeu, du commerce en ligne et des paris. Elle permet aux marchands d’accepter des paiements multicanaux (cartes bancaires locales et internationales, portefeuilles mobiles, transferts bancaires, cryptoactifs, etc.) via une API unique intégrée dans plusieurs pays africains, dont le Nigeria, le Togo, le Bénin et la Guinée.

La nature des activités impliquées dans certains flux — notamment les jeux et paris sportifs — ainsi que l’usage éventuel de cryptoactifs, complexifieraient le dossier et accentue  l’attention accrue du régulateur et du superviseur.

Chronologie

  • Juillet 2025 : survenance des incidents selon CinetPay.
  • Août 2025 : dépôt de plainte au Pôle pénal économique et financier (PPEF).
  • Août 2025 : premiers retards de règlement signalés.
  • 18 septembre 2025 : réunion d’urgence entre D-Pay et CinetPay.
  • 30 septembre 2025 : signature par Daniel Dindji d’une reconnaissance de dette de 655 millions FCFA envers D-Pay.
  • Octobre 2025 : proposition d’un plan de paiement différé, jugé insuffisant par les partenaires concernés.
  • Novembre 2025 : mise en demeure formelle par des partenaires affectés.
  • Janvier 2026 : fonds toujours impayés selon D-Pay.
  • Février 2026 : audition du dirigeant de CinetPay par la Commission bancaire.

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