L’utilisation de ces équipements marque un tournant dans les conflits armés sur le continent. Autant de nouveaux marchés convoités par équipementiers internationaux.
Chaque jour depuis bientôt trois ans, le conflit russo-ukrainien en apporte la preuve évidente : qu’ils soient utilisés pour la surveillance du territoire ou à des fins militaires, les drones ont fait une entrée fracassante dans le quotidien des armées du monde entier en modifiant durablement la configuration des conflits.
L’Afrique ne fait pas exception à la règle. Encore modeste, la vente de ces équipements sur le continent n’en est pas moins exponentielle. Une trentaine de pays en ont acquis ces dernières années. Des Etats comme l’Ethiopie, la République Démocratique du Congo, le Nigéria ou encore le Mali, en proie à une forte insécurité, sont des acheteurs fidèles. En Ethiopie, ils sont employés dans son confit avec la province du Tigré depuis le début de cette guerre, en 2020. La République Démocratique du Congo (RDC) s’est longtemps approvisionnée en drones pour lutter contre le mouvement M23, tout comme le gouvernement de Khartoum ou encore les juntes militaires au Sahel.
Les drones se développent très rapidement au sein des armées de ces pays, que ce soit sur le plan de leur fabrication, de leur déploiement ou de leur utilisation en impliquant de multiples acteurs, y compris des rébellions et des groupes armés.En 2023 et 2024, des groupes militants, dont l’État islamique au grand Sahara et la coalition JNIM (Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimin), ont utilisé des drones pour larguer des Engins Explosifs Improvisés (EEI) sur leurs rivaux et les forces gouvernementales. En juillet 2024, le général Abdel Fattah al-Burhan, chef des forces armées soudanaises (SAF), a survécu à une tentative d’assassinat à partir d’un drone sur une base militaire située à l’est du pays. Le recours à ces outils mobiles sans pilotes, simple d’utilisation et qui épargnent les vies de soldats est d’autant plus privilégié que les groupes armés recourent eux-mêmes à cette arme d’un genre nouveau (Boko Haram au Sahel, Al-Shabaab en Somalie…). Cette dernière sert autant sur le plan militaire que comme d’un outil de publicité et de propagande, voire de recrutement qui rend compte de victoires ou d’avancées stratégiques.
Diplomatie d’influence
Pour les fabricants ou les Etats fournisseurs, il s’agit donc là d’un marché prometteur permettant de renforcer leur influence en Afrique. Les Etats-majors africains plébiscitent particulièrement les drones tactiques de fabrication chinoise, iraniennes mais surtout turques, dominantes sur le marché avec le Bayraktar Akinci, le Bayraktar TB1 et, surtout, le Baykartar TB2, qui tend à supplanter le Wing Loon chinois.
Drones turcs au Sahel
L’acquisition de Bayraktar TB2 par le Gouvernement d’entente nationale (GNA) en Libye a été décisive contre l’Armée Nationale Libyenne (LNA) lors de la bataille pour la prise de Tripoli, en 2020. Depuis, sa popularité s’est confirmée. En janvier 2024, le Mali a acquis six drones Bayraktar TB2. Une livraison qui a fait l’objet d’une cérémonie officielle en présence du président Assimi Goïta. Les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) – Burkina Faso, Mali, Niger – privilégient cet équipement pour combattre les groupes armés jihadistes ou indépendantistes comme le Front de Libération de l’Azawad (FLA). Fin 2024, le Bayraktar a servi à neutraliser plusieurs responsables de ce mouvement. Un an auparavant, il avait permis aux Forces Armées Maliennes (Fama) de reprendre Kidal aux rebelles du Cadre stratégique permanent (CSP).
La gamme Bayraktar est produite par Baykar, entreprise dirigée par Özdemir Bayraktar, gendre du président Recep Tayyip Erdogan. Elle participe de la politique d’influence de la Turquie dont la stratégie en Afrique est renforcée par l’exportation de son industrie militaire. Cette percée est d’autant plus aisée qu’Ankara, comme Pékin, n’est pas contrainte par les procédures de contrôle sur les exportations d’armements. Autre théâtre en RDC, où le président Félix Tshisekedi a fait appel aux même équipements pour renforcer les capacités du pays dans la lutte contre la rébellion du M23. En juin dernier, les Forces Armées de la RDC (FARDC) ont réceptionné 4 nouveaux Bayraktar TB2. L’entreprise sud-africaine de défense Milkor était en lice pour ce contrat avec son Milkor 380. Pour contrer le M23, la RDC a parallèlement acquis des fusils anti-drones auprès de Bharat Electronics Ltd, société indienne du secteur aérospatial et de défense. Les dronistes français, notamment les entreprises Delair et Milton, convoitent également ces marchés.
Alexandre Varel
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