Par Laurentine Blondel ANABA et Thierry DJEUMO, auteurs du Baromètre 2025 sur les transferts d’argent vers l’Afrique par sa diaspora.
Paris, 25 février 2026, l’initiative « the Seeds » annonce la publication officielle de son Baromètre 2025, la 1ère étude du genre dédiée à l’analyse des transferts d’argent vers l’Afrique par sa diaspora et menée avec la participation de plus d’une centaine de membre de la diaspora africaine répartis à travers le monde.
Selon le baromètre, près de 100 milliards de dollars ont été envoyés vers l’Afrique en 2023 par sa diaspora, soit environ 4 % du PIB continental. Un volume supérieur à l’aide publique au développement et aux investissements directs étrangers réunis. Derrière cette puissance financière, le Baromètre 2025 réalisé par Laurentine Blondel ANABA et Thierry DJEUMO met en lumière une réalité contrastée : une diaspora engagée, structurée, mais lucide sur les limites transformantes de ses envois.
Selon l’étude, chaque expatrié transfère en moyenne plus de 4 000 euros par an, avec une fréquence soutenue : 80 % effectuent au moins cinq transferts annuels, et 40 % en réalisent plus de douze. Fait révélateur, 98 % des fonds sont dirigés vers le pays d’origine
. La diaspora interrogée – principalement camerounaise, ivoirienne et sénégalaise – est hautement qualifiée, majoritairement diplômée à Bac+5 et solidement intégrée dans les pays de résidence.
Les canaux privilégiés illustrent la mutation du marché : 44 % des transferts passent désormais par des applications fintech, contre 37 % via les agences classiques, signe d’une digitalisation accélérée des flux
L’usage des fonds reste dominé par la solidarité familiale : 85 % bénéficient directement à la famille ou aux proches, principalement pour le soutien de base (51 %), la gestion du foncier (19 %) ou l’épargne et l’investissement (11 %) Chaque expéditeur soutient en moyenne au moins trois bénéficiaires.
La satisfaction globale est élevée, avec une note moyenne de 7,3 sur 10. Pourtant, le paradoxe est frappant : 45 % des répondants estiment que ces transferts ne favorisent pas réellement l’indépendance des bénéficiaires, contre 42 % qui y voient un impact positif. La solidarité fonctionne, mais l’autonomisation reste incertaine.
L’étude souligne enfin des écarts macroéconomiques significatifs : en 2024, le Sénégal a reçu environ 3 milliards de dollars de sa diaspora, soit près de 9 % de son PIB, contre 1 milliard pour la Côte d’Ivoire et 0,6 milliard pour le Cameroun .
Ces différences interrogent les stratégies nationales de mobilisation de la diaspora et la capacité des États à transformer ces flux en levier de développement.
Au-delà des chiffres, le baromètre pose une question centrale : comment passer d’une logique d’assistance à une dynamique de transformation ? Pour les auteurs, l’enjeu repose sur un triptyque clair : confiance, confort et garantie. La diaspora envoie massivement, mais elle envoie à ceux en qui elle a confiance. Convertir ces 100 milliards en moteur de croissance durable exigera transparence institutionnelle, innovation financière et mécanismes crédibles d’impact mesurable.
« The Seeds » est une initiative associative et entrepreneuriale de la diaspora africaine en Europe dont la mission est de contribuer à la libération du potentiel du continent africain à travers notamment le soutien à l’entrepreneuriat local.
Le Baromètre 2025 repose sur une enquête menée entre avril et septembre 2025 auprès de 149 membres des diasporas camerounaise, ivoirienne et sénégalaise, résidant majoritairement en Europe et en Amérique du Nord.



