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Tchad-Glencore: la clause qui a coûté double à Idriss Deby

L’affaire opposant le Tchad et le négociant pétrolier suisse Glencore est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.     Tout a commencé en 2013 quand N’Djamena sollicite le groupe helvétique pour un prêt de 1,5 milliards de dollars (15% du PIB du pays ) remboursable en cargaisons de pétrole livrables sur…

L’affaire opposant le Tchad et le négociant pétrolier suisse Glencore est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.

 

 

Tout a commencé en 2013 quand N’Djamena sollicite le groupe helvétique pour un prêt de 1,5 milliards de dollars (15% du PIB du pays ) remboursable en cargaisons de pétrole livrables sur quatre ans.

L’Etat et la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) endossent le prêt que quelques experts refusent de considérer comme de la dette. «C’est de l’innovation financière. Un partage de la production future», entendait-on dans l’entourage présidentiel.

L’argent ainsi mobilisé devait permettre de racheter les actifs pétroliers de Chevron, soit 25% d’un champ pétrolier situé dans la région de Doba. Il faut le dire, le pétrole qui culminait alors à plus de 112 dollars (janvier 2014) autorisait toutes les hardiesses. Les choses changèrent vite. En début d’année 2015, le cours s’était effondré, cotant 61 dollar le baril. Ainsi, au moment même où le Tchad pensait tenir la belle affaire, le pétrole amorçait sa chute. Les hypothèses de départ ne tenaient plus.

Le pays tablait sur 500 millions de dollars d’excédents entre 2014 et 2018. À partir de cette année, 2018, la dette devait être intégralement remboursée, permettant au pays sahélien de récupérer l’intégralité de la production correspondante aux 25% acquis ainsi que les royalties de 12,5%. C’est tout le contraire qui s’est passé.
Comme le dit si bien l’adage,c’est quand la mer se retire que l’on voit les baigneurs nus. La chute des cours révèlent les clauses défavorables enfouies malicieusement dans les contrats. Dans le contrat Tchad-Glencore, l’on découvre que le remboursement concerne aussi toutes les royalties que le pays touche sur chaque baril produit et ses revenus du champ. Autrement dit, Glencore a ainsi mis la main sur tout le pétrole tchadien qu’il récupère au Cameroun via pipeline.
Très vite, les autorités tchadiennes se rendront compte de la supercherie. Étranglés littéralement par le service de la dette, les officiels se tournent vers le FMI. Après une première tranche de 122,4 millions de dollars en 2014, suivie de 312,1 millions de dollars en 2017, la troisième tranche a été conditionnée à un accord entre N’Djamena et Glencore. Ledit accord, intervenu le 21 février, a vu le remboursement du prêt Glencore repoussé de 2018 à 2030, l’application d’un taux d’intérêt de LIBOR plus 3 % (au lieu de 7,5%) et un différé de deux ans en principal et en  intérêt.

Une victoire pour des négociateurs conduits par le Ministre des Finances et du Budget, Dr Abdoulaye-Sabre Fadoul  pour qui cet accord sauve une loi de finance 2018 compliquée. Dix mois de négociations auront été nécessaires pour infléchir le trader Suisse via la banque Rothschild.

Ce fut un contrat de dupes, à entendre le président Idriss Deby: «nous pensions que c’était une opportunité, c’était un marché de dupes », a-t-ildéclaré dans un entretien avec RFI, Le Monde et TV5. Reconnaissant  avoir fait à l’époque « une démarche irresponsable », le président tchadien évoque « un délit d’initiés” et « une enquête en cours ».

En attendant, ce sont les fonctionnaires qui trinquent via la Loi de finances 2018 qui entérine une  suppression de 50% des primes et des indemnités que perçoivent les fonctionnaires en sus de leur salaire de base.

Financial Afrik Premium