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Taux directeurs : le dilemme du tandem BCEAO-BEAC face à une BCE prête à réagir de nouveau

La Banque centrale européenne (BCE) pourrait procéder à un nouveau relèvement de ses taux directeurs dès le mois de juillet 2026 si l’inflation venait à s’étendre au-delà du secteur énergétique, a déclaré à Pierre Wunsch, membre du Conseil des gouverneurs de l’institution et gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Une perspective qui, si elle se…

Les gouverneurs Jean-Claude Kassi Brou (BCEAO) et Yvon Sana Bangui (BEAC) devront suivre Francfort au prix d’un ralentissement du crédit aux entreprises et aux ménages africains, ou s’en écarter au risque d’entamer les réserves de change. Illustration ©DR

La Banque centrale européenne (BCE) pourrait procéder à un nouveau relèvement de ses taux directeurs dès le mois de juillet 2026 si l’inflation venait à s’étendre au-delà du secteur énergétique, a déclaré à Pierre Wunsch, membre du Conseil des gouverneurs de l’institution et gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Une perspective qui, si elle se confirme, pourrait avoir des répercussions directes sur les économies africaines dont les monnaies sont arrimées à l’euro, notamment les pays de la zone franc CFA.

Un scénario de hausse jugé crédible par plusieurs acteurs

C’est le 11 juin dernier, au cours de sa réunion, que la BCE a décidé de relever, à partir du 17 juin, ses taux d’intérêt pour la première fois en près de trois ans, portant son taux de dépôt de 2 % à 2,25 %, dans l’espoir de freiner les pressions inflationnistes liées à la flambée des cours du pétrole consécutive à la guerre en Iran. Si un accord provisoire entre Washington et Téhéran a depuis entraîné un recul des cours du brut, Pierre Wunsch, considéré comme un « faucon » au sein du Conseil des gouverneurs, met en garde : « Nous avons eu un chiffre peu réjouissant concernant l’inflation des services », a-t-il confié à Reuters le 19 juin. Précisant que « si cette tendance se confirme, il faudrait peut-être relever les taux de 25 points de base supplémentaires par mesure de prudence ».

Selon les données officielles, l’inflation dans la zone euro s’est en effet accélérée en mai, restant bien au-dessus de la cible de 2 % de la BCE, avec des prix des services grimpant à 3,5 %, contre 3,0 % un mois plus tôt.

Plusieurs sources internes citées par Reuters estiment toutefois qu’un relèvement reste plus probable en septembre qu’en juillet, sauf nouvelle flambée des prix de l’énergie. De son côté, Philip Lane, économiste en chef de la BCE, considère que l’économie de la zone euro subit « un choc inflationniste d’ampleur modérée », appelant à « une réponse mesurée en matière de politique monétaire ».

D’ailleurs, l’institution de Francfort a elle-même révisé à la hausse ses prévisions d’inflation, à 3 % en 2026 et 2,3 % en 2027. Et les analystes de Morningstar et du Club Patrimoine n’excluent pas non plus un nouveau tour de vis dès juillet face aux risques inflationnistes persistants.

« Le Conseil des gouverneurs se réunira en juillet pour sa prochaine réunion de politique monétaire. Nous n’écartons aucune option et sommes prêts à réagir à nouveau, si nécessaire », a déclaré, pour sa part, Joachim Nagel, président de la Bundesbank (Allemagne) et membre du Conseil des gouverneurs. Les perspectives d’inflation se sont « encore dégradées », a-t-il lancé, constatant que le choc énergétique apparaît désormais « puissant et persistant ».

L’Afrique de la zone franc en première ligne

Quatorze pays africains — huit en Afrique de l’Ouest (UEMOA) et six en Afrique centrale (CEMAC) — utilisent le franc CFA, une monnaie dont la parité avec l’euro est fixe depuis 1999 (1 euro = 655,957 francs CFA). Cet arrimage, garanti par le Trésor français, impose mécaniquement aux deux banques centrales africaines de la zone — la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) et la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) — de suivre étroitement la trajectoire monétaire de Francfort pour préserver cette parité.

Or, lors de sa réunion du 4 mars 2026, la BCEAO, organe commun aux huit économies de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), a au contraire abaissé son principal taux directeur de 3,25 % à 3,00 %, dans une logique de soutien à l’activité économique de l’Union (avant de le maintenir début juin). Une divergence assumée, mais qui deviendrait de plus en plus difficile à tenir si la BCE continue de durcir sa politique monétaire, d’après les spécialistes interrogés. Qui font état d’au moins deux canaux de risque qui se présenteraient pour les banques centrales africaines : la pression sur les réserves de change, et un alourdissement du service de la dette.

En cas de nouvelle hausse des taux en Europe, poursuivent nos sources, le dilemme historique de la zone franc se poserait donc avec une acuité renouvelée : suivre Francfort au prix d’un ralentissement du crédit aux entreprises et aux ménages africains, ou s’en écarter au risque de fragiliser la parité euro-CFA et d’entamer les réserves de change.

Les semaines à venir, et particulièrement la réunion de juillet de la BCE, seront donc scrutées de très près à Dakar, à Abidjan, à Yaoundé comme à Libreville.

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