À la veille de la réunion du Conseil de politique monétaire, le consensus est quasi total parmi les analystes et les investisseurs : le taux directeur de Bank Al-Maghrib devrait rester inchangé. Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes géopolitiques, la prudence semble désormais l’option privilégiée par la banque centrale.
Selon un sondage réalisé par BMCE Capital Global Research auprès d’investisseurs institutionnels, les anticipations convergent quasi unanimement vers un maintien du taux directeur lors de cette réunion. La totalité des participants anticipe un maintien du taux directeur lors de cette réunion. Plus révélateur encore, 86% d’entre eux n’envisagent aucune baisse supplémentaire sur l’ensemble de l’année 2026, seule une minorité tablant sur un unique assouplissement d’ici la fin de l’exercice. L’ensemble des sondés juge, par ailleurs, la politique monétaire actuelle parfaitement adaptée au cycle en cours.
« Lors de notre enquête du mois de mars, nous avons recensé les anticipations des investisseurs financiers quant à l’évolution du TD de Bank Al-Maghrib en marge de sa 1ère réunion de politique monétaire qui aura lieu le 17 mars 2026. Au terme de cet exercice, nous relevons un consensus quasi-unanime des investisseurs au Maroc en faveur d’une stabilité du taux directeur de Bank Al-Maghrib », indique AGR dans sa récente publication « Research Report-Strategy ». Sur le plan domestique, les indicateurs économiques plaident pourtant pour un assouplissement. L’inflation s’est nettement repliée, avec un indice des prix à la consommation qui a reculé en glissement annuel au début de l’année 2026. La banque centrale prévoit d’ailleurs une inflation moyenne autour de 1,3 % sur l’ensemble de l’année, un niveau compatible avec une politique monétaire plus accommodante.
Dans le même temps, l’économie marocaine affiche des perspectives solides. Après une croissance estimée autour de 5 % en 2025, l’activité devrait se maintenir à un rythme soutenu en 2026, portée à la fois par la reprise agricole et par la dynamique des secteurs non agricoles. Les grands projets d’infrastructures liés notamment aux préparatifs de la Coupe du monde 2030 continuent également d’alimenter un cycle d’investissement important.
Le facteur géopolitique rebat les cartes
Les analystes de BMCE Capital Global Research ont modélisé deux scénarios d’impact. Dans l’hypothèse d’une escalade contenue — frappes ciblées, pas de blocage durable d’Ormuz, Brent au-dessus de 85 dollars —, la croissance perdrait environ 0,4 point et l’inflation remonterait vers 2%. Malgré ces signaux favorables, les risques externes pèsent fortement sur les anticipations. La montée des tensions au Moyen-Orient et les menaces sur les routes énergétiques mondiales, notamment autour du détroit d’Ormuz, ravivent la crainte d’un choc pétrolier. Pour un pays importateur d’énergie comme le Maroc, une hausse durable des prix des hydrocarbures pourrait rapidement se transmettre à l’inflation domestique.
Dans ce contexte, de nombreux observateurs estiment qu’une baisse prématurée du taux directeur pourrait s’avérer risquée. La banque centrale préférerait ainsi attendre davantage de visibilité sur l’évolution de la conjoncture internationale avant d’engager un nouvel assouplissement.
Une politique monétaire sous surveillance
Les analystes envisagent plusieurs scénarios. Dans l’hypothèse d’une escalade limitée des tensions géopolitiques, l’impact sur l’économie marocaine resterait contenu, avec une inflation qui pourrait se rapprocher de 2 % et une croissance légèrement moins dynamique. En revanche, une perturbation durable du marché pétrolier pourrait renchérir les coûts énergétiques et alimenter les pressions inflationnistes. Dans ces conditions, le statu quo apparaît comme la décision la plus probable lors de cette réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib. Une position qui permettrait à l’institution de préserver sa marge de manœuvre, tout en observant l’évolution des risques internationaux avant d’ajuster sa politique monétaire.



