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Sommet de l’IA à New Delhi : L’Afrique au cœur de la convergence France-Inde

Le Président Emmanuel Macron entame ce 17 février une visite d’État décisive en Inde. Au-delà de la vente record de rafales par la France à New Delhi, le continent africain, bien que n’étant pas co-organisateur, est concerné au premier chef. Le sommet « India AI Impact » du 19 février 2026 concrétise les contours d’un…

Le Président Emmanuel Macron entame ce 17 février une visite d’État décisive en Inde. Au-delà de la vente record de rafales par la France à New Delhi, le continent africain, bien que n’étant pas co-organisateur, est concerné au premier chef. Le sommet « India AI Impact » du 19 février 2026 concrétise les contours d’un partenariat technologique tripartite en matière d’intelligence artificielle dont l’Afrique est le bénéficiaire naturel. Décryptage des enjeux d’un sommet placé sous le signe de « l’impact » et de l’autonomie stratégique face aux velléités d’hégémonie de la Chine et des Etats-Unis.

Par Christine Holzbauer, à Paris

En plus des contrats bilatéraux, ce quatrième déplacement d’Emmanuel Macron en Inde doit permettre de « franchir un nouveau cap » et de faire la « synthèse de toutes les coopérations lancées » par la France depuis le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (SAIA) des 10 et 11 février 2025, selon l’Elysée. Alors que Paris a pris la présidence du G7 en janvier et que l’Inde assume celle des BRICS, l’enjeu est de promouvoir un « multilatéralisme renouvelé », avec l’IA comme levier de développement pour le Sud global. Une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement (France, Brésil, Pays-Bas, Espagne, Emirats arabes unis…) sont attendus autour du Premier ministre indien Narendra Modi pour cette quatrième rencontre mondiale dédiée à l’intelligence artificielle. Avant le sommet de Paris, déjà co-présidé par la France et l’Inde, il y avait eu celui de Bletchley Park au Royaume Uni, en novembre 2023, suivi par le « Pacte numérique mondial » dans le cadre du « Pacte pour l’avenir » adopté par le sommet de l’ONU, à New York, en septembre 2024, afin d’améliorer le présent de la planète tout en préservant l’avenir.

Les grands patrons américains du secteur sont, eux aussi, annoncés jusqu’à vendredi dans la capitale indienne, de Sam Altman, patron d’OpenAI, au directeur général de Google, Sundar Pichai, en passant par Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, le géant américain du microprocesseur. Au-delà de la question de la règlementation qui a dissuadé les Américains et les Britanniques d’adhérer à la fondation Current IA qui réunit 61 Etats, surtout européens, « ce sommet doit enrichir la réflexion mondiale sur divers aspects de l’IA comme l’innovation, la collaboration ou son utilisation responsable« , a déclaré Narendra Modi sur X. Il est aussi « la preuve que notre pays progresse rapidement dans le champ de la science et de la technologie » et « confirme les capacités de la jeunesse de notre pays », a-t-il ajouté.

Mantra indien, expertise française

Le sommet de New Delhi s’articule autour d’un mantra clair : « l’impact » avec trois « sutras » -People, Planet and Progress- et sept « chakras » (groupes de travail), précise-ton de sources élyséennes. Pour l’Afrique, les travaux sur l’IA durable (coprésidés par la France) et la démocratisation des ressources sont essentiels. L’objectif est de transformer l’IA en un « bien commun mondial », loin des monopoles technologiques. « Le sommet indien est très aligné sur le fond avec les priorités françaises : une IA ancrée dans la recherche scientifique et en faveur de l’intérêt général », selon la conseillère Affaires globales de l’Elysée.

Paris souhaite apporter des « réponses concrètes » à un certain nombre de secteurs vitaux, notamment la santé et l’agriculture, pour lesquelles l’IA représente un véritable avancée. Le Président français inaugurera à New Delhi le Centre franco-indien de l’IA en santé au sein de l’AIIMS, le plus prestigieux hôpital indien. Ce centre servira de laboratoire pour des solutions de diagnostic décentralisées, directement applicables aux déserts médicaux africains. Les discussions porteront également sur l’utilisation des données satellitaires (New Space) pour l’agriculture de précision. Une solution d’observation de la Terre basée sur l’IA sera officiellement signée, offrant de nouveaux outils pour la sécurité alimentaire.

La présence au côté d’Emmanuel Macron d’une délégation de startups de pointe (dont les champions de l’IA comme Mistral AI, Owkin ou Pigment, mais aussi des pépites du spatial comme Aldoria) vise à rassurer sur la volonté de « diversifier les partenariats. » La France se positionne comme le partenaire capable de mobiliser les investissements européens, à commencer les 2,6 milliards d’euros levé par les startups françaises de l’IA en 2025. « La vitalité de notre écosystème doit désormais irriguer nos partenariats stratégiques. Mon ambition à New Delhi est que ces flux ne s’arrêtent plus à nos frontières, mais qu’ils s’orientent vers des co-entreprises franco-africaines pour bâtir une IA de l’intérêt général », a déclaré le président français aux acteurs de l’écosystème numérique, le 10 février dernier. Pour les startups africaines, c’est l’espoir d’un accès au « Compute » : la France et l’Inde entendent faciliter l’accès aux ressources de calcul pour éviter la dépendance aux infrastructures américaines ou chinoises. À l’instar de la startup H, qui annoncera des partenariats dans l’IA hospitalière, le sommet veut favoriser les alliances tripartites où la technologie française et l’ingénierie indienne s’adaptent aux marchés africains. 

Autonomie stratégique

Depuis plusieurs mois, la France et l’Inde ont d’ailleurs multiplié les signaux en faveur d’un partenariat « triangulaire ». L’Agence Française de Développement a organisé un pré-sommet fin janvier 2026 pour poser les jalons d’un dialogue Inde-Afrique-France. L’objectif est clair : éviter que le continent africain ne soit qu’un simple consommateur de solutions conçues dans la Silicon Valley ou à Pékin. L’un des principaux espoirs pour l’Afrique réside dans le transfert de l’expertise indienne en matière d’IA frugale (ou Jugaad numérique). Contrairement aux modèles américains gourmands en ressources énergétiques et financières, l’Inde a développé des outils performants capables de fonctionner sur des infrastructures plus légères : des algorithmes prédictifs pour optimiser les récoltes malgré le dérèglement climatique au modèle de « bien public numérique » (Digital Public Infrastructure), qui a permis de bancariser des centaines de millions de personnes, en passant par le déploiement de solutions de diagnostic « low-cost » sur smartphone pour détecter la rétinopathie diabétique ou dépister la tuberculose, ces outils représentent une véritable avancée pour le continent.

L’enjeu est aussi culturel, car le sommet de New Delhi met l’accent sur le développement de modèles de fondation multilingues. Alors que l’IA actuelle est dominée par l’anglais, l’initiative indienne de créer des modèles supportant 22 langues officielles trouve un écho direct en Afrique. Le continent attend des partenariats pour entraîner des IA sur les langues africaines, garantissant ainsi que les outils de demain respectent les spécificités locales. « Ce sommet est le premier organisé par le Sud global pour le Sud global. Nous ne voulons plus de principes théoriques, mais un impact démontrable sur nos économies », confie un expert de l’Union Africaine. Les annonces communes à l’issue du sommet, le 20 février, pourraient inclure la création d’un fonds de soutien aux startups africaines spécialisées dans l’IA responsable, précise-t-on de sources élyséennes.

Vers le sommet « Africa Forward » de mai 2026

Au-delà de la technologie, ce rapprochement repose sur une « compréhension commune de l’importance de l’autonomie stratégique ». Le pilier franco-indien est au cœur de la stratégie indopacifique de la France, insiste la conseillère Asie-Océanie Amériques de l’Elysée. Dans le domaine de la défense, l’inauguration d’une chaîne de montage d’hélicoptères Airbus à Bangalore et les discussions sur le contrat historique de 114 Rafale (avec une forte composante Made in India) montrent la voie à l’Afrique d’un partenariat qui accepte le transfert de technologie et la production locale. « New Delhi connaît notre position très ferme sur la Russie… mais nous nous rejoignons sur l’importance de faire respecter le droit international pour une paix juste et durable », précise cette source, rappelant que l’Inde, comme de nombreux pays africains, cultive une politique étrangère indépendante.

En réponse à une question de Financial Afrik sur les retombées pour l’Afrique et les annonces auxquelles on peut s’attendre lors du sommet « Africa Forward » des 11 et 12 mai prochains qui réunira Emmanuel Macron et de nombreux chefs d’État et de gouvernement africains, à Nairobi, dont le Premier ministre indien et le président allemand, l’Elysée n’a pas fait mystère que la visite d’Etat du Président français en Inde sert de « rampe de lancement » pour le sommet Afrique-France, au Kenya. Toutefois, des défis de taille subsistent. La fracture numérique reste profonde : pour que l’IA bénéficie réellement à Lagos, Nairobi ou Dakar, le sommet de New Delhi devra déboucher sur des engagements concrets concernant l’accès aux capacités de calcul et à la connectivité.

Pour la plupart des observateurs, les dirigeants africains présents à New Delhi verront cette étape comme un test : si les promesses de transferts technologiques de février se concrétisent, le sommet de Nairobi en mai pourrait, dans ce cas, marquer la naissance d’un véritable bloc numérique Sud-Nord. Le Président Macron et le Premier ministre Modi ont réussi à créer une « marque » : celle d’une technologie qui respecte l’indépendance nationale. Pour l’Afrique, c’est une invitation à ne plus choisir entre l’efficacité américaine et l’infrastructure chinoise, mais à construire sa propre voie. En attendant la troisième voie de l’autonomie industrielle qui requiert d’énormes investissements en R&D

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