Dakar reprend la main sur un actif énergétique clé. Dans un communiqué publié le 25 avril 2026, Senelec annonce avoir finalisé l’acquisition de 100 % du capital de West African Energy (WAE), société porteuse du projet de centrale à gaz de 360 MW de Cap des Biches. L’opération consacre la sortie des partenaires privés et met fin à une séquence de blocages qui pesait sur l’un des piliers de la stratégie énergétique nationale.
Avec une capacité appelée à couvrir près de 25 % de la demande électrique du pays, cette centrale constitue un maillon central de la bascule vers le gaz domestique, en lien avec les développements offshore sénégalo-mauritaniens. Selon Senelec, le projet est aujourd’hui achevé à 97,5 %, après la mise en service du cycle ouvert, la synchronisation au réseau en avril 2025 et le déploiement progressif des turbines.
En filigrane, cette nationalisation de fait intervient après une série de contentieux qui avaient grippé la gouvernance de WAE. Des divergences entre actionnaires sur la structuration financière, le rythme des appels de fonds et le pilotage du projet avaient conduit à une suspension partielle des financements et à un ralentissement significatif du chantier. L’État, via le ministère de l’Énergie et sous l’arbitrage de la Primature, a dû intervenir pour rétablir un cadre de décision cohérent, faciliter la médiation entre parties prenantes et sécuriser les engagements des prêteurs.
Dans son montage initial, West African Energy reposait sur un noyau dur d’investisseurs privés sénégalais, structurés via différentes holdings autour de Samuel Sarr, qui détenaient collectivement entre 50 % et 60 % du capital avant l’entrée progressive d’institutionnels. Au sein de ce bloc, les promoteurs historiques — véritables sponsors du projet — concentraient la part majoritaire, tandis que les co-investisseurs issus du patronat et de la diaspora d’affaires représentaient environ 15 % à 25 % du capital cumulé. Egalement dans le tour de table, la Senelec, autour de 15 % à 20 %, en tant qu’off-taker (via le PPA) et partenaire public et Africa Finance Corporation (AFC), entrée au capital autour de 2020, avec une participation estimée entre 10 % et 15 % .
Le financement, bouclé entre 2019 et 2021 pour un montant global supérieur à 500 millions de dollars, reposait sur un schéma de project finance mobilisant la Banque africaine de développement (BAD), la Banque ouest-africaine de développement , l’International Finance Corporation (IFC) ainsi qu’un pool de banques commerciales régionales, parmi lesquelles Coris Bank International, Orabank, Banque Atlantique et Ecobank.
Ainsi, le projet reposait sur une dette structurée mobilisant plusieurs institutions financières internationales et régionales, aux côtés de banques commerciales. Ce type de montage en project finance impliquait des exigences strictes en matière de gouvernance, de transparence et de respect des covenants financiers. C’est précisément sur ces équilibres que les tensions se sont cristallisées avec des désaccords entre actionnaires sur les apports en fonds propres, des frictions sur la gestion contractuelle avec les EPC et fournisseurs, des inquiétudes des créanciers quant au respect du calendrier et à la soutenabilité financière du projet et, pour couronner le tout, des contentieux judiciaires et arbitrages ayant contribué à figer certaines décisions stratégiques.
Dans ce contexte et entend les conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, la montée au capital de Senelec apparaît comme une solution de dernier ressort pour “dé-risquer” le projet, rassurer les prêteurs et garantir la mise en service rapide de l’infrastructure.
Reste désormais à finaliser la mise en exploitation en cycle combiné et à stabiliser durablement le modèle économique de la centrale — condition essentielle pour éviter que ce sauvetage industriel ne se transforme, à terme, en charge financière pour les comptes publics.



