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Sénégal : l’argentier Cheikh Diba s’explique sur les TRS et la conjoncture

Au front depuis deux ans, le ministre sénégalais des Finances, Cheikh Diba, s’emploie à tenir une ligne de crête délicate : préserver la crédibilité financière du pays dans un environnement international chahuté, tout en finançant une trajectoire de transformation économique ambitieuse.  À l’épreuve des faits, Dakar continue de déjouer les pronostics. Le règlement, « rubis…

Au front depuis deux ans, le ministre sénégalais des Finances, Cheikh Diba, s’emploie à tenir une ligne de crête délicate : préserver la crédibilité financière du pays dans un environnement international chahuté, tout en finançant une trajectoire de transformation économique ambitieuse. 

À l’épreuve des faits, Dakar continue de déjouer les pronostics. Le règlement, « rubis sur l’ongle », de l’échéance du 13 mars en constitue l’illustration la plus tangible : sur le terrain du réel, la signature souveraine tient. Reste la bataille des perceptions, notamment du côté des agences de notation et des marchés, souvent plus sensibles aux narratifs qu’aux fondamentaux.

C’est précisément pour reprendre la main sur ce récit que le ministre a pris la parole le 26 mars, lors d’une conférence de presse d’explication, articulée autour de la conjoncture, de la trajectoire budgétaire et du recours controversé aux instruments de type Total Return Swap (TRS). 

D’emblée, l’argentier sénégalais a tenu à poser le décor macroéconomique. En 2025, la croissance a atteint 7,8 %, portée par un basculement stratégique : l’entrée du Sénégal dans le cercle des exportateurs nets d’hydrocarbures. Les exportations ont bondi de 52 %, tandis que les importations sont restées contenues à +2 %. Dans le même temps, l’inflation est restée maîtrisée à 0,8 %, avec une baisse des prix des produits énergétiques et alimentaires. Une configuration rare, qui combine expansion et stabilité des prix, et qui conforte, selon le ministre, la solidité du modèle économique en construction. 

Sur le front budgétaire, Cheikh Diba assume une stratégie de consolidation graduelle, sans rupture sociale. L’objectif est clair : ramener le déficit de 13,4 % du PIB en 2024 à 3 % en 2027, tout en préservant les dépenses dans les secteurs clés comme la santé et l’éducation. La méthode repose sur un double levier : amélioration de la mobilisation des recettes — avec des résultats déjà supérieurs aux objectifs en début d’année 2026 — et rationalisation des dépenses, notamment via la réforme du secteur parapublic. Une ligne orthodoxe, mais calibrée pour éviter l’effet récessif souvent associé aux ajustements budgétaires brutaux. 

En matière de financement, le ministre met en avant une stratégie assumée de rééquilibrage en faveur du marché domestique et régional. Le Sénégal poursuit l’exécution de sa stratégie de dette à moyen terme, avec des plans de financement déroulés « correctement », selon ses termes. Les émissions sur le marché régional, y compris via des appels publics à l’épargne, ont permis de mobiliser des ressources à des maturités longues et à des conditions jugées plus favorables que celles des marchés internationaux. En parallèle, des financements concessionnels continuent d’être mobilisés, à l’image du programme de 135 millions de dollars signé avec la Banque mondiale, incluant une part significative de dons. 

C’est toutefois sur le terrain des TRS que l’exercice de pédagogie était le plus attendu. Mis en cause à la suite d’un article du Financial Times, ces instruments ont alimenté le soupçon d’une dette dissimulée ou d’un montage opaque. Cheikh Diba s’emploie à déconstruire cette lecture. D’abord en relativisant l’argument d’autorité : un média de référence n’est pas infaillible, et la robustesse d’une analyse doit primer sur sa notoriété. Ensuite, en replaçant les TRS dans leur logique financière : il s’agit, selon lui, d’outils permettant d’élargir la base d’investisseurs, notamment internationaux, tout en soutenant l’approfondissement du marché régional. 

Sur le fond, le ministre insiste sur trois points. Premièrement, les TRS ont permis d’obtenir des conditions de financement nettement plus avantageuses que les Eurobonds. Là où le Sénégal aurait emprunté entre 11 % et 12 % sur les marchés internationaux en 2025, ces opérations ont été réalisées autour de 7 %, générant une économie estimée à 36 milliards de FCFA par an sur le service de la dette. Deuxièmement, il n’existe, selon lui, ni passif caché ni garantie implicite sur des actifs de l’État : les opérations sont adossées à des émissions classiques de titres publics en FCFA, intégralement comptabilisées. Enfin, ces instruments ne confèrent aucun traitement préférentiel aux investisseurs et s’inscrivent dans un cadre légal et budgétaire validé, y compris par le Parlement et communiqué aux partenaires comme le FMI. 

Au-delà de la technique, le message est politique : il s’agit de dissiper l’amalgame entre innovation financière et opacité. Pour Cheikh Diba, le débat sur la dette sénégalaise doit se fonder sur des éléments empiriques — structure, coûts, risques — et non sur une surinterprétation médiatique. Les TRS, soutient-il, relèvent d’une gestion active et optimisée de la dette, et non d’une stratégie de contournement.

En filigrane, se dessine une ligne de défense plus large : celle d’un État qui revendique à la fois sa discipline financière et sa capacité d’innovation dans un contexte mondial incertain. Car le véritable enjeu, au-delà des instruments, reste celui de la confiance. Celle des marchés, bien sûr, mais aussi celle des citoyens et des partenaires. Et sur ce terrain, la bataille ne se joue pas seulement dans les chiffres, mais dans la capacité à imposer un récit crédible.

En concluant, le ministre a appelé à la mobilisation autour des intérêts supérieurs du pays, rappelant que les incertitudes économiques mondiales exigent vigilance et adaptation. Une manière de replacer la controverse dans une perspective plus large : celle d’une économie en mutation, contrainte de naviguer entre exigences de transparence, impératifs de financement et volatilité des perceptions.

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