« Il est clair pour tout le monde qu’un conflit entre la Russie et l’Otan marquerait l’ultime étape avant une Troisième Guerre mondiale. Je pense que pratiquement personne ne veut de cela ». Voilà ce que déclarait le président Russe, Vladmir Poutine, le 17 mars 2024, après sa réélection par un score fleuve de 87% pour un nouveau mandat de 6 ans. Les propos de Vladmir Poutine faisaient échos aux durcissements des positions de l’OTAN, Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, réunissant les USA, l’Union Européenne, la Grande Bretagne et, entre autres la Turquie, actuellement engagé dans le plus grand exercice militaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Pour la coalition conduite par Washington, « l’Ukraine ne peut pas perdre la guerre ». Une telle posture ne peut pas se suffire de déclarations et doit forcément pousser l’OTAN à étudier de près les déclarations du français Emmanuel Macron qui, le 26 février, annonçait une possible intervention des troupes françaises sur le sol ukrainien. «L’envoi de troupes au sol serait la ligne rouge. Ça pourrait déclencher une Troisième Guerre mondiale», a réagi du tic au tac Alexander Makogonov, ambassadeur de Russie en France. Le chancelier allemand Olaf Scholz s’est aussi inscrit en faux. Ce qui a été décidé entre nous dès le début est toujours valide pour l’avenir», à savoir «qu’il n’y aura aucune troupe au sol, aucun soldat envoyé ni par les États européens, ni par les États de l’Otan sur le sol ukrainien».
Le tollé suscité par les propos du président français sont à la mesure des divergences des Occidentaux sur le sujet. D’aucuns estiment que la France est allée trop loin. Paradoxalement, les Etats-Unis d’Amérique ont arrêté de fournir des munitions à l’Ukraine pendant que l’Union Européenne, qui aurait déjà livré tous ses stocks à l’Ukraine, s’apprête à en produire en finançant cet effort supplémentaire par un possible emprunt de 100 milliards d’euros, idée avancée par Thierry Breton.
Pendant ce temps, Washington, paralysée par sa politique intérieure, continue de déclarer qu’elle n’ira pas au delà de l’appui logistique et militaire à l’Ukraine. Une décision politique du président Joe Biden face à la popularité croissante de Donald Trump, qu’il devra vraisemblablement affronter lors des présidentielles de novembre prochain. Quoi qu’il en soit, une défaite de l’Ukraine serait assimilée à la victoire du totalitarisme sur la démocratie. « Nous ne pouvons pas accepter l’hypothèse d’une victoire de Vladimir Poutine qui représenterait la fin de la démocratie ukrainienne, mais aussi la défaite stratégique, militaire, politique et morale de l’Europe et de l’Occident », affirmait Manuel Valls, ancien premier ministre français.
Loin du bellicisme français, l’Italie semble plutôt prêcher pour la poursuite de l’aide à l’Ukraine plutôt qu’une intervention directe. « Je pense que l’OTAN ne devrait pas entrer en Ukraine. Ce serait une erreur. Nous devons aider l’Ukraine à se défendre, mais entrer dans le pays pour faire la guerre à la Russie signifie risquer la Troisième Guerre mondiale », a déclaré Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères.
En clair, le non engagement américain ajouté au manque d’unité des européens écarte à priori l’idée d’une guerre de forte intensité. En lieu et place, le monde entre dans une nouvelle guerre froide avec plusieurs foyers de tension sur le globe comme à Gaza, dans le Sahel, en Mer Rouge et entre la Chine et Taiwan. « Il est tout à fait faux de parler de nouvelle Guerre froide, et il est tout à fait hasardeux, et dangereux, de parler d’une troisième Guerre mondiale », explique Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences-po et spécialiste des relations internationales.



