La justice américaine a rejeté la demande de la République de Djibouti en vue d’annuler les citations à comparaître adressées à 10 banques américaines dans le cadre d’une procédure de discovery post-jugement. En effet, Djibouti a tenté de bloquer le jugement du tribunal du district de Columbia sans déposer de caution et tous ses appels ont été rejetés, selon les informations exclusives parvenues à Financial Afrik.
Dans ces citations à comparaître, le plaignant, DP World, compte saisir tous les avoirs bancaires supérieurs à 25 000 dollars et appartenant à l’État djiboutien, à des entités ayant des liens avec la République de Djibouti ou la famille du président Ismaël Omar Guelleh. Les recherches d’actifs portent sur la période allant du 1er juillet 2012 à ce jour.
Chez Barclays API, le plaignant, DP World, a trouvé 338 entités liées à la République de Djibouti et appartenant aux membres du clan au pouvoir Djiboutien.
Les dessous de la discorde
Débutée sous de bonnes auspices, la lune de miel entre Djibouti et DP World n’aura pas duré longtemps. Elle s’est achevée comme dans les pires mariages, devant les tribunaux.
En 2006, la société dubaïote avait obtenu un contrat de gestion du port de Doraleh pour 30 ans, après avoir investi environ 400 millions de dollars. DP World prend un tiers du capital de la société créée, DCT, le reste revenant à l’autorité portuaire djiboutienne. Dans l’exploitation du port, le groupe émirati annonce avoir traité 900.000 conteneurs en une année. La gestion d’un second terminal, de taille équivalente, est même prévue dans le contrat qui liait les deux parties à l’époque des noces .
Mais comme un coup de Jarnac, des divergences profondes surgissent et mettent en mal le couple Djibouti- DP World. Tout se grippe en 2015. La société est accusée d’avoir versé plusieurs millions de dollars de commissions occultes à Abdourahman Boreh, président de l’Autorité des ports et zones franches de 2003 à 2008. L’homme quitta dans la foulée son pays pour trouver refuge à… Dubaï. Ce qui n’arrange pas les relations, car l’émirat refuse de l’extrader. Et le fait que DP World soit majoritairement détenu par le gouvernement de Dubaï complique un peu plus les affaires.
C’est dans ce contexte tendu entre les deux partenaires que les autorités djiboutiennes demandent alors la résiliation du contrat devant le tribunal arbitral de Londres, mais le pays est débouté en février 2017. Mais grâce à une loi ad hoc votée par le Parlement dans la foulée, Djibouti chasse DP World au nom de la souveraineté et cède le port à un groupe chinois.
Ainsi, en exécution de la décision de la cour d’arbitrage de Londres qui avait ordonné à la République de Djibouti d’indemniser DP World à hauteur de 385 millions de dollars, DP Word avait saisi les tribunaux pour engager la saisine des avoirs de Djibouti et de la famille du président Omar Guelleh dans les banques américaines.
Les Tribunaux américains ont donné suite à la requête de saisine des avoirs de la République de Djibouti et de plusieurs proches notamment les membres de la famille du président Omar Guelleh. A travers leurs conseils, l’Etat djiboutien a tenté de faire annuler en vain cette procédure.



