Réunis mardi 17 mars 2026 à Paris, les ministres des Finances et de l’Économie, les gouverneurs des banques centrales et les responsables des institutions de la CEMAC et de la France ont surtout affiché une ligne de continuité : préserver la stabilité macroéconomique, accélérer les réformes et consolider le partenariat monétaire et financier existant. En clair, à ce stade, aucun bouleversement n’est annoncé dans l’architecture de la coopération monétaire entre la France et la zone franc CFA d’Afrique centrale.
Organisée à l’invitation de Roland Lescure, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et de Tahir Hamid Nguilin, ministre d’État tchadien et président du Comité ministériel de l’UMAC, cette rencontre s’inscrit dans le prolongement de celle du 17 avril 2025. Elle intervient dans un contexte international jugé particulièrement incertain, sur fond de tensions géopolitiques, de fragilité des équilibres extérieurs et de pression persistante sur les finances publiques de plusieurs Etats de la sous-région.
Le thème retenu, « Partenariats et réformes pour la stabilité économique et la croissance durable de la CEMAC », donne la tonalité générale des échanges. Les participants ont remis au centre des priorités la mise en œuvre des recommandations du sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC du 22 janvier 2026 à Brazzaville. L’objectif affiché est double : restaurer durablement les marges de stabilité macroéconomique et créer les conditions d’une croissance plus robuste dans une sous-région encore dépendante des matières premières.
Le point le plus sensible reste la revue par le FMI des politiques communes de la CEMAC. Les États de la sous-région ont réaffirmé leur volonté de prendre toutes les dispositions nécessaires pour aboutir à la conclusion de cette revue, désormais présentée comme une condition centrale pour la poursuite ou la mise en place des programmes nationaux soutenus par le Fonds. Autrement dit, la réunion de Paris confirme que le verrou principal demeure la validation par le FMI du cadre régional, indispensable pour débloquer ou sécuriser la trajectoire des appuis financiers extérieurs.
Dans ce dispositif, la France réaffirme son rôle d’allié et d’accompagnateur. Paris assure qu’elle continuera à soutenir la stabilité macroéconomique et financière de la CEMAC et de ses États membres, y compris dans leurs échanges avec les partenaires techniques et financiers. Là encore, le message est limpide : la logique de coopération monétaire reste intacte et le partenariat avec la France continue d’être présenté comme un levier d’appui à la soutenabilité budgétaire, à la consolidation des réserves de change et à la continuité des programmes avec le FMI.
Les discussions ont également porté sur les réformes structurelles. Les participants ont insisté sur l’amélioration du climat des affaires, l’accélération de l’intégration régionale, le renforcement des infrastructures essentielles et l’assainissement du secteur bancaire. La CEMAC veut ainsi envoyer un signal aux investisseurs privés, dans une sous-région où la faiblesse du financement des économies, la fragmentation des marchés et les lenteurs institutionnelles freinent encore la diversification productive.
Au total, cette réunion de Paris ne marque ni inflexion spectaculaire ni refonte du cadre monétaire. Elle entérine plutôt un statu quo stratégique : maintien du dialogue monétaire avec la France, priorité absolue à la stabilité, alignement sur les exigences du FMI et poursuite des réformes internes. Pour les défenseurs d’une évolution plus profonde du régime du franc CFA en Afrique centrale, le communiqué final ne contient aucune avancée majeure. Pour les autorités, en revanche, l’urgence n’est pas institutionnelle mais macroéconomique : restaurer les équilibres, rassurer les bailleurs, préserver les réserves et éviter tout décrochage financier.
La prochaine réunion est annoncée pour 2027 dans un pays de la zone CEMAC. D’ici là, c’est moins la question d’un changement de doctrine monétaire que celle de l’exécution effective des réformes promises qui servira de véritable test.



