La résiliation du contrat de la SEEG au Gabon, le 16 février dernier, actée par une annonce suivie d’une réquisition provisoire de la société par l’Etat gabonais pour, déclarait-on, assurer la continuité du service public, ne pouvait pas intervenir au plus mauvais moment.
Le groupe Veolia est en lice dans le contrat de délégation d’eau au Sénégal. Un contrat décisif qui oppose les gros bras du secteur. Parmi les postulants, il y a la SDE, Veolia, Suez, United Water et l’ONEE du Maroc. Tous ces acteurs espèrent remporter un contrat de concession de l’eau potable. Le verdict prévu normalement depuis le début de l’année semble avoir été ajourné. Mais, alors que les différents concurrents sur le marché sénégalais, sont en phase de lobbying (certains ayant pris part dans la tournée du président Emmanuel Macron pour mieux se positionner), voilà que le Gabon sort un communiqué pour le moins incendiaire.
Réagissant à la décision de l’Etat gabonais, qu’elle qualifie de brutale, Veolia a porté l’affaire devant le CRDI (Centre International pour le règlement des différents relatifs aux investissements), organe de la Banque Mondiale. Le recours déposé en date du 8 mars 2018 est aussi une manière pour la filiale de Veolia de défendre sa réputation et, partant, celle de la maison-mère. La bataille sera rude.
Cette procédure graduelle de médiation, conciliation puis arbitrage, devrait être l’occasion d’une bataille rangée entre avocats. La firme française s’en tient à son interprétation des faits, présentant la rupture du contrat par une décision « brutale » et une « grave violation des règles de droit ». De son côté, l’Etat gabonais, évoque, entre autres, des « efforts financiers consentis par l’Etat non suivi des effets escomptés et les plaintes récurrentes des populations ».
Embourbé dans un litige depuis plusieurs années, l’expérience gabonaise de Veolia peut peser lourd dans la bataille pour la délégation d’eau au Sénégal et contribuer un peu plus à renforcer le doute sur le recours à la concession d’un secteur aussi intimement lié à la mission du service public que l’eau. Les logiques court-termistes des multinationales sont elles toujours compatibles avec le long-termisme des Etats?



