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Sénégal : rapport d’activités 2025 de la CENTIF

La Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal a présenté, ce mardi 12 mai, son rapport d’activités 2025, dans un contexte marqué par le renforcement de la lutte contre le blanchiment de capitaux, la fraude financière et les circuits clandestins. Derrière les chiffres, l’institution, par la voix de son président, Cheikh Mouhamadou…

Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal

La Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal a présenté, ce mardi 12 mai, son rapport d’activités 2025, dans un contexte marqué par le renforcement de la lutte contre le blanchiment de capitaux, la fraude financière et les circuits clandestins. Derrière les chiffres, l’institution, par la voix de son président, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, met surtout en avant un enjeu stratégique, à savoir la « protection de la souveraineté économique et financière du Sénégal ». Selon les données dévoilées, la CENTIF a enregistré 866 déclarations de soupçon liées aux activités opérationnelles en 2025, contre 928 en 2024, soit une baisse de 6,7 %. Malgré ce recul, les volumes financiers concernés restent particulièrement élevés, avec un montant global avoisinant 1 milliard 267 millions de francs CFA.

Le secteur bancaire, principal pourvoyeur d’alertes

Comme lors des précédents exercices, les banques et établissements financiers dominent largement les signalements, avec 74,83 % des déclarations. Ils sont suivis par les établissements de monnaie électronique (8,66 %), les opérateurs de transfert d’argent (8,54 %) et les systèmes financiers décentralisés, ou structures de microfinance (6,70 %). Cette prédominance du secteur bancaire confirme le rôle central des institutions financières dans le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Déjà, dans son précédent rapport, la CENTIF soulignait que les banques représentaient plus de 82 % des déclarations d’opérations suspectes.

Mais l’évolution observée en 2025 montre également une diversification progressive des acteurs déclarants. Casinos, établissements de jeux, notaires, sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI), compagnies d’assurances, hôtels et opérateurs de transfert d’argent apparaissent désormais comme davantage impliqués dans le mécanisme de veille financière.

Une criminalité financière de plus en plus diffuse

Au-delà des statistiques, le rapport 2025 met en lumière la sophistication croissante des circuits financiers illicites. Les flux suspects concernent désormais des secteurs variés, parfois éloignés du système bancaire classique. Cette extension des risques explique l’accent mis par la CENTIF sur la « nécessité d’une coopération renforcée » entre administrations publiques, acteurs financiers, professions juridiques et médias.

Les tendances relevées ces dernières années montrent notamment une forte prévalence des fraudes financières, des infractions fiscales, des violations de la réglementation des changes, des faits présumés de corruption, ainsi que des mécanismes de dissimulation via des sociétés écrans ou des opérations de transferts fractionnés.

« Une question de souveraineté nationale »

L’un des points forts de la présentation du rapport 2025 réside dans le message porté par le président de la CENTIF sur le rôle stratégique de la lutte contre les flux financiers illicites. Pour lui, la question dépasse largement le cadre technique ou judiciaire. Elle touche directement à la « souveraineté nationale », dans un contexte mondial marqué par la rapidité des transactions électroniques, l’essor des monnaies numériques et l’internationalisation des réseaux criminels.

La CENTIF considère ainsi que la crédibilité du système financier sénégalais constitue un enjeu majeur pour l’attractivité économique du pays, la stabilité des institutions et la confiance des partenaires internationaux. Cette orientation s’inscrit dans la continuité des réformes engagées ces dernières années, notamment après la sortie du Sénégal de la liste grise du GAFI, obtenue grâce à la mise en œuvre de plusieurs mesures de conformité et de contrôle.

Les médias appelés à jouer un rôle central

Autre enseignement important : la CENTIF entend désormais associer davantage les médias à la lutte contre la criminalité financière. L’institution estime que les journalistes peuvent contribuer à sensibiliser les populations aux dangers des circuits financiers clandestins, à vulgariser les mécanismes de blanchiment, à promouvoir une culture de la transparence et à renforcer la vigilance citoyenne face aux pratiques de fraude et de corruption. Dans cette approche, les médias deviennent des « acteurs de prévention » au même titre que les structures financières ou les organes de contrôle.

Une nouvelle phase pour la CENTIF

À travers ce rapport 2025, la CENTIF affiche sa volonté de « consolider son dispositif d’analyse et d’anticipation des risques financiers ». L’institution mise notamment sur la digitalisation des procédures, le renforcement des capacités d’enquête, l’élargissement des secteurs assujettis et une coopération plus étroite avec les partenaires nationaux et internationaux.

Même si le nombre de déclarations recule légèrement cette année, les montants concernés et la diversité des secteurs impliqués rappellent que la lutte contre les flux financiers illicites demeure un « défi majeur pour l’économie sénégalaise ».

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