Le 19 mars 2025, Restitution Afrique (RAF), un collectif dirigé par Jean-Jacques Lumumba réunissant 11 organisations non gouvernementales (ONG) dans 6 pays africains (Togo, Guinée, Ghana, Cameroun, Côte d’Ivoire, RDC) ainsi qu’en France, a déposé une plainte devant le parquet national financier (PNF) en France pour « recel et blanchiment d’argent ». Le collectif réclame la restitution de fonds, soit un total de 5,7 milliards d’euros, issus d’activités présumées illicites commises par Bolloré SE, Vincent Bolloré (VB) et Cyrille Bolloré.
« Nous voulons que le PNF ouvre une enquête pénale pouvant mener à un procès public et, en cas de succès, au retour de ces fonds en Afrique », a déclaré le coordonnateur de ce collectif d’ONG dans un communiqué dont Financial Afrik a reçu copie.
Le document indique que « la plainte [déposée par RAF] pointe les relations privilégiées entre le groupe Bolloré et plusieurs responsables politiques africains, ayant permis au groupe d’obtenir des concessions portuaires majeures à Lomé (Togo), Conakry (Guinée), Douala et Kribi (Cameroun), Tema (Ghana) et Abidjan (Côte d’Ivoire) sans appel d’offres, souvent en échange de soutiens financiers et politiques ». RAF accuse le groupe Bolloré d’avoir « favorisé l’emploi de proches de dirigeants locaux dans ses filiales en Afrique, facilitant ainsi l’obtention et le maintien de contrats lucratifs à son bénéfice et le plaçant dans une situation de quasi-monopole ».
Dans un document qui résume la situation, Jean-Jacques Lumumba révèle que « le directeur général du groupe, Gilles Alix, avait explicitement reconnu cette stratégie destinée à entretenir des liens d’influence politique ». Et le coordonnateur de RAF de citer « les exemples cités figurent son soutien financier à Faure Gnassingbé au Togo et à Alpha Condé en Guinée, qui ont conduit à l’attribution ou le renouvellement des concessions de Lomé et Conakry au profit du Groupe Bolloré ».
Accord de plaider-coupable
Les arguments portés à la connaissance du PNF proviennent, selon le collectif des 11 ONG africaines, « des enquêtes précédentes sur des faits de corruption, notamment l’enquête menée par le PNF à compter de 2013, qui a abouti à des poursuites contre Bolloré SE et VB pour corruption et abus de confiance. Des aveux clés ont été obtenus en 2021 dans le cadre d’un accord de plaider-coupable ». Ce qui, pour le RAF, « confirme que l’entreprise avait financé illégalement des campagnes électorales au Togo et en Guinée afin d’obtenir des concessions portuaires ».
Dans sa saisine du PNF, RAF expose « des affaires similaires concernant les concessions portuaires au Cameroun (Douala en 2004 et Kribi en 2015), au Ghana (port de Tema en 2014), et en Côte d’Ivoire (port d’Abidjan en 2004) où de graves irrégularités et accusations d’infractions à la probité ont été pointées par des institutions internationales, des commissions d’enquête ou encore des lanceurs d’alerte ». Pour RAF, c’est suffisant pour justifier l’infraction de « recel » car, explique le collectif, « Bolloré SE et VB étaient parfaitement informés de l’origine illicite des concessions, ce qui leur a permis d’en tirer des bénéfices considérables en toute connaissance de cause ».
« Un argument juridique majeur de la plainte repose en outre sur le fait que ces concessions obtenues illégalement ont généré des milliards d’euros de revenus et jusqu’à 80% des profits du Groupe, qui ont ensuite été convertis en liquidités lorsque Bolloré Africa Logistics a été vendue pour 5,7 milliards d’euros en 2022, ce qui est constitutif de l’infraction de blanchiment », peut-on lire dans le document rendu public le 19 mars 2025 par RAF. Qui soutient qu’« en vertu d’une nouvelle loi adoptée en 2021 en France, ces fonds devraient être éligibles à une restitution aux nations et populations africaines concernées, créant ainsi un précédent juridique contre les multinationales, notamment françaises, accusées d’exploiter des ressources ou infrastructures stratégiques acquises de manière frauduleuse à l’étranger ». Dans ce qui apparait, selon RAF, comme « un mécanisme de biens mal acquis inversés », il est question pour ce collectif que « les fonds saisis soient réaffectés aux populations affectées, conformément à la loi française n° 2021-1031, qui impose que les actifs confisqués dans des affaires de corruption internationale financent des projets de développement bénéficiant aux communautés impactées, dans un cadre de transparence et de responsabilité totale ».
Pour rappel, sous la direction du lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba, Restitution Afrique se consacre à la lutte contre la corruption, à la promotion de la transparence, et à la restitution des richesses illicites aux communautés impactées. Ce collectif regroupant 11 associations dans 6 pays africains et en France milite pour un système plus juste où les fonds issus d’opérations frauduleuses profiteraient aux populations lésées plutôt qu’aux auteurs des infractions.



