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Paul Kagame à l’Africa CEO Forum : « L’Afrique doit cesser de débattre de son potentiel et passer à l’échelle »

À Kigali, l’ouverture de la 13e édition de l’Africa CEO Forum 2026 a pris des allures de mise en garde stratégique. Devant plus de 2 800 dirigeants d’entreprises, investisseurs et responsables politiques venus de 70 pays, Paul Kagame a livré un discours offensif sur les limites du modèle économique africain actuel, appelant le secteur privé du continent à «…

À Kigali, l’ouverture de la 13e édition de l’Africa CEO Forum 2026 a pris des allures de mise en garde stratégique. Devant plus de 2 800 dirigeants d’entreprises, investisseurs et responsables politiques venus de 70 pays, Paul Kagame a livré un discours offensif sur les limites du modèle économique africain actuel, appelant le secteur privé du continent à « changer d’échelle » sous peine de rester marginal dans les grandes recompositions économiques mondiales.

Le président rwandais a recentré le débat sur ce qu’il considère comme le principal paradoxe africain : un continent riche en ressources stratégiques, en démographie et en opportunités, mais incapable, jusqu’ici, de transformer ces avantages en puissance économique intégrée. « Nous passons trop de temps à commenter nos problèmes et pas assez à construire des solutions collectives », a-t-il lancé en substance devant un auditoire largement acquis à l’idée que le modèle actuel atteint ses limites.

Le thème choisi cette année, « Scale or fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces », résume d’ailleurs l’inquiétude grandissante des élites économiques africaines : celle de voir les entreprises du continent rester sous-capitalisées, fragmentées et vulnérables face aux grands blocs économiques mondiaux. Derrière le slogan, une réalité brutale : très peu d’entreprises africaines atteignent une taille critique continentale capable de rivaliser avec les groupes asiatiques, américains ou européens.

Dans son intervention, Paul Kagame a insisté sur la nécessité de dépasser les logiques nationales étroites qui freinent encore l’intégration économique africaine. Pour lui, les obstacles réglementaires, les barrières non tarifaires, les restrictions sur les flux de capitaux et la fragmentation des marchés empêchent l’émergence de véritables champions panafricains. Une critique à peine voilée adressée aux États africains eux-mêmes, souvent accusés de protéger leurs marchés domestiques au détriment de la compétitivité régionale.

Le président rwandais a également replacé l’Afrique au cœur des nouvelles batailles industrielles mondiales. Énergies renouvelables, minerais critiques, chaînes de valeur industrielles, intelligence artificielle, infrastructures numériques : autant de secteurs dans lesquels le continent dispose, selon lui, d’un avantage stratégique encore insuffisamment exploité. Le cobalt congolais, le lithium africain, les terres rares ou encore le potentiel solaire du continent ne doivent plus seulement alimenter les chaînes de valeur étrangères, mais devenir les fondations d’une industrialisation africaine capable de créer emplois, technologies et souveraineté économique.

Cette ligne a trouvé un écho dans les interventions des grandes institutions financières présentes à Kigali. Makhtar Diop, directeur général de Société financière internationale, a plaidé pour une accélération massive des investissements privés afin de combler le déficit de financement des infrastructures et soutenir la transformation productive du continent. Derrière ce discours, un constat partagé : les finances publiques africaines sont sous pression et les États ne peuvent plus porter seuls les besoins de développement.

Mais l’intervention de Kagame portait aussi une dimension idéologique plus profonde : celle d’un capitalisme africain appelé à se structurer autour de groupes régionaux puissants, capables d’investir à long terme, d’absorber des chocs mondiaux et de construire des chaînes de valeur intégrées. Une vision qui contraste avec le tissu économique encore dominé par des PME sous-financées, des marchés étroits et une dépendance persistante aux matières premières brutes.

Dans les couloirs du forum, plusieurs dirigeants ont d’ailleurs reconnu que le principal défi n’est plus seulement l’accès au financement, mais la capacité des entreprises africaines à atteindre une taille continentale. Les grands groupes bancaires, télécoms, industriels ou logistiques présents à Kigali cherchent désormais à accélérer leur expansion régionale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), encore loin toutefois de produire tous ses effets.

Le discours de Paul Kagame intervient dans un contexte international marqué par la fragmentation géoéconomique, la montée des politiques industrielles souverainistes et la concurrence accrue pour l’accès aux ressources critiques. Dans ce nouvel ordre économique, l’Afrique risque, selon plusieurs intervenants, de rester un simple fournisseur de matières premières si elle ne parvient pas à structurer rapidement son propre appareil productif.

Au-delà des formules, le message envoyé depuis Kigali est clair : pour les élites économiques africaines, le temps du « potentiel africain » ne suffit plus. L’enjeu est désormais celui de la puissance économique, de l’intégration régionale et de la capacité du secteur privé africain à peser dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales.

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