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Ouverture de la 50e Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines : l’assurance au cœur de la souveraineté financière africaine

Abidjan a accueilli, ce 9 février 2026, l’ouverture solennelle de la 50e Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), un rendez-vous stratégique placé sous le signe de la souveraineté financière et du renforcement du modèle panafricain de l’assurance. Représentant le Premier ministre ivoirien, le ministre de l’Économie, des Finances…

Abidjan a accueilli, ce 9 février 2026, l’ouverture solennelle de la 50e Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), un rendez-vous stratégique placé sous le signe de la souveraineté financière et du renforcement du modèle panafricain de l’assurance.

Représentant le Premier ministre ivoirien, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a ouvert les travaux en appelant la faitière à consolider son caractère panafricain et à jouer pleinement son rôle dans l’architecture financière du continent. En amont, le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de bâtir une nouvelle architecture financière fondée sur ses propres ressources, ses institutions et ses priorités de développement.

Prenant la parole, Jean Kacou Diagou, président du Groupe NSIA, a placé son intervention sous le prisme de la « souveraineté financière », devenue un thème central des politiques publiques africaines. Pour lui, le continent dispose d’un potentiel considérable d’épargne encore sous-exploité. « Il y a de l’épargne, et beaucoup d’épargne dans nos pays. Le seul défi, c’est de la canaliser », a-t-il rappelé, soulignant que le secteur de l’assurance représente encore moins de 1 % du PIB africain.

Le doyen du secteur a plaidé pour la libre prestation de services au sein de l’espace africain, estimant qu’un seul agrément devrait permettre d’opérer dans plusieurs pays. Il a également mis en avant le faible nombre d’assurances obligatoires dans la région, comparé à des marchés comme la France ou le Maroc, où ces dispositifs jouent un rôle majeur dans la mobilisation de ressources.

À travers l’exemple ivoirien, Jean Kacou Diagou a illustré le potentiel de croissance du secteur. Avec une masse salariale cumulée public-privé avoisinant 6 000 milliards de FCFA, l’instauration d’une assurance complémentaire obligatoire à hauteur de 10 % pourrait générer près de 600 milliards de FCFA, soit l’équivalent du chiffre d’affaires du marché en 2025. Une telle mesure permettrait, selon lui, de doubler, voire de tripler le marché, tout en renforçant l’investissement dans les obligations d’État et les entreprises locales. Il a, dans ce cadre, appelé à la consolidation du secteur pour faire émerger de véritables champions africains de l’assurance.

Dans la continuité, Corneille Karekezi, directeur général d’Africa Re pour la Côte d’Ivoire et le Sénégal, a dressé un diagnostic sans complaisance. Les actifs du secteur représentent environ 4 % du PIB dans ces pays, contre 60 à 80 % à Maurice ou en Afrique du Sud. Un écart qui traduit, selon lui, un immense potentiel encore inexploité.

Le patron du réassureur panafricain a identifié plusieurs priorités, à commencer par la couverture des risques climatiques, dont plus de 90 % restent aujourd’hui non assurés. Il a également appelé à transformer l’épargne des ménages en actifs de long terme, à renforcer les institutions de régulation et à s’inspirer d’expériences réussies, notamment en Inde et au Vietnam, où des régulateurs indépendants et solides ont favorisé l’essor du secteur.

La restauration de la confiance du public est, selon lui, un autre enjeu clé. Elle passe par l’amélioration de l’expérience client, l’investissement dans les plateformes technologiques, la transparence et la traçabilité des opérations. Africa Re entend également soutenir la rétention locale, notamment par l’acceptation de la réassurance en monnaie locale, avec plus de 115 millions de dollars déjà engagés l’an dernier.

Les débats ont également été nourris par les interventions de plusieurs figures du secteur. Boubkeir Jai, revenant sur les cinquante ans de la FANAF, a salué le rôle historique de l’organisation dans la sortie de l’isolement des marchés africains. Même tonalité chez Richard Lowe, PDG du Groupe Activa Group, et chez Blaise Abel Ezo’o Engolo, secrétaire général de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances.

Pour Géraldine Mermoux, directrice générale de Finactu, le bon fonctionnement du secteur repose sur un écosystème cohérent et responsable : assureurs, intermédiaires, superviseurs, forces de l’ordre et administrations doivent jouer pleinement leur rôle. Elle a cité l’exemple du Maroc et de la Tunisie, qui, grâce à des contrats-programmes structurants, ont atteint des niveaux de réserves supérieurs à ce que leur PIB laisserait supposer.

De son côté, Adama Ndiaye, directeur général de Sen Ré, a rappelé que la FANAF ne se limite pas à la défense des acteurs, mais participe également à l’élaboration des règles du jeu. Il a plaidé pour un renforcement de la représentation des professionnels au sein des organes de la CIMA, tout en dénonçant la guerre des prix et la concurrence par le bas, qui fragilisent la solidité du secteur.

La question de la digitalisation a également été au centre des échanges. « Sera-t-elle africaine ou simplement en Afrique ? », s’est interrogé Adama Ndiaye, appelant à une appropriation réelle des technologies. Richard Lowe a, pour sa part, insisté sur l’éducation, la gouvernance et la maîtrise des outils numériques comme piliers de la résilience des entreprises d’assurance.

Au terme de cette journée inaugurale, un consensus s’est dégagé : l’assurance constitue désormais un levier stratégique de la souveraineté financière africaine. À condition de mieux canaliser l’épargne, de renforcer la régulation, de mutualiser les marchés et d’investir dans l’innovation, le secteur est appelé à jouer un rôle central dans le financement durable des économies du continent. La 50e Assemblée générale de la FANAF s’ouvre ainsi sur une ambition claire : bâtir, collectivement, une industrie de l’assurance à la hauteur des enjeux africains.

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