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Note de Lecture : « Le prix de la liberté » par Dr Cheikh Kanté

Par Christine Holzbauer En plus d’avoir été DG du port autonome de Dakar et ministre d’Etat en charge du suivi du Plan Sénégal Emergent (PSE), Dr Cheikh Kanté peut aussi se targuer d’une longue carrière d’économiste et d’enseignant-chercheur. Ce 21 avril, le Président du Conseil départemental de Fatick et de I ‘ExcellenceUniversitaire Africaine (EUA), présente son dernier livre, à Paris, devant le Cercle des économistes français dirigé par Jean-Hervé Lorenzi, dont…

Par Christine Holzbauer

En plus d’avoir été DG du port autonome de Dakar et ministre d’Etat en charge du suivi du Plan Sénégal Emergent (PSE), Dr Cheikh Kanté peut aussi se targuer d’une longue carrière d’économiste et d’enseignant-chercheur. Ce 21 avril, le Président du Conseil départemental de Fatick et de I ‘ExcellenceUniversitaire Africaine (EUA), présente son dernier livre, à Paris, devant le Cercle des économistes français dirigé par Jean-Hervé Lorenzi, dont il est l’un des éminents membres. S’appuyant sur les sept points du « consensus de Dakar » et l’héritage de Bandoeng, l’auteur esquisse dans « Le prix de la liberté » une voie novatrice pour inscrire l’Afrique au cœur d’un nouvel ordre économique mondial. Voilà qui devrait ravir le Gotha économique français -encore secoué par le départ précipité que Paris a dû opérer après les coups d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger, aujourd’hui réunis dans l’Alliance des Etats du Sahel (AES.) Une sortie parisienne qui devrait marquer les esprits après un lancement en grande pompe de l’ouvrage, en décembre dernier, à Dakar. 

D’abord le constat : il est sans concession. Partant du paradoxe de la « pauvreté intergénérationnelle », l’auteur déplore que malgré des investissements massifs depuis les indépendances (NDLR : supérieurs, selon lui, au Plan Marshall en termes de volume relatif), la pauvreté reste structurelle en Afrique. Il dénonce l’inefficacité des modèles de croissance actuels qui n’ont pas réussi, selon lui, à briser le cycle de la dépendance. Trois freins majeurs sont identifiés : l’impact étouffant de l’endettement extérieur, l’inefficacité de l’aide internationale, souvent mal orientée et le caractère improductif de certaines dépenses publiques.

La thèse centrale, ensuite, est que la « liberté » de l’Afrique a un prix : celui de l’autonomie financière et de la sortie des modèles hérités du consensus de Washington. Aussi propose-t-il de passer d’une Afrique « wagon » (qui subit la croissance mondiale) à une Afrique « locomotive ». Il s’agit donc pour les 54 Etats africains d’acquérir une souveraineté financière panafricaine. Comment y parvenir ? En jouant sur de nouveauxleviers de développement ainsi que des mécanismes financiers et institutionnels originaux, tels que : 

• Le Mécanisme Africain de Stabilité Financière (MASF) : c’est l’une des propositions les plus fortes. Contrairement à une simple stabilité monétaire (difficile à atteindre compte tenu de la fragmentation des monnaies), le MASF viserait à protéger les économies africaines contre les chocs exogènes, les crises bancaires systémiques et à mieux gérer le surendettement, sans passer par des politiques d’austérité « mortifères ».

• L’Agence de Notation Panafricaine : l’auteur plaide également pour la création d’un organisme capable d’évaluer le risque souverain des États africains avec des critères adaptés aux réalités du continent, afin de réduire les coûts d’emprunt souvent injustement élevés sur les marchés internationaux.

• L’Observatoire des Investissements : il s’agit d’un outil de régulation et de suivi pour garantir que les flux de capitaux (notamment les investissements directs étrangers) servent réellement le développement local et la création de valeur.

• La valorisation du dividende démographique : Sur le plan financier, cela implique de transformer la jeunesse en un actif productif via des mécanismes de financement de l’entrepreneuriat à grande échelle.

Petit rappel sur le « consensus de Dakar » sur lequel, l’auteur articule ses propositions. En 2019, le gouvernement sénégalais conjointement avec le Fonds Monétaire International (FMI), en partenariat avec l’Organisation des Nations unies et le Cercle des économistes français, avait organisé une conférence internationale sur le thème « Développement durable et dette soutenable, trouver le juste équilibre. » A la fin de l’évènement, les chefs d’Etat et de gouvernements présents ont adopté l’accord de Dakar qui renferme sept points de convergence. Il s’agit de la nécessité de renforcer l’épargne des finances publiques pour financer le développement et renforcer les recettes avec le soutien des partenaires ; l’amélioration de manière continue de la gouvernance publique et de l’environnement des affaires ; la nécessité d’éradiquer les menaces terroristes ; l’urgence des besoins d’investissement qui constitue une opportunité pour relever la croissance économique à l’échelle mondiale ; la nécessité de lutter contre l’évasion fiscale ; se départir du caractère très exagéré de la perception des risques pour renchérir davantage l’investissement ; et enfin la nécessité de poursuivre la collaboration entre les pays signataires de l’accord et les partenaires bilatéraux et multilatéraux.

C’est sur cette base que Dr Cheikh Kanté propose un nouvel ordre économique où la souveraineté financière devient le socle de la souveraineté alimentaire, énergétique et culturelle. Son livre, en effet, se veut un manifeste pour une Afrique qui ne serait plus le « garde-manger » du monde, mais un acteur central du marché global. Une idée chère à l’ancien président du Niger, Mahamadou Issoufou, pour qui l’Afrique « doit cesser d’être un simple réservoir de matière première et apprendre plutôt à transformer ses ressources sur placeafin de créer des emplois pour la masse de ses jeunes », avait-il renchéri.

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