L’agence de notation S&P Global Ratings a relevé, le 15 mai 2026, la note souveraine de long terme du Nigeria de « B- » à « B », assortie d’une perspective stable. Une décision qui consacre, selon l’agence, « trois années de réformes structurelles soutenues » engagées par l’administration du président Bola Tinubu.
Au cœur de cette amélioration figure la libéralisation du taux de change décidée en 2023, qui a permis de restaurer l’accès aux devises, d’assainir le marché des changes et de soutenir la confiance des investisseurs. S&P estime également que l’augmentation de la production pétrolière, le redressement des recettes publiques et surtout l’entrée en puissance du complexe de raffinage de Dangote Industries modifient profondément les équilibres macroéconomiques du pays.
Avec une capacité proche de 650 000 barils par jour, la raffinerie Dangote contribue désormais à réduire les importations de carburants raffinés et à améliorer le compte courant nigérian, que S&P projette à 5,8 % du PIB en 2026 contre 4,8 % en 2025. L’agence souligne que cette nouvelle capacité industrielle offre également au pays un amortisseur face aux tensions géopolitiques mondiales et à la volatilité énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Dans le même temps, le Nigeria bénéficie d’une amélioration sensible de sa position extérieure. Les réserves de change ont progressé à 50 milliards de dollars début 2026, contre 33 milliards en 2023, grâce à la hausse des exportations d’hydrocarbures, à la dépréciation du naira qui a comprimé les importations, ainsi qu’à la suppression des subventions sur les carburants.
S&P note également une amélioration graduelle des finances publiques. Le ratio dette/revenus de l’État, qui culminait à près de 500 % en 2023, devrait reculer à 338 % en 2026, sous l’effet des réformes fiscales et de la centralisation accrue des revenus pétroliers au profit du gouvernement fédéral. L’agence cite notamment l’Executive Order 9 signé par Bola Tinubu en février 2026, qui oblige la compagnie pétrolière nationale à reverser une part plus importante de ses revenus au Trésor fédéral.
Malgré ces progrès, l’agence demeure prudente. L’inflation reste élevée, alimentée par la hausse des prix des carburants désormais indexés sur les cours internationaux. S&P prévoit toutefois un reflux progressif de l’inflation à moins de 10 % d’ici 2028, contre une moyenne estimée à 17,7 % en 2026.
Les fragilités structurelles persistent également : base fiscale étroite, forte informalité de l’économie, chômage élevé et pauvreté croissante. Selon les données reprises par l’agence, près de 50 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, contre 30 % avant 2020.
S&P considère néanmoins que le gouvernement nigérian reste engagé dans une trajectoire de réformes économiques et budgétaires, même si l’approche des élections générales de 2027 pourrait ralentir leur mise en œuvre.
Pour la première économie africaine et le pays le plus peuplé du continent, ce relèvement de notation constitue un signal important adressé aux investisseurs internationaux. Il traduit le retour progressif du Nigeria dans le radar des marchés émergents crédibles, après plusieurs années marquées par les déséquilibres de change, les pénuries de devises et la défiance des investisseurs étrangers.



