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Nigeria : l’eNaira change de cap après une panne au démarrage

Longtemps présentée comme la vitrine africaine des monnaies numériques de banque centrale, l’eNaira change de cap. Dans sa Nigeria Payments System Vision 2028, nouvelle feuille de route triennal publiée le 5 juin 2026 par la Banque centrale du Nigeria (CBN), le régulateur reconnaît la faible adoption de sa CBDC et acte une réorientation plus pragmatique…

Le Nigeria a lancé sa monnaie virtuelle, le e-naira, le 25 octobre 2021. ©DR

Longtemps présentée comme la vitrine africaine des monnaies numériques de banque centrale, l’eNaira change de cap. Dans sa Nigeria Payments System Vision 2028, nouvelle feuille de route triennal publiée le 5 juin 2026 par la Banque centrale du Nigeria (CBN), le régulateur reconnaît la faible adoption de sa CBDC et acte une réorientation plus pragmatique : faire de l’eNaira un outil prioritaire pour les paiements gouvernementaux aux particuliers et pour les flux transfrontaliers.

Lancé en octobre 2021 comme première CBDC du continent, l’eNaira n’a jamais trouvé sa place dans les usages quotidiens. La CBN admet elle-même plusieurs freins : un engagement insuffisant des parties prenantes, une intégration trop faible dans les applications bancaires et fintech, une proposition de valeur limitée pour les commerçants, ainsi qu’un nombre trop réduit de cas d’usage dans l’économie réelle. Malgré des millions de portefeuilles ouverts, les transactions cumulées ne représenteraient qu’environ 22 milliards de nairas, un niveau jugé modeste au regard de l’ambition initiale.

Face à ce constat, la nouvelle feuille de route change nettement de logique. Plutôt que de pousser l’eNaira comme moyen de paiement grand public indistinct, la banque centrale veut l’ancrer dans des usages ciblés et massifs : versements sociaux, pensions, salaires publics et autres paiements government-to-person (G2P). L’objectif est clair : adosser la monnaie numérique à des flux récurrents, traçables et à fort volume, capables de créer rapidement de l’utilité et d’élargir l’adoption.

Mais le vrai pari stratégique est ailleurs : l’international. La CBN veut repositionner l’eNaira sur les transferts de fonds, le règlement commercial et les corridors bilatéraux de CBDC avec des partenaires jugés prioritaires. Le document évoque l’ouverture d’API pour favoriser l’intégration par les fintechs, l’extension du sandbox réglementaire aux produits transfrontaliers, ainsi que des pilotes de corridors de paiements, y compris une intégration eNaira-SWIFT sur l’axe Royaume-Uni–Nigeria dès le troisième trimestre 2026.

Au-delà du seul cas de l’eNaira, cette inflexion dit beaucoup de l’état du marché. Abuja ne renonce pas à sa CBDC ; mais admet qu’une innovation monétaire ne vaut que par ses usages.

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