Au même titre que la guerre en Ukraine, le conflit entre Israël et le mouvement palestinien Hamas a un impact sur le commerce international. Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de l’Iran dans la région, et soutiens du mouvement palestinien Hamas dans sa guerre avec Israël s’en prennent aux navires marchands affiliés à l’État hébreu. Cette situation, si elle perdure, pourrait coûter 0,7 point d’inflation mondiale en fin d’année 2024, selon le cabinet international Oxford Economics.
Ces attaques, selon les experts, ont provoqué la chute du trafic de porte-conteneurs à la mi-novembre 2023 d’environ 70% en mer Rouge où transite 12 % du commerce mondial. Obligeant les armateurs à faire un détour complexe et coûteux de 6 500 km, boostant les volumes transitant par le cap de Bonne-Espérance au large de l’Afrique du Sud de 67%. Avec un nombre de passage de rouliers (vaisseaux transportant des voitures) ayant chuté de 90% en mer Rouge ; le nombre de vraquiers ayant chuté de 15% « On n’est pas au niveau du Covid, mais pas loin en termes d’impact sur la chaîne d’approvisionnement » soutiennent des professionnels du secteur.
L’escalade en mer Rouge
Le canal de Panama frappé de sécheresse n’offre pas de réelle alternative et les représailles militaires américaines soutenues par les britanniques visant officiellement à protéger les navires commerciaux, à travers l’opération « Prosperity Guardian » (OPG), a permis de mettre un terme à l’impunité des rebelles houthis mais pas de stopper la spirale des attaques contre les armateurs. Pire, il y a désormais un véritable risque de conflit régional avec des répercussions jusqu’en Irak et en Syrie.
L »accès au Canal de Suez via la Mer Rouge en état de guerre plonge ainsi le trafic maritime international dans une situation économique alarmante, notamment à travers l’explosion du coût de fret. Les compagnies étant obligées de procéder à des hausses importantes des tarifs pour couvrir les frais liés à la crise. D’après le Shanghai Contenarized Freight Index (SCFI), le coût de fret des marchandises acheminées depuis la Chine a plus que doublé.
Impact économique planétaire
La plateforme de logistique Container xChange estime que la crise en Mer Rouge pourrait faire grimper les coûts du transport maritime de 60%, avec une surprime de l’ordre de 20% pour les assurances des armateurs et un surcoût en termes de carburant d’environ 20%. La Mer Rouge est également une voie primordiale pour les hydrocarbures et permet le transit de 10% du commerce pétrolier mondial. Selon l’agence Bloomberg, au moins 100 tankers ont été déroutés de la mer Rouge, représentant 56 millions de barils de brut et autres produits pétroliers.
D’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), «Des perturbations prolongées sur des routes commerciales majeures pourraient affecter les chaînes d’approvisionnement mondial, entrainant des délais pour les livraisons de biens, une augmentation des coûts et un risque d’inflation » a prévenu l’agence onusienne.
Les spécialistes du secteur soutiennent néanmoins que le dysfonctionnement actuel tient pour le moment, plus à un problème sécuritaire que logistique. Même si le trajet via le cap de Bonne-Espérance est plus long et plus coûteux, les gros armateurs qui ont une résilience en matière logistique préfèrent sortir le chéquier que de risquer leurs intérêts en mer Rouge.
La mise sous tension du détroit de Bab al-Mandeb au large du Yémen, donnant un accès au sud de la mer Rouge commence déjà à mettre à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement mondiales. À titre d’exemple, le constructeur américain Tesla a été contraint en janvier 2024 de stopper momentanément sa production européenne de véhicules électriques en Allemagne. Pour cause de hausse du coût et du temps de transport maritime dus à la modification des itinéraires des porte-conteneurs en Mer Rouge.
Ces attaques pourraient à long terme perturber profondément le commerce maritime mondiale avec par ailleurs un réel risque d’escalade vers un conflit plus large au Moyen-Orient.



