Par Eduardo Ribeiro, Paris.
L’important repli de son chiffre d’affaires en 2020 comme conséquence de la pandémie Covid19 contraint Jeune Afrique Media Group (JAMG), éditeur entre autres de Jeune Afrique, à se recapitaliser. Ce projet en préparation par la direction devrait permettre de se tourner vers les actionnaires actuels et d’en solliciter de nouveaux.
Selon plusieurs notes de synthèse et de comptes-rendus de réunions du personnel dont Financial Afrik a obtenu la copie, les recettes publicitaires ont chuté de plus de 7 millions € au cours de cet exercice, somme à laquelle s’ajoute le gap des recettes «event» après l’annulation de l’édition 2020 du CEO Forum. Au total, le chiffre d’affaires a reculé de 58%. Lors d’une réunion avec le personnel, le 30 novembre, le cabinet d’expertise Secafi, chargé de conseiller les salariés sur la situation de leur entreprise dans le cadre du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), note que le résultat net du groupe est demeuré identique – « quelques centaines de milliers d’euros » – alors même que le volume des recettes était très élevé avec plus de 17 millions € provenant chaque année de la publicité et plus de 6 millions € tirés du CEO Forum, comme ce fut le cas pour les exercices 2014, 2015 et 2016. «La gestion est tournée vers un mode de profitabilité très peu élevée», constatent les représentants du personnel se basant sur le rapport du cabinet d’expertise «avec une volonté délibérée de ne pas redistribuer de dividendes mais de favoriser un ‘écosystème’ de prestataires et de sociétés autour JAMG ».
Outre la recapitalisation, la direction de JAMG mise prioritairement sur la digitalisation pour se relancer. Après le passage de l’hebdomadaire Jeune Afrique à un rythme mensuel, cette stratégie repose sur une hausse de 80% des recettes numériques, dès 2021, avant de les porter à 4,3 millions € d’ici 2025. Un business-plan « très optimiste » selon Secafi, qui rappelle que la moyenne des recettes numériques n’ont atteint que 600.000 € ces dernières années. De nombreuses tâches affectant plusieurs services (comptabilité, documentation, services généraux…) seront par ailleurs à être externalisées.
Les rentrées et les économies attendues resteront toutefois grevées par de nouvelles charges à l’instar du remboursement, d’ici 2026, de deux Prêts garantis par l’Etat (PGE) totalisant 5,5 millions €. En ce qui concerne la réorganisation de la rédaction, Secafi relève des «incohérences troublantes» et des interrogations liées à la «soutenabilité» des charges de travail. Sur ce point, une proposition de réorganisation par la direction de JAMG a déjà été contestée en externe par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi ( Direccte), l’inspection du travail.



