Dans son rapport présenté à l’occasion de sa réunion de politique monétaire du 23 juin 2026, Bank Al-Maghrib livre l’image d’un secteur bancaire marocain pris entre deux dynamiques quasi contraires: d’un côté, une demande de financement qui se raffermit avec la reprise de l’activité; et de l’autre, des tensions de liquidité qui continuent de s’accentuer sous l’effet de la progression de la circulation fiduciaire. Pour le régulateur, le système bancaire reste donc un rouage actif du redémarrage économique, mais il devra composer avec un besoin de refinancement plus élevé dans un environnement international redevenu plus incertain.
Le crédit repart
Le premier signal mis en avant est celui de la liquidité. Bank Al-Maghrib anticipe un creusement du besoin de liquidité des banques, passé de 131,7 milliards de dirhams (environ 14 milliards USD) en 2025 à un niveau appelé à atteindre 143 milliards en 2027. La cause principale est clairement identifiée: l’augmentation de la monnaie fiduciaire en circulation, qui assèche mécaniquement les ressources disponibles dans le circuit bancaire. Cette évolution confirme que, malgré la stabilité du taux directeur à 2,25%, les établissements de crédit continueront à dépendre fortement des opérations de refinancement de la banque centrale.
Deuxième enseignement, le crédit repart. Le rapport prévoit, en effet, une nette accélération du crédit bancaire au secteur non financier, de 4,8% en 2025 à 6,8% en 2026, avant un léger reflux à 6,1% en 2027. Les statistiques monétaires les plus récentes confirment déjà ce mouvement: en avril 2026, la progression annuelle du crédit au secteur non financier a atteint 8,1%, tirée à la fois par les concours au secteur public et par une reprise graduelle du crédit au privé. Les crédits à l’équipement ont particulièrement accéléré, signe que les banques accompagnent davantage l’investissement productif, tandis que les prêts à l’immobilier, à la consommation et même les facilités de trésorerie ont également progressé.
Un soutien sous vigilance
Le rapport suggère aussi une transmission graduelle de l’orientation monétaire vers le coût du crédit. Selon l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib sur les taux débiteurs, le taux moyen est revenu à 4,66% au premier trimestre 2026, contre 4,82% au trimestre précédent. Le recul est particulièrement visible pour les crédits de trésorerie, à 4,47%, et pour les crédits à l’équipement, à 4,37%, alors que les crédits immobiliers demeurent plus rigides à 5,13% et les crédits à la consommation élevés à 6,86%. En clair, les banques prêtent davantage, dans de meilleures conditions qu’il y a quelques mois, mais sans relâchement généralisé des barèmes.
Reste enfin la question de la qualité du portefeuille. Sur ce terrain, le tableau demeure surveillé de près plutôt qu’alarmant. En avril, les créances en souffrance ont progressé de 2,6% sur un an et leur ratio au crédit bancaire s’est établi à 8,3%, contre 8,2% un mois plus tôt. Ce niveau ne traduit pas une dégradation brutale, mais il rappelle que l’expansion du crédit s’opère dans un contexte encore exposé au choc énergétique, à l’alourdissement des importations et aux incertitudes extérieures. Pour Bank Al-Maghrib, le secteur bancaire apparaît ainsi comme un soutien à la croissance, mais un soutien sous vigilance.



