Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, ,

Maroc, CGEM : le grand ménage de Tazi – les nouveaux visages d’un patronat en révolution

Par Ismael Sy, Casablanca Ils étaient sept vice-présidents autour de Chakib Alj en 2023. Ils ne sont plus que deux à avoir survécu à l’opération «  CGEMRESET » lancé par le nouveau Président Mehdi Tazi. Un seul nom traverse les deux mandats : Ghita Lahlou, la directrice générale de l’École Centrale Casablanca, maintenue pour un troisième mandat. LeBureau de la CGEM est renouvelé…

Par Ismael Sy, Casablanca

Ils étaient sept vice-présidents autour de Chakib Alj en 2023. Ils ne sont plus que deux à avoir survécu à l’opération «  CGEMRESET » lancé par le nouveau Président Mehdi Tazi. Un seul nom traverse les deux mandats : Ghita Lahlou, la directrice générale de l’École Centrale Casablanca, maintenue pour un troisième mandat. LeBureau de la CGEM est renouvelé à plus de 80 %. Du jamais-vu. Zoom.

La question qui taraudait les observateurs depuis l’élection du binôme Mehdi Tazi-Mohamed Bachiri en mai 2026 était simple : le nouveau président, qui a passé six ans comme vice-président général à connaître la maison sur le bout des doigts, allait-il reproduire le schéma Alj ou imprimer sa propre méthode ? La réponse est tombée le 22 juin dernier depuis les bureaux du siège du patronant marocain à l’avenue Palmier, quand la liste du nouveau Conseil d’administration a été validée. 


« Nous sommes à presque 80 % de renouvellement parce que Mehdi Tazi voulait qu’il y ait une vraie rotation des responsabilités. Il tenait à donner l’occasion à de nouvelles personnes de travailler et servir l’entreprise marocaine », confie une source du patronat. 

Et ‘âge moyen du nouveau Bureau tourne autour de 47 ans. Une génération d’entrepreneurs qui n’a pas connu les affres des années 90, qui a grandi avec la mondialisation et qui parle le langage des marchés sans complexe. Mehdi Tazi ne s’en cache pas. Dans une publication sur ses réseaux, il résume ses ambitions : « Cette équipe reflète notre volonté d’insuffler une nouvelle dynamique au sein de la Confédération au service de l’entreprise marocaine, avec l’arrivée de nouvelles compétences et une représentation renforcée des TPME, des Régions et des femmes entrepreneures. » 


Les cinq nouveaux vice-présidents : le casting de la rupture

Pas des figurants. Des poids lourds, chacun avec un secteur de prédilection à l’instar de Naziha Belkeziz, présidente de la BCP. Une banquière discrète qui évolue dans le secteur bancaire et financier depuis plus de trente ans. Elle a débuté sa carrière en 1992 à la Banque commerciale du Maroc, l’ancêtre d’Attijariwafabank, avant de devenir consultante en gouvernance d’entreprise et administratrice indépendante dans plusieurs sociétés. En novembre 2024, elle a pris les rênes de la BCP. Son expertise sur le financement et la banque n’est plus à démontrer. Avec elle, Tazi met la main sur le nerf de la guerre : l’accès aux capitaux.

Naoual Zine, directrice générale de Reminex, la filiale d’ingénierie et de développement de projets miniers du groupe Managem. Elle cumule avec la présidence de la commission Développement durable. Une femme de l’industrie, des mines et de la stratégie. Dans un Maroc qui mise sur ses ressources minières pour sa transition énergétique, sa présence n’est pas un hasard.

Majid Iraqui, président du directoire de TaqaMaroc. Diplômé en finance et d’un MBA de l’Eastern Michigan University, il a débuté dans la finance avant de basculer dans l’énergie en 2007. Il est ce qu’on appelle « Monsieur Énergie » du nouveau Bureau. Avec les enjeux de décarbonation et de souveraineté énergétique, c’est un atout stratégique.

Hicham El Habti, managing director en charge de Innovation & Learning à OCP et président de l’UM6P. Il supervise la R&D et l’innovation du groupe OCP. Si Mehdi Tazi veut accélérer la R&D et l’innovation, comme il l’a plaidé à plusieurs reprises, l’expérience d’El Habti est précieuse. Point barre.

Youssef Alaoui, dont l’arrivée au Bureau est liée à sa qualité de président du groupe parlementaire de la CGEM. Une nouveauté. Tazi a décidé d’intégrer le président du groupe parlementaire au Bureau, signe que le lien avec le Parlement et le travail de plaidoyer législatif seront suivis et coordonnés de plus près. En clair : la CGEM ne veut plus subir la loi, elle veut la faire.

International : l’Afrique au sommet…

Le changement le plus significatif, peut-être, se situe au niveau de l’international. L’ancien mandat avait deux commissions : une commission internationale confiée à Ghita Lahlou, et une commission Afrique présidée par Abdou Diop. Tout a été mis à plat. Désormais, l’international est éclaté en cinq commissions régionales : Europe et Méditerranée, Amériques, Moyen-Orient, Asie et Océanie, et Afrique. La commission Afrique est confiée au vice-président général Mohamed Bachiri lui-même. Pas un geste anodin. « Tazi et Bachiriont décidé de garder la commission Afrique au niveau de la présidence au vu de l’importance du continent, et parce qu’il y a énormément de choses à faire au niveau de l’intégration industrielle du continent », nous confie l’économiste Mehdi Fakkir.


Le choix de Bachiri, patron de l’automobile, est stratégique. « Il est dans l’automobile et c’est le secteur où il y a le plus d’opportunités en termes d’intégration continentale selon une étude faite par la CGEM et la BAD. Et puis il y a la mobilité durable, les minéraux critiques, les batteries… des sujets que maîtrise le VPG et cela fait donc sens qu’il porte ce sujet » ,martèle l’économiste marocain. L’Afrique n’est plus une simple vitrine pour la CGEM. C’est un terrain de conquête industrielle.

IA, innovation, start-up : le nouveau triptyque de l’équipe Tazi…

Absente de la nomenclature 2023, l’intelligence artificielle fait désormais partie de la structure. Là où l’ancien mandat se limitait à une commission Écosystème Tech et une autre dédiée à l’innovation et la R&D, il y a désormais trois commissions distinctes.

IA et Transformation économique, présidée par Mohammed Benouda (Aba Technology) ; Accélération des Start-ups, portée par Hamza Rkha Chaham (Sowit) ; et le MoroccoInnovation Lab (MIL), confié à Meriem Zairi. Ce dernier est particulièrement emblématique. Mehdi Tazi l’avait présenté lors de la rencontre de presse d’annonce de son programme : « Le MIL est un centre d’innovations, un outil qui a été travaillé sur les dix dernières années et qu’on doit mettre en œuvre dans ce mandat, c’est celui qu’on a précédemment appelé l’initiative El Kindi. C’est une vitrine pour l’ensemble des entreprises et l’ensemble des fédérations de la CGEM, sur un modèle qui existe dans d’autres pays dans le monde, et notamment en Turquie, où il y a un modèle d’innovation similaire qui peut permettre aux entreprises de monter en gamme et de faire monter en gamme leurs employés. »

Meriem Zairi a été choisie parce que, selon une source du patronat, « c’est elle qui a bataillé dès le départ pour avoir Al Kindi et le développer, c’est son sujet et elle qui l’a porté dès le départ ». La fidélité récompensée. Le Conseil d’administration accueille d’ailleurs deux administrateurs désignés au titre des jeunes entreprises innovantes : Oussama Nour(Atarec) et Amir Benmahjoub (Harmattan AI Morocco). La CGEM veut montrer qu’elle prend le virage technologique au sérieux.

Les membres désignés : grands groupes et PME, le grand écart

Dans les membres désignés du CA, on voit la présence d’Al Mada à travers plusieurs filiales, Akwa Group représenté par SoukainaAkhannouch, le groupe Unimer (Mehdi Alj), Safari Group, Diana Holding. Les poids lourds historiques sont là. Mais Tazi a aussi tenu à intégrer de nouvelles entreprises, y compris des PME. Et il y a aussi des « sages », comme les appelle une source.

Fait remarquable : l’entrée de Moncef Belkhayatau CA de la CGEM. Le patron de Dislog group s’est exprimé sur cette nomination : « Au-delà de ses réussites entrepreneuriales, Mehdi est surtout un homme de valeurs. Bienveillance, ouverture, optimisme, sens du collectif et profond attachement au Maroc sont autant de qualités qui font de lui un leader respecté. En découvrant la composition de son bureau, j’y vois bien plus qu’une nouvelle gouvernance. J’y vois le reflet d’un Maroc entrepreneurial en pleine transformation. Cette équipe incarne une nouvelle dynamique, à l’image du Maroc d’aujourd’hui : plus ouvert, plus audacieux et plus ambitieux. »

Une CGEM en mouvement

Le nombre de commissions passe de dix-huit à vingt. Mais l’essentiel n’est pas là. C’est l’architecture qui renseigne sur la nouvelle dynamique. Plusieurs anciennes commissions disparaissent avec leurs titulaires : Hassan Belkhayat pour l’Écosystème Tech, Aymen Taud pour la Transition énergétique, Chadia Jazoulipour l’Éthique et la Gouvernance, Karim Cheikh pour le Capital humain, Driss Benomar pour la Veille économique, Badr Alioua pour le Financement et l’Investissement, ou encore Hicham Mellakh pour la Logistique et le Foncier. Des noms qui s’effacent. Des lignes qui se réécrivent.

La commission TPME est confiée à Adil Rais, vice-président général de la CGEM Tanger-Tétouan-Al Hoceima. « Il est très connu pour être un grand militant et combatif. Sur ce sujet de la TPME, il est important d’avoir quelqu’un qui a de l’expérience et de la détermination », confie Driss Bouti, président de la CGEM Souss-Massa

. Deux présidents de fédérations, Abed Chagar(FCP) et Ali El Harti (Fenelec), ont également la présidence de commissions. Un esprit d’inclusivité des fédérations et des secteurs, assure-t-on.

Autre signal fort : la disparition du poste de trésorier adjoint, détenu auparavant par Abdou Diop. Jinane Laghrari est nommée à la trésorerie. Elle préside également la commission Compétences et Employabilité. Administratrice indépendante à BOA, elle dispose d’une expertise allant de la finance au développement économique, en passant par le secteur public, pour avoir passé plus d’une quinzaine d’années chez McKinsey.

Financial Afrik Premium