C’est fait. Le groupe BNP Paribas a officiellement reclassé dans ses comptes annuels les actifs et passifs de sa filiale marocaine BMCI, qu’elle s’apprête à céder au groupe Holmarcom. Une étape qui confirme l’avancée des négociations exclusives entamées en décembre 2025. Les détails.
Le groupe bancaire français BNP Paribas vient de franchir une étape comptable significative dans son désengagement du Maroc. Dans ses comptes annuels, la banque a officiellement reclassé les actifs et passifs de sa filiale marocaine BMCI, une opération technique qui confirme l’avancée du processus de cession engagé avec le groupe marocain Holmarcom. Derrière ce mouvement comptable se dessine en réalité une transformation stratégique majeure. En appliquant les règles comptables internationales, BNP Paribas considère désormais que la perte de contrôle de sa filiale marocaine est « hautement probable » dans un délai d’un an. Concrètement, les actifs et passifs de BMCI ont été isolés dans les comptes consolidés du groupe, conformément aux normes IFRS relatives aux actifs destinés à être cédés. Selon les données publiées, environ 7,8 milliards d’euros d’actifs et 6,1 milliards d’euros de dettes liés à BMCI et à ses filiales ont été reclassés. Cette présentation séparée dans les comptes est généralement utilisée par les groupes internationaux lorsqu’une cession est en cours de finalisation. Elle constitue donc un signal clair pour les marchés financiers : la transaction envisagée est entrée dans une phase avancée.
Une sortie progressive du marché marocain
Cette évolution intervient après l’annonce, en décembre 2025, de négociations exclusives entre BNP Paribas et Holmarcom pour la cession de la participation de 67 % détenue par la banque française dans BMCI. Si l’opération aboutit, elle marquera la fin d’une présence historique de BNP Paribas dans le secteur bancaire marocain, entamée il y a plusieurs décennies. Pour le groupe français, ce mouvement s’inscrit dans une logique plus large de réallocation du capital et de recentrage stratégique. Les grandes banques européennes procèdent régulièrement à des arbitrages géographiques afin de concentrer leurs ressources sur les marchés jugés prioritaires ou plus rentables.
Dans ce contexte, la BMCI reste pourtant une institution bien installée dans le paysage financier marocain. La banque a enregistré en 2024 un produit net bancaire d’environ 3,79 milliards de dirhams et un résultat net consolidé proche de 326 millions de dirhams, confirmant son rôle d’acteur significatif du secteur bancaire national.
Une recomposition du paysage bancaire
Au-delà du cas spécifique de BNP Paribas, cette opération reflète une dynamique plus large de recomposition du secteur bancaire en Afrique et au Maroc. Plusieurs groupes internationaux revoient actuellement leur présence sur le continent, tandis que des acteurs locaux ou régionaux cherchent à renforcer leur position. Le reclassement comptable de BMCI apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple ajustement technique. Il constitue un indicateur avancé d’un changement stratégique majeur : la transition d’une banque historiquement liée à un groupe international vers un nouvel ancrage dans le capital national. Si les autorisations réglementaires sont obtenues et que les négociations aboutissent, la finalisation de l’opération pourrait intervenir avant la fin de l’année 2026. Rappelons que la reprise de BMCI permettrait à Holmarcom de consolider un pôle financier capable de rivaliser avec les grandes banques marocaines. Elle s’inscrirait également dans un mouvement plus large de marocanisation progressive de certains actifs financiers détenus par des groupes étrangers.
CDM-BMCI : 5.000 collaborateurs et plus de 100 milliards de DH de crédits et dépôts
Avec 268 agences pour la BMCI et 284 pour Crédit du Maroc à fin 2024, l’ensemble dispose d’un réseau de 552 agences sur un total secteur de 5.701 selon les données de Bank Al-Maghrib à fin 2024. Il se positionne ainsi à la 5e position derrière la Banque Populaire (1.362), Attijariwafa bank (970), Al Barid Bank (943) et Bank of Africa (649). Pour rappel, l’ensemble BMCI-CDM emploie près de 5.000 collaborateurs à fin 2024 (2.600 pour la première et 2.400 pour la deuxième banque), selon les données de BAM.



