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Maroc : Attijariwafa Bank se lance dans la néobanque

Longtemps spectatrice de la révolution des banques 100 % mobiles, Attijariwafa Bank tente de reprendre l’initiative. Avec le lancement de « Simple», présentée le le 25 mai 2026 comme la première véritable néobanque du Maroc, le groupe présidé par Mohamed El Kettani cherche moins à créer une nouvelle banque (dans un domaine qu’il ne maîtrise…

Longtemps spectatrice de la révolution des banques 100 % mobiles, Attijariwafa Bank tente de reprendre l’initiative. Avec le lancement de « Simple», présentée le le 25 mai 2026 comme la première véritable néobanque du Maroc, le groupe présidé par Mohamed El Kettani cherche moins à créer une nouvelle banque (dans un domaine qu’il ne maîtrise pas encore) qu’à défendre son territoire face à l’évolution des usages.

Le constat est partagé par tous les états majors des établissements de crédit : la banque traditionnelle perd progressivement le monopole de la relation client. Les jeunes générations privilégient désormais les applications fluides, les paiements instantanés, le e-commerce et les services financiers intégrés. Des acteurs comme Revolut, N26 ou les fintechs locales ont démontré qu’une expérience utilisateur réussie pouvait parfois compter davantage que la densité d’un réseau d’agences.

Pour Attijariwafa Bank, qui revendique près de sept millions de clients au Maroc et plus de 7 400 agences dans quinze pays africains, l’enjeu est autant défensif qu’offensif. Défensif, car il s’agit d’éviter que les segments les plus rentables de demain — jeunes actifs, travailleurs indépendants, utilisateurs du commerce en ligne — ne migrent vers des plateformes concurrentes. Offensif, parce que la banque entend capter la croissance du numérique bancaire sur le continent.

Le timing n’est pas anodin. Malgré un bénéfice net consolidé de près de 2,9 milliards de dirhams au premier trimestre 2026, le groupe sait que la rentabilité future se jouera moins dans les agences que dans les écosystèmes digitaux. Les revenus liés aux paiements, à la distribution de produits financiers et aux services numériques deviennent progressivement un relais de croissance majeur.

Reste toutefois une question : Attijariwafa arrive-t-elle suffisamment tôt ? L’expérience de L’bankalik, lancée en 2018, a montré que la transformation numérique ne se décrète pas. La concurrence des fintechs demeure vive et les clients attendent désormais davantage qu’une simple application bancaire.

Derrière le discours technologique, « Simple » constitue donc surtout un pari stratégique : celui d’un groupe bancaire historique qui refuse de laisser les néobanques et les géants technologiques s’interposer entre lui et ses clients. En Afrique comme ailleurs, la bataille de la banque de demain se joue désormais dans le smartphone.

Les risques et la prudence de l’hégémon

Malgré sa puissance, le leader ne contrôle pas tout. D’abord, le modèle freemium suppose que les abonnements payants (Prime et Metal) décollent rapidement afin de rentabiliser les coûts de développement. Si la majorité des utilisateurs demeure sur la version gratuite, la néobanque pourrait se transformer en gouffre financier.

Ensuite, existe le risque de cannibalisation des produits traditionnels de la banque. Or, Attijariwafa Bank ne peut se permettre d’éroder ses marges historiques sans compensation.

Enfin, un risque plus politique demeure : celui de la réglementation. Les autorités monétaires, notamment Bank Al-Maghrib, ont durci leurs exigences en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Un piratage biométrique ou une fuite de données liées aux QR codes utilisés pour les transactions entre particuliers pourrait entraîner des sanctions, voire un gel d’agrément.

« Revolut est un couteau suisse financier ; Simple est une boîte à outils bancaires bien rangée. Le modèle européen intègre nativement l’investissement en cryptomonnaies, les matières premières, l’épargne dynamique et le multidevise. L’application d’Attijariwafa Bank, quant à elle, reprend les services transactionnels classiques du marché marocain en les habillant d’une interface plus séduisante et accessible au quotidien », prévient Andréa Bises, expert inclusion financière Gates Foundation.

Pour sa part, Ismail  Bellali,  l’ancien DG du CMI et CEO  de  UNIPAY déclare : « le modèle bancaire évolue rapidement sous la pression des nouveaux usages digitaux et des fintechs. L’objectif n’est plus seulement de proposer des services bancaires, mais de s’insérer dans les parcours de vie des clients (paiement, e-commerce, épargne, crédit) via des plateformes intégrées type “super app”.Dans ce contexte, Attijariwafa bank anticipe une intensification de la concurrence des acteurs digitaux et des modèles néobanques, locaux et internationaux, ainsi que la montée des attentes en matière d’expérience fluide et instantanée. L’enjeu est donc moins une réaction à un acteur précis qu’une transformation structurelle : fidéliser les clients, capter plus de données, et élargir l’écosystème de services au-delà du banking traditionnel.En résumé : ce type de lancement est surtout une stratégie de repositionnement pour rester central dans un environnement financier qui se “plateformise”. »

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