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Marchés financiers : la BRVM exporte son modèle régional jusqu’aux confins de la Baltique

Riga. De l’Afrique de l’Ouest aux rives de la mer Baltique, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) continue de faire école. Invité par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement à sa 35e Assemblée annuelle et au Forum des affaires, le directeur général de la BRVM, Edoh Kossi Amenounve, a présenté le…

Edoh Kossi Amenounvé, Directeur général de la BRVM, aux côtés de Kristupas Vaitiekūnas, ministre des Finances de la Lituanie

Riga. De l’Afrique de l’Ouest aux rives de la mer Baltique, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) continue de faire école. Invité par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement à sa 35e Assemblée annuelle et au Forum des affaires, le directeur général de la BRVM, Edoh Kossi Amenounve, a présenté le 5 juin 2026 à Riga l’expérience singulière de l’Union économique et monétaire ouest-africaine devant des responsables baltes confrontés à un défi similaire : construire des marchés de capitaux plus profonds, plus liquides et davantage intégrés.

L’exercice avait valeur de symbole. Alors que les trois États baltiques – Estonie, Lettonie et Lituanie – disposent chacun de leur propre place boursière, regroupée sous l’enseigne Nasdaq Baltic, c’est désormais vers l’Afrique de l’Ouest qu’ils regardent pour tirer des enseignements en matière d’intégration financière régionale.

Face à un auditoire composé de décideurs publics et privés, parmi lesquels le ministre lituanien des Finances Kristupas Vaitiekūnas, et sous la modération de la journaliste du Financial Times Katie Martin, Edoh Kossi Amenounve a rappelé les fondations qui ont permis à l’UEMOA de bâtir l’un des rares marchés financiers véritablement régionaux du monde : une banque centrale unique, la BCEAO, une monnaie commune, le franc CFA, un cadre juridique harmonisé grâce à l’OHADA et plus de trois décennies d’intégration économique.

Mais derrière cette architecture institutionnelle se cache un chantier colossal. La création d’un régulateur régional, l’AMF-UMOA, la démutualisation des infrastructures de marché, l’interconnexion technologique des huit États membres et la migration des anciennes sociétés cotées de la Bourse des Valeurs d’Abidjan vers la BRVM ont constitué autant de défis politiques, financiers et techniques qu’il a fallu surmonter avant l’ouverture officielle du marché en septembre 1998.

Près de trois décennies plus tard, les chiffres donnent du crédit à cette ambition. Avec 47 sociétés cotées représentant près de 17 000 milliards de FCFA de capitalisation boursière et plus de 12 000 milliards de FCFA d’encours obligataires, la BRVM s’est imposée comme la cinquième place financière du continent africain. Un résultat qui tranche avec la fragmentation persistante observée dans de nombreuses régions du monde.

Au-delà du bilan, le message porté à Riga concernait surtout l’avenir. Face à une audience particulièrement attentive aux questions de liquidité et d’élargissement de la base d’investisseurs, Amenounve a détaillé les réformes actuellement engagées : poursuite des privatisations, multiplication des introductions en bourse, accompagnement des fonds de private equity vers des sorties par le marché, élargissement du flottant des sociétés cotées, développement du rôle des teneurs de marché et renforcement de l’éducation financière.

Ces problématiques résonnent fortement dans les pays baltiques. Malgré un PIB cumulé avoisinant 180 milliards de dollars et une réputation internationale portée notamment par le leadership numérique de l’Estonie, les trois États continuent de chercher les moyens d’accroître la profondeur de leurs marchés financiers. À cet égard, l’expérience ouest-africaine apparaît comme un cas d’école inattendu.

L’échange a également mis en lumière une convergence croissante entre les ambitions de la BRVM et celles de la BERD. Forte d’un capital de 34 milliards d’euros et de plus de 210 milliards d’euros investis dans près de 7 000 projets, la banque multilatérale accélère depuis plusieurs années son implantation en Afrique, avec l’ouverture récente de bureaux à Abidjan, Dakar et Cotonou.

Pour la BRVM, cette reconnaissance internationale constitue une forme de consécration. Longtemps considérée comme une expérimentation institutionnelle africaine, elle est désormais observée comme un modèle exportable d’intégration des marchés de capitaux. Une inversion des flux d’expertise qui témoigne d’une réalité souvent sous-estimée : dans le domaine de l’intégration financière régionale, l’Afrique de l’Ouest dispose aujourd’hui d’une longueur d’avance que même l’Europe regarde avec intérêt.

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