Vendredi 18 septembre 2026

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Marchés ESG : 168 milliards $ de green bonds au T1 2026, l’Afrique à la traîne

Le marché mondial des obligations vertes confirme son statut de pilier du financement de la transition. Selon le dernier bulletin trimestriel de Cbonds, les émissions de green bonds ont atteint 168,39 milliards de dollars au premier trimestre 2026, un niveau qui traduit la résilience d’un segment désormais structurant, en dépit d’un environnement marqué par la remontée…

Le marché mondial des obligations vertes confirme son statut de pilier du financement de la transition. Selon le dernier bulletin trimestriel de Cbonds, les émissions de green bonds ont atteint 168,39 milliards de dollars au premier trimestre 2026, un niveau qui traduit la résilience d’un segment désormais structurant, en dépit d’un environnement marqué par la remontée des taux et les tensions géopolitiques.

Ce volume s’inscrit dans une dynamique plus large du marché ESG — intégrant obligations sociales, durables et sustainability-linked bonds — qui continue de capter des flux importants d’investisseurs institutionnels en quête d’actifs alignés avec les objectifs climatiques et les stratégies de décarbonation. Le marché gagne en profondeur et en sophistication : diversification des instruments, structuration plus fine des émissions orientées vers l’énergie, les transports propres et les infrastructures durables, élargissement progressif de la base d’émetteurs et montée en puissance d’un noyau d’arrangeurs globaux capables de piloter des opérations complexes à grande échelle.

Mais derrière cette dynamique mondiale, une ligne de fracture persiste. L’Afrique reste largement en marge de ce boom, avec une part généralement estimée à moins de 2 % des volumes globaux. Une sous-représentation d’autant plus marquante que le continent concentre certains des besoins de financement climatique les plus importants au monde. Les contraintes sont structurelles : marchés financiers encore peu profonds, notations de crédit souvent pénalisantes, déficit de projets bancables et cadres ESG en cours de consolidation.

Quelques initiatives pionnières ont néanmoins émergé. Ainsi, le Nigéria a ouvert la voie avec une émission souveraine emblématique, suivi par l’Égypte sur les marchés internationaux, tandis que l’Afrique du Sud s’est illustrée via des émissions portées par des municipalités et des entreprises. À l’échelle continentale, la Banque africaine de développement joue un rôle clé dans la structuration des opérations, le développement de cadres ESG crédibles et l’accompagnement des émetteurs.

Le paradoxe africain est désormais bien installé : un potentiel considérable en énergies renouvelables, des besoins massifs en infrastructures durables, une urbanisation rapide — mais une capacité encore limitée à capter les flux financiers dédiés à la transition. Pour inverser cette tendance, plusieurs leviers apparaissent décisifs : standardisation des cadres ESG, amélioration de la transparence, approfondissement des marchés obligataires domestiques et recours accru aux mécanismes de garantie et de rehaussement de crédit.

Avec près de 170 milliards de dollars levés en un trimestre, 2026 s’inscrit dans la continuité des années les plus dynamiques pour la finance verte. Mais elle confirme aussi un déséquilibre croissant : celui entre les économies qui structurent et captent ces flux, et celles qui peinent encore à s’y insérer pleinement. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse désormais l’accès au marché. Il s’agit de peser dans son architecture. À défaut, la transition du continent risque d’être financée ailleurs… et décidée ailleurs.

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