La décision du Bénin de bloquer l’accès à ses eaux pour les navires destinés à charger le pétrole nigérien provoque des vagues. Annoncée le 6 mai 2024 par le ministre d’État des Finances et de la Coopération, cette mesure impacte directement l’économie nigérienne qui repose sur l’exportation de 90 000 barils de pétrole par jour. Il s’agit là de la dernière d’une série de tensions et frictions constatées entre Cotonou et Niamey depuis le coup d’État mené par le général Tchiani au Niger. Sous la direction de son président Patrice Talon, le Bénin a adopté une posture rigide face aux putschistes nigériens depuis leur prise de pouvoir le 26 juillet 2023. Cette position s’est initialement manifestée par un soutien à des mesures punitives, y compris l’embargo voire l’idée d’une intervention militaire pour rétablir la démocratie au Niger. Toutefois, dans un revirement stratégique, le président Talon a exprimé son désir de normaliser les relations, ce qui semblait indiquer une potentielle détente.
Cependant, malgré la décision de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) de lever les sanctions économiques imposées au Niger en décembre, la réponse du Niger a été jugée insuffisante par le Bénin. En effet, alors que le Bénin a rouvert ses frontières, le Niger n’a pas réciproqué, maintenant ses frontières fermées, ce qui a exacerbé les tensions.
La démarche de Cotonou peut être interprétée comme une tentative de pression pour obtenir une ouverture des frontières du Niger. Elle reflète aussi une stratégie plus large de sécurisation des intérêts nationaux face à une instabilité perçue comme une menace directe. Le refus du Niger de répondre aux attentes du Bénin après la levée des sanctions par la Cédéao met en lumière les défis de la diplomatie et de la coopération régionale en Afrique de l’Ouest.
Pour rappel, la station terminale du pipeline Export Niger-Bénin a reçu ses premiers barils de pétrole courany avril 2024. Extrait à Agadem, le pétrole passe par un pipeline de 2 000 km, dont 675 en territoire béninois, avant d’arriver à sa destination, au port en eau profonde de Sèmè.



