Les progrès significatifs dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA), notamment incarnés par le phénomène ChatGPT, ont permis à l’IA d’acquérir une notoriété incontestable et de nouvelles lettres de noblesse. Les réflexions autour du développement de cette technologie se multiplient et de nombreuses initiatives gouvernementales fleurissent à travers le monde, les États étant conscients de son potentiel pour façonner l’avenir et de son rôle phare dans la Quatrième Révolution industrielle.
En Afrique, plusieurs pays ont aujourd’hui réalisé des avancées majeures dans ce secteur en adoptant des stratégies nationales, démontrant ainsi l’importance accordée par les gouvernements à l’innovation locale en tant que catalyseur de la transition vers une société numérique. Des pays comme le Kenya, le Rwanda, la Tunisie ou encore l’Égypte illustrent aujourd’hui le fort engagement politique à participer activement à la révolution technologique en cours.
Dans le secteur privé, les initiatives reposant sur l’intelligence artificielles abondent et les entreprises spécialisées dans ce domaine se multiplient, témoignant de l’effervescence qui anime actuellement le continent. Catalyseur du progrès en Afrique, l’IA se trouve indéniablement au cœur d’un triptyque fondamental, où les notions de connectivité, d’innovation et de transformation s’entrelacent pour façonner un avenir prometteur.
L’IA au cœur de la révolution africaine : quand connectivité, innovation et transformation s’entrelacent pour la croissance du continent
Le déploiement progressif des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) depuis le début des années 2000 a créé un environnement favorable à l’émergence de l’IA en Afrique. Cela a ainsi ouvert la voie à un large éventail d’opportunités sans précédent pour les populations africaines, l’IA irriguant tous les secteurs de l’économie, tout en renforçant sa résilience, sa capacité à innover et sa dynamique.
Il est de plus en plus reconnu que l’intelligence artificielle jouera un rôle essentiel dans le développement des pays africains. Selon certains analystes, une intégration réussie de cette technologie sur le continent pourrait augmenter considérablement l’économie, avec un potentiel de croissance atteignant 1 500 milliards de dollars d’ici 2030, soit environ la moitié de son Produit Intérieur Brut (PIB) actuel. Ces chiffres viennent ainsi mettre en évidence le potentiel qu’a l’IA en tant que catalyseur clé de l’innovation et de la transformation économique, capable de générer un impact significatif, non seulement sur le plan économique, mais aussi social, en grande partie rendu possible grâce à une connectivité accrue.
L’Afrique abrite une population d’entrepreneurs jeunes et dynamiques, ainsi qu’un nombre croissant de start-ups qui explorent activement les avantages offerts par les technologies disruptives. L’essor de l’IA a été en partie rendu possible par la rapide expansion des infrastructures numériques, facilitant le déploiement de la téléphonie mobile, qui est véritable levier de cette transformation technologique. La révolution numérique en cours repose en effet avant tout sur le téléphone mobile, celui-ci ayant notamment permis d’apporter la connectivité à un nombre croissant d’individus.
Selon un rapport de la GSMA, l’Association mondiale des opérateurs et constructeurs de téléphonie mobile, à la fin de l’année 2021, 515 millions de personnes en Afrique subsaharienne étaient susceptibles d’être abonnées à des services mobiles, représentant une augmentation d’environ 20 millions par rapport à 2020. De plus, d’ici 2025, les estimations prévoient qu’il y aura près de 100 millions de nouveaux abonnés, portant ainsi le nombre total d’abonnés à 613 millions. Par ailleurs, le taux d’adoption des smartphones atteindra 87% d’ici 2030 en Afrique subsaharienne, selon la même source.
Cependant, la pertinence de l’utilisation de ces appareils et leur rapide expansion sur le continent ne se limite pas à la simple connectivité. De plus en plus, nous assistons à l’émergence de projets novateurs combinant l’IA et le téléphone mobile, preuve d’une véritable culture entrepreneuriale dynamique sur le continent. Ces initiatives visent à améliorer la qualité de vie, favoriser l’inclusion et stimuler le développement économique, en s’astreignant à résoudre des problématiques quotidiennes dans des domaines tels que l’éducation, l’agriculture, la finance, la santé ou encore l’environnement. Un exemple concret en Tunisie est par exemple l’application Agrix Tech, qui utilise l’IA et l’apprentissage automatique pour fournir des prévisions météorologiques de haute précision ainsi que des conseils et recommandations aux agriculteurs. Dans le même ordre d’idées, Colin Hu, Président Enterprise & Cloud de Huawei Northern Africa, partageait récemment lors d’une conférence à Shanghai, que des pays comme l’Éthiopie et l’Égypte ont également adopté l’intelligence artificielle et les technologies de télédétection pour superviser la production alimentaire, anticiper les risques associés à l’agriculture et réduire la vulnérabilité aux conditions météorologiques.
Au Cameroun, une autre initiative remarquable est GiftedMom, lancée en novembre 2013, visant à réduire la mortalité maternelle et infantile en améliorant l’accès à l’information pour les femmes. Depuis 2017, l’entreprise a recours à un algorithme d’intelligence artificielle qui permet d’interagir directement avec les patientes et de leur envoyer des informations personnalisées. Un autre exemple particulièrement pertinent, illustrant la détermination de l’Afrique à s’approprier la révolution technologique de l’intelligence artificielle, est la communauté Indaba. Celle-ci rassemble environ 400 chercheurs en intelligence artificielle qui se réunissent annuellement pour collaborer sur divers projets. Au cœur de leurs travaux se trouve le projet « Masakhane », dont l’objectif est de développer un modèle de langage alternatif à celui utilisé par ChatGPT, avec l’ambition de faciliter la traduction automatique de plus de 2 000 langues africaines.
Ensemble, ces entrepreneurs et chercheurs talentueux contribuent à façonner un paysage numérique africain déjà en pleine mutation, ouvrant ainsi la voie à une croissance économique soutenue, à un progrès technologique et à une amélioration de la qualité de vie. L’accès à Internet, l’engagement de la jeunesse, l’adoption de l’IA et la création de jeunes pousses prometteuses sont autant d’éléments qui façonnent et continueront de façonner le paysage de l’innovation en Afrique. Avec des acteurs déterminés, le continent africain est résolument engagé la voie d’un développement économique et technologique prometteur, bien que de nombreux défis subsistent.
De la nécessité de libérer le plein potentiel de l’IA
Les possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont considérables, et il est essentiel que les Africains adoptent cette technologie disruptive pour ne pas manquer l’opportunité que représente cette nouvelle révolution.
Dans ce contexte, il est essentiel de pallier les défis inhérents que soulève l’implantation de l’IA, parmi lesquels l’accélération de la couverture internet sur le continent, qui reste un enjeu de taille. En Afrique subsaharienne, 40 % de la population adulte utilise actuellement des services d’Internet mobile, tandis que 44 % résident dans des zones couvertes par des réseaux à large bande mobile mais n’ont pas encore adopté ces services. Plus précisément, le taux de pénétration est homogène selon les régions. Celui-ci était évalué à 70,6 % en Afrique australe, 65,9 % en Afrique du Nord, 48 % en Afrique de l’Ouest, 27,9 % en Afrique centrale contre seulement 23,1 % en Afrique de l’Est, en janvier 2023 . Les disparités se font également fortes entre zones urbaines et rurales. Ces données, mettant en lumière les inégalités d’accès à une connexion internet, illustrent de ce fait la nécessité d’investir dans l’extension de l’infrastructure numérique, tout en améliorant la qualité de la connexion.
Cette vision est tout particulièrement portée par l’équipementier chinois, Huawei. Lors de la Huawei Northern Africa Night organisée à Shanghai le 20 septembre, Terry He, Président de Huawei Northern Africa (Afrique du Nord, de l’Ouest et Centrale), a dévoilé les grandes lignes de la nouvelle stratégie de l’entreprise visant à accompagner l’Afrique vers un avenir intelligent et connecté. Dans le cadre de cette initiative, Terry He a notamment annoncé le lancement d’un plan d’investissement majeur baptisé « Avenir Intelligent ». Doté d’une enveloppe de 430 millions de dollars sur une période de cinq ans, 200 millions de dollars seront tout particulièrement alloués au développement d’infrastructures dans la région Northern Africa qui regroupe les 28 pays situés au-dessus de l’équateur. L’IA requérant des capacités de calcul et de stockage substantielles, il est impératif d’investir dans le secteur du cloud. Un cloud public sera ainsi établi en Égypte pour desservir l’ensemble de la région, devenant ainsi le deuxième cloud du continent, le premier étant déjà établi en Afrique du Sud. Colin Hu, Président Enterprise & Cloud de Huawei Northern Africa, a souligné à juste titre l’importance de ces infrastructures, les investissements dans le secteur du cloud étant étroitement liés au développement de l’intelligence artificielle.
De plus, bien que les avancées technologiques soient manifestes, il est important de souligner que la technologie seule ne suffira pas à rendre l’intelligence artificielle accessible à tous. Les obstacles ne se limitent plus uniquement au domaine technologique. Ils sont également liés à la connaissance, au manque de compétences et de savoir-faire techniques et technologiques. Le développement de l’intelligence artificielle étant intimement lié à la connectivité et à la maîtrise de la technologie, cela représente un défi majeur compte tenu des inégalités d’accès au réseau sur le continent.
De nombreuses entreprises opérant en Afrique sont pleinement conscientes de cette réalité et reconnaissent que la formation revêt une importance cruciale pour permettre au continent de jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale. A cet égard, en janvier 2023, DeepMind, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle affiliée à Google, a lancé avec l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) un programme de bourses d’études, visant à offrir aux étudiants africaines une formation d’un an en intelligence artificielle appliquée à la science. Cette initiative vise ainsi à contribuer à la création d’une main-d’œuvre qualifiée capable de stimuler la transformation intelligente dans la région. Cet exemple met en évidence le rôle essentiel de l’acquisition de compétences dans le développement de technologies telles que l’IA, en formant une main-d’œuvre capable de concevoir et de mettre en pratique de nouvelles solutions, ce qui, par conséquent, accélérera l’innovation. Cette impulsion vers l’innovation contribuera simultanément à la création d’emplois qualifiés, favorisant ainsi une croissance économique durable.
Les acteurs privés ne sont pas les seuls à mettre le numérique – et de plus en plus l’intelligence artificielle – au cœur de leur stratégie de développement national. La volonté politique est également très marquée, et les États africains ont pleinement saisi l’importance des technologies disruptives au sein de cette Quatrième Révolution industrielle. C’est le cas par exemple de l’Égypte qui a organisé en 2019 la première Conférence internationale sur l’intelligence artificielle et les technologies de l’information. Quelques années plus tard, le Congo-Brazzaville, qui s’est doté en février 2022 d’un Centre Africain de Recherche en Intelligence artificielle (CARIA), dont l’objectif est de développer les compétences numériques à travers le continent et d’explorer de nouveaux domaines de recherche avancée en IA.
Le Maroc accorde également une importance primordiale à la formation dans le domaine des nouvelles technologies, avec une croissante implication du gouvernement dans diverses initiatives. En février 2022, une stratégie nationale visant à promouvoir l’intelligence artificielle (IA) a été mise en avant, avec pour objectif de former des experts, stimuler l’innovation sectorielle et créer un environnement favorable à l’entrepreneuriat et à l’innovation en IA. Cette technologie est considérée comme un véritable catalyseur pour le pays. Un exemple notable est l’initiative conjointe de Huawei Maroc et du gouvernement en 2020 pour lutter contre la pandémie de la Covid-19. Huawei a notamment collaboré avec l’hôpital universitaire Ibn Rochd de Casablanca pour mettre en place un système de diagnostic assisté par l’IA, améliorant ainsi considérablement la détection des cas de Covid-19. Cela vient ainsi illustrer le potentiel de la technologie, en particulier de l’IA, pour résoudre des problèmes de santé cruciaux en Afrique.
Outre les défis susmentionnés, d’autres questions nécessitent l’attention des acteurs publics et privés. Cela inclut la sécurité des données en ligne et la nécessité de mettre en place un cadre juridique adéquat pour positionner l’Afrique au centre de l’ère de l’industrie 4.0.
Technologie révolutionnaire, l’intelligence artificielle remodèle le monde, et l’Afrique se montre absolument prête à embrasser cette nouvelle vague de transformation numérique. Sur le continent, l’IA ne se limite pas à une simple importation de technologies étrangères. Bien au contraire, elle incarne avant tout une source d’innovation locale. Elle vient ainsi répondre aux besoins spécifiques du continent, en stimulant l’innovation et en contribuant à la transformation socio-économique. L’avenir de l’IA en Afrique s’annonce prometteur et porteur, en tant que générateur d’opportunités et accélérateur d’une croissance durable, plaçant de ce fait le continent au premier plan de la révolution technologique mondiale.



