Le développement de l’insécurité, de la piraterie, du terrorisme tout comme la nécessité de sécuriser ses méga-projets comme les routes de la soie ou Belt and Road Initiative (BRI), lancées à partir de 2013, incitent Pékin à multiplier la création de sociétés privées de sécurité et de protection ou Private Secutity Company (PSC). Un phénomène qui s’accélère en Afrique, où la Chine entend également protéger des sites sensibles comme les mines alors qu’au même moment ses expatriés sont de plus en plus ciblés par le grand banditisme ou les groupes armés Djihadistes.
En mars dernier, neuf ressortissants chinois ont été tués, en Centrafrique, sur un site minier dans la région de Bambari (centre). En 2014, une trentaine d’employés chinois du groupe Sinohydro avaient été enlevés au Soudan par un groupe rebelle. Prenant exemple sur leurs pendants américaines comme Academi (ex- Blackwater) fondée par Erik Prince, ces sociétés ne cessent de s’étendre depuis plusieurs années, qui pallient la doctrine de l’armée chinoise de ne pas s’impliquer dans des opérations extérieures. Ces sociétés disposent d’un statut légal depuis seulement 2011. Un statut entouré de beaucoup de zones d’ombre puisqu’étant contrôlées, en réalité, par l’Etat chinois.
Leurs agents sont d’ailleurs d’anciens éléments de l’Armée populaire de Chine (APC). Leurs activités tombent sous le coup de la loi sur le renseignement national datant de 2017. On en dénombre entre 5 000 et 6 000, qui emploierait près de 4 millions d’agents. Seule une partie d’entre elles intervient réellement à l’étranger. Parmi celles-ci Haiwai Gongmon Baohu s’est d’ores et déjà attribué une importante part du marché qu’elle partage avec Shandong Huawei Security Group, très présente en Irak, ou avec Veteran Security Services. D’autres opérateurs interviennent particulièrement en Afrique. Citons Beijng Dewe Security Services Ldt Co. Basée à Pékin, cette dernière intervient notamment au Soudan du Sud, mais aussi au Kenya ou au Nigéria pour sécuriser les infrastructures lourdes et les projets de mastodontes d’Etat tels la China Road and Bridge Corp.
Elle assure la protection des ressortissants chinois. Elle pilote également des programmes de formation localement. La China Security and Protection Group se concentre sur la protection des projets initiés dans le cadre de la BRI. Elle protège également de nombreux ambassades et consulats à l’étranger. La société hongkongaise China Security Technology Group intervient au Soudan du Sud, au Kenya, en Ethiopie ou encore au Zimbabwe. Elle protège notamment les intérêts de nombreuses entreprises chinoises du secteur pétrolier à Juba. Elle propose, par ailleurs, du renseignement. L’entreprise pékinoise China Overseas Security Group intervient partout le long des BRI dans plus de soixante pays, notamment en Ethiopie, au Mozambique, en Zambie et en Afrique du Sud. Elle fait de la formation localement. Elle assure surtout des escortes marines et terrestres. Le Frontier Services Group est l’une des sociétés les plus connues et autre leader du secteur. Fondée par l’Américain Erik Prince et détenue par la China International Trust and investissement Corp,
cette entité hongkongaise est très proche du pouvoir chinois. Elle opère elle aussi le long des BRI dans les contextes africains tendus (Libye, Somaliland, République Démocratique du Congo, Nigéria…). Elle fournit du renseignement, des services de protection aux personnes et d’audit de sécurité. Elle peut également fournir de l’armement militaire. Elle n’hésite pas à employer des agents localement. Comme les précédentes, la Hua Xin Zhongan Security Service intervient sur le pourtour est du continent africain, en Tanzanie, en Ethiopie et sur le long de la façade maritime. Forte de ses 15 000 salariés, elle est spécialisée dans la protection des infrastructures maritimes (ports, entrepôts…). La Shandong Huawei Security Group concentre également ses activités en Afrique (Kenya, Afrique du Sud…) et propose des services de gardiennage et de protection tout comme VSS Secutiy. La Zhongjun Junhong Security Ltd. Corp. protège de nombreuses infrastructures de grands groupes publics chinois en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest. Particularité de ces sociétés : elles n’interviennent quasiment pas pour le compte de clients étrangers et restent centrées sur la protection des ressortissants et des intérêts de l’Empire du Milieu à travers le monde. Outre ces milliers d’opérateurs spécialisés, la Chine compte près d’une trentaine de Sociétés Militaires Privées(SMP) qui officient sur son territoire.


