Pour la première fois en 56 ans d’existence, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auditionne publiquement les candidat(e)s à sa direction. Une révolution dont l’épilogue se jouera en novembre pour la désignation du successeur de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, également candidate.
Tout, ou presque, se jouera à Paris, ce mardi 30 juin. Dans une salle où, traditionnellement, l’on cultive l’art du compromis, la Francophonie s’apprête à rompre avec un demi-siècle d’habitudes. Une Conférence ministérielle extraordinaire (CMF) réunit en effet les chefs de la diplomatie des États et gouvernements membres de plein droit pour un exercice inédit : entendre, l’un après l’autre, les quatre candidat(e)s en lice pour le poste de secrétaire général(e) de l’OIF, pour mandat 2027-2030.
Parmi eux, la sortante, Louise Mushikiwabo, dont le bilan sera scruté à l’aune de ses propres successeurs potentiels. Face à elle, trois prétendants venus de République démocratique du Congo (Juliana Amato Lumumba), de la Mauritanie (Dr Coumba Bâ) et de la Roumanie (Dacian Ciolos).
Une réforme qui en finit avec les consultations de couloir
Jusqu’ici, la désignation du ou de la secrétaire général(e) reposait sur un principe qui aura résisté au temps : la recherche du consensus, par voie de consultations diplomatiques bilatérales. Mais la CMF extraordinaire de mars 2022 a tourné la page. Le Règlement unique des instances adopté à cette occasion impose désormais un appel à candidatures ouvert, des critères de recevabilité précis, un dépôt des dossiers six mois avant le sommet électif, une présentation obligatoire de vision stratégique devant la CMF, et une élection formelle par les chefs d’État et de gouvernement.
Les quatre postulants ont ainsi déposé leur candidature et leur programme avant le 15 mai 2026 auprès de la France, présidence tournante du prochain sommet de l’espace fort de 90 États et gouvernements, présent sur cinq continents et porté par 396 millions de locuteurs. Le 20ᵉ Sommet de la Francophonie donc sera la première application intégrale de ce processus réformé.
45 minutes pour convaincre
Sous la présidence du Cambodgien Prak Sokhonn, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, président en exercice de la CMF, les travaux débuteront à 14 h 00, apprend-on. Chaque candidat(e) disposera de 45 minutes — cinq d’introduction, vingt d’exposé libre, vingt de questions-réponses — pour défendre sa vision devant les délégations. L’ordre de passage suivra l’alphabet, précise-t-on.
Innovation notable pour une institution longtemps réputée discrète : les auditions seront captées et rediffusées en différé sur la chaîne YouTube de l’OIF. Suivra, à huis clos, une délibération ministérielle qui formulera ses recommandations aux chefs d’État. Le verdict, lui, tombera à Phnom Penh, le 16 novembre 2026, lors du huis clos électif réunissant les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de plein droit.



