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L’éditorial de Abashi Shamamba : un succès incontestable contre l’évangile du tout-Etat

S’ils ne sont pas des solutions-miracles, les PPP sur les services d’eau potable, lorsqu’ils sont le fruit d’une réflexion élaborée et dépassionnée, ont fait la preuve de leur efficacité Des quartiers entiers qui reçoivent de l’eau potable deux heures par jour ou des femmes contraintes de veiller devant le robinet afin de remplir des seaux,…

S’ils ne sont pas des solutions-miracles, les PPP sur les services d’eau potable, lorsqu’ils sont le fruit d’une réflexion élaborée et dépassionnée, ont fait la preuve de leur efficacité

Des quartiers entiers qui reçoivent de l’eau potable deux heures par jour ou des femmes contraintes de veiller devant le robinet afin de remplir des seaux, des bidons et des fûts d’eau. Soixante ans après les indépendances, ce spectacle est courant dans plusieurs capitales africaines. 4 personnes sur 10 n’ont pas accès à l’eau potable sur le continent, et seulement 1/3 de la population au sud du Sahara dispose de services élémentaires d’assainissement. Ce tableau est une véritable bombe sanitaire et symbolise l’échec de nos Etats à assurer aux populations les plus basiques des services publics. Autant dire que l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD) en 2030 relève du miracle. Mais malgré tout, il y a des motifs d’espoir. A Dakar, Abidjan ou à Casablanca, les exemples de réussite des partenariats public-privé (PPP) dans la distribution d’eau et le service d’assainissement sont la preuve que rien n’est irréversible. Le secteur privé, aux côtés des pouvoirs publics, doit continuer à jouer un rôle-clé dans la généralisation de l’accès à l’eau potable aux populations africaines n’en déplaise à tous les intégristes du «tout Etat» qui pullulent sur les campus africains et aux militants altermondialistes qui voient le diable partout où le privé intervient, encore plus dans un domaine aussi sensible comme l’eau potable. Le problème de ces idéologues est qu’ils posent quelque fois de vraies questions, mais suggèrent systématiquement des mauvaises réponses, voire pas du tout. S’ils ne sont pas des solutions-miracles, les PPP sur les services d’eau potable, lorsqu’ils sont le fruit d’une réflexion élaborée et dépassionnée, ont fait la preuve de leur efficacité. Qu’il s’agisse de délégation, d’affermage ou de concession, ces arrangements institutionnels entre les pouvoirs publics et le secteur privé doivent être encouragés sur le continent. Et ce n’est pas par idéologie que l’auteur des lignes défend ces partenariats. Le recours au secteur privé permet d’accéder à une expertise, d’améliorer l’efficacité et la flexibilité de gestion, ou encore de modifier la stratégie de financement d’un service vital pour la population.

L’acceptabilité sociale et politique, un enjeu crucial

Cependant, la participation du secteur privé aux services d’eau potable et d’assainissement présente de nombreux risques et défis. Même assurée par un opérateur privé, la distribution d’eau est un service public essentiel d’intérêt général. En plus d’être un service essentiel et irremplaçable, l’approvisionnement en eau est par nature monopolistique et comporte une dimension symbolique très forte. Il s’agit donc d’un domaine où l’acceptabilité sociale et politique est un élément crucial. Dans la majorité des cas, lorsque l’opérateur privé prend en charge la distribution d’eau, l’accumulation de retards dans l’entretien du réseau et le renouvellement mène à une augmentation des coûts et des besoins en investissements, et donc du prix payé par les ménages. C’est souvent la première source génératrice des conflits avec les autorités délégantes en Afrique. Mis sous pression d’une population ulcérée par la multiplication des coupures d’eau au robinet et les défaillances des Offices d’eau potable, les gouvernements commettent l’erreur de voir dans les PPP, une solution miracle à tous les dysfonctionnements issus de l’incurie de la gestion de ce secteur stratégique par le secteur public. En plus de ne pas savoir pourquoi ils changent de braquet, ils ne préparent pas assez les citoyens au changement. Ils ont tout faux. Un PPP ne remplace pas le travail politique afin de convaincre de payer davantage, lorsque cela est nécessaire, et la réussite d’un PPP est grandement tributaire du soutien des ménages et des citoyens. Par ailleurs, un PPP, afin de rompre le cercle vicieux du sous-investissement, devrait permettre un équilibre entre la valeur perçue par les usagers, le prix payé et les coûts réels. Il s’agit sans doute du plus grand défi de la participation du secteur privé aux services d’eau.


Source: Financial Afrik numéro 88 (15 mars-14 avril 2022).

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