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Le Sénégal renégocie un contrat de construction d’usine de dessalement d’eau de mer avec le géant saoudien ACWA Power

Le Sénégal vient de franchir un tournant décisif dans sa stratégie de sécurisation de l’accès à l’eau potable avec la signature du contrat renégocié de construction de l’usine de dessalement d’eau de mer de la Grande Côte, en partenariat avec le géant saoudien ACWA Power. Ce projet structurant s’inscrit désormais au cœur des ambitions économiques…

Le Sénégal vient de franchir un tournant décisif dans sa stratégie de sécurisation de l’accès à l’eau potable avec la signature du contrat renégocié de construction de l’usine de dessalement d’eau de mer de la Grande Côte, en partenariat avec le géant saoudien ACWA Power. Ce projet structurant s’inscrit désormais au cœur des ambitions économiques nationales à l’horizon de la Vision Sénégal 2050.

Signée en présence du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, cette renégociation opérée par les autorités sénégalaises a permis une révision en profondeur des conditions financières, techniques et sociales du partenariat, avec à la clé des gains économiques tangibles pour l’État. Parmi les avancées majeures, le tarif de l’eau dessalée a été revu à la baisse, passant de 427 FCFA à 389,8 FCFA par mètre cube, une diminution rendue possible par une meilleure maîtrise des coûts énergétiques. Sur le plan budgétaire, la charge locative annuelle de l’État s’allège sensiblement, passant de 20 milliards FCFA à 17,5 milliards FCFA par an sur la période 2027-2029, avant de s’établir à 35 milliards FCFA à partir de 2030, contre 40 milliards initialement prévus dans l’ancien contrat.

Le nouveau cadre contractuel prévoit également une réduction des coûts d’exploitation de l’ordre de 3 milliards FCFA par an, ainsi que la suppression d’une exonération douanière de 180 millions FCFA initialement envisagée, renforçant davantage les recettes fiscales de l’État.

L’eau, levier économique et social dans la région DMT

Sur le volet du financement, la part des prêts concessionnels a été portée de 33 % à 50 %, un ajustement significatif qui permet de limiter l’endettement public tout en garantissant une meilleure soutenabilité budgétaire. Cette amélioration du profil financier du projet s’inscrit dans une logique de gouvernance rigoureuse et de protection des intérêts économiques du pays.

Avec une capacité journalière de 400.000 m³, l’usine de la Grande Côte s’inscrit comme un maillon clé du schéma directeur de l’hydraulique urbaine et péri-urbaine. Ce projet cible spécifiquement le triangle Dakar-Thiès-Mbour (DMT), qui concentre 80 % de la demande en eau potable urbaine du pays. Les projections tablent sur des besoins de 1,8 million de m³/jour à l’horizon 2040, et jusqu’à 3 millions en 2050, ce qui fait de cette infrastructure un pilier vital de la résilience urbaine et du développement économique régional.

Une intégration énergétique intelligente

L’eau n’est plus seulement une ressource sociale, mais un vecteur de stabilité économique, en particulier pour les pôles industriels, les zones touristiques et les quartiers d’habitation à forte croissance.

L’innovation majeure de ce contrat renégocié réside aussi dans l’intégration énergétique du projet. La capacité solaire installée, initialement de 150 MWc, a été doublée à 300 MWc. Cette énergie verte couvrira entièrement les besoins de l’usine, et le surplus sera revendu à la SENELEC à un tarif compétitif de 18 FCFA/kWh, générant ainsi de nouveaux revenus pour la société nationale d’électricité.

Cette approche intégrée permet à l’État de stabiliser le coût de production de l’eau, de renforcer sa souveraineté énergétique et de s’aligner sur les objectifs de transition écologique.

Un contrat au service du contenu local et du capital humain

Outre les gains macroéconomiques, le contrat prévoit un accroissement significatif du contenu local, avec un engagement fort en matière de formation, d’emplois directs et indirects, ainsi que le transfert de compétences. La SONES (Société Nationale des Eaux du Sénégal) devient un acteur de portage stratégique du projet, avec un mécanisme de remboursement fondé sur les dividendes de l’actionnariat — une innovation qui ouvre la voie à une plus grande appropriation nationale des projets PPP.

Le partenariat a également reçu l’aval de l’UNAPPP (Unité nationale d’appui aux PPP) et de la DCMP (Direction centrale des marchés publics), garantissant ainsi le respect des standards de transparence et de conformité juridique.

Ce projet incarne la profondeur stratégique des relations entre le Sénégal et l’Arabie Saoudite. En exprimant sa reconnaissance à Sa Majesté le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud et au Prince Héritier Mohammed ben Salmane, le chef de l’État sénégalais a souligné la dimension fraternelle et solidaire de cette coopération. Le soutien du Fonds saoudien d’investissement, actionnaire majeur d’ACWA Power, renforce la crédibilité du financement et témoigne de la confiance des partenaires internationaux envers la trajectoire économique du Sénégal.

En réduisant la charge publique tout en maintenant un service vital accessible, l’État sénégalais vient d’exécuter un exercice rare en Afrique : réviser un contrat international à son avantage, sans compromettre l’attractivité des investisseurs. La baisse du coût de l’eau, l’augmentation des capacités solaires et l’optimisation de la structure de financement en font un modèle économique reproductible, notamment dans les secteurs des infrastructures stratégiques.

Avec cette signature, l’hydraulique devient un levier de transformation économique, au même titre que l’énergie ou les télécommunications. La réussite de cette renégociation marque un tournant dans la manière dont le Sénégal entend piloter ses grands projets d’infrastructure dans les années à venir.

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