Les autorités nigérianes ont suspendu, pour un deuxième mois consécutif, la délivrance de nouvelles licences d’importation d’essence, estimant que l’approvisionnement domestique est désormais en mesure de couvrir les besoins. L’annonce a été confirmée le 10 mars 2026 par George Ene-Ita, porte-parole de l’Autorité de régulation pétrolière du secteur intermédiaire et aval du Nigéria (NMDPRA).
Selon le régulateur, cette décision s’inscrit dans l’application des dispositions du Petroleum Industry Act (PIA, 2021), qui n’autorise les importations de carburants que lorsque la production nationale ne suffit pas à satisfaire la demande. Concrètement, les licences ne seront réactivées qu’en cas de déficit d’offre locale.
Les données de la NMDPRA indiquent qu’aucune licence d’importation n’a été émise en février et qu’aucune ne l’a été non plus jusqu’ici en mars, signe d’une volonté assumée de privilégier l’offre domestique.
L’effet Dangote, au cœur du nouveau rapport de force
Cette décision conforte la montée en puissance de la Dangote Petroleum Refinery, dont l’exploitant affirme avoir restauré et optimisé ses unités clés pour opérer à sa capacité nominale de 650/000 barils/jour. La raffinerie indique être en mesure de livrer jusqu’à 75 millions de litres par jour de PMS (essence) « selon les besoins » du marché domestique.
D’après Reuters, en février 2026, la raffinerie a livré 36,5 millions de litres d’essence et 8 millions de litres de diesel au marché local ; des volumes jugés suffisants par le régulateur pour ne pas rouvrir le robinet des licences d’importation. Ce qui représente environ 64 % des besoins en essence, entraînant la suspension des licences pour d’autres importateurs, y compris des unités de TotalEnergies, Conoil et MRS.
Sur le plan des finances publiques et de la balance des paiements, la réduction des importations de carburants raffinés peut alléger la pression sur les réserves de change et sur la demande de dollars. Cette orientation ravive toutefois le débat sur l’équilibre entre protection de l’outil industriel local et maintien d’une concurrence suffisante : l’ancien responsable du régulateur, parti en 2025, défendait l’idée que les licences d’importation restaient nécessaires pour éviter une domination d’un acteur unique.



