Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Le Niger prend le contrôle d’Orano : un acte stratégique dans le secteur minier au Sahel

Après une période marquée par les manœuvres russes et les tensions géopolitiques croissantes, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) au Niger a porté un coup décisif au géant français de l’uranium, Orano. Le mercredi 4 décembre 2024, la société française a annoncé officiellement la prise de contrôle opérationnel de ses activités…

Après une période marquée par les manœuvres russes et les tensions géopolitiques croissantes, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) au Niger a porté un coup décisif au géant français de l’uranium, Orano. Le mercredi 4 décembre 2024, la société française a annoncé officiellement la prise de contrôle opérationnel de ses activités par les autorités nigériennes. Ce tournant majeur marque une étape cruciale dans la réorganisation stratégique du secteur minier au Sahel.

La mine de la Somaïr (Société des Mines de l’Aïr), située dans la région d’Arlit et détenue à 63,4 % par Orano et à 36,66 % par la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN), passe désormais sous le contrôle direct du CNSP. Ce transfert de pouvoir, qui était depuis plusieurs mois un secret de polichinelle, illustre la volonté du CNSP de redéfinir les partenariats économiques du Niger et de diversifier ses alliances. Le choix stratégique des autorités nigériennes de se tourner vers la Russie, et notamment vers le géant nucléaire Rosatom, révèle un basculement significatif dans les alliances géopolitiques du Niger.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de rejet croissant de l’influence occidentale dans la région et de recherche d’acteurs alternatifs capables de soutenir le développement économique et énergétique du pays. Rosatom, en tant qu’acteur majeur du secteur nucléaire, semble offrir une opportunité pour le Niger de reprendre le contrôle de ses ressources tout en s’insérant dans un réseau global de coopération avec des partenaires non occidentaux.

Le bouleversement opéré au Niger s’inscrit dans une dynamique plus large touchant le Sahel, particulièrement les trois pays – Mali, Burkina Faso, et Niger – fédérés sous l’Alliance AES (Alliance des États du Sahel). Ces pays, dirigés par des juntes militaires, ont démontré leur détermination à s’affranchir des anciennes puissances coloniales et à réorganiser leur économie autour de nouveaux partenariats stratégiques. L’approche utilisée par ces régimes pour s’imposer face aux multinationales est souvent qualifiée de non conventionnelle. Dans le cas d’Orano, le coup de force du CNSP démontre la capacité des autorités à utiliser la pression politique et le contrôle des actifs stratégiques pour réorienter leurs ressources naturelles au profit d’acteurs jugés plus alignés avec leurs visions géopolitiques.

Ce repositionnement du Niger sur la scène minière mondiale n’est pas sans conséquences. D’un côté, il reflète une volonté affirmée de souveraineté économique et de contrôle accru sur les ressources naturelles du pays. De l’autre, il s’accompagne de défis économiques et diplomatiques majeurs, notamment en matière d’investissements étrangers et de maintien de la stabilité des revenus tirés du secteur minier. Le secteur minier au Sahel, déjà soumis à des pressions sécuritaires, environnementales et sociales, connaît donc une transformation profonde. La prise de contrôle des actifs d’Orano par le CNSP pourrait bien être le prélude à une série de reconfigurations similaires dans d’autres secteurs stratégiques, redéfinissant les rapports de force entre États sahéliens et multinationales.

Financial Afrik Premium