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Le G7 d’Évian s’ouvre alors que les pays membres ont coupé 48 milliards de dollars d’aide

Par Christine Holzbauer, à Paris Un sommet sous haute tension dans un contexte de crise internationale s’ouvre à Evian, ce lundi. Alors que Paris met en avant l’implication de partenaires clés comme le Kenya et parle de re-convergence des pays riches en faveur d’une croissance mondiale, pour les organisations non gouvernementales (ONG), le compte n’y…

Par Christine Holzbauer, à Paris

Un sommet sous haute tension dans un contexte de crise internationale s’ouvre à Evian, ce lundi. Alors que Paris met en avant l’implication de partenaires clés comme le Kenya et parle de re-convergence des pays riches en faveur d’une croissance mondiale, pour les organisations non gouvernementales (ONG), le compte n’y est pas. Dans une série de rapports publiés à la veille du sommet, elles révèlent une réalité comptable brutale : les pays du G7 ont coupé l’année dernière près de 48 milliards de dollars dans leurs budgets d’aide.

Alors que les chefs d’État et de gouvernement du G7 se réunissent à Évian du 15 au 17 juin sous présidence française, en coulisse, le continent africain représenté par le Kenya et l’Egypte, pèse d’un poids de pierre malgré le contexte international de crise qui risque de détourner l’attention sur les dossiers chaud du moment.  Ce sommet affiche, en effet, l’ambition de bâtir un « nouveau consensus sur la solidarité internationale ». Pourtant, derrière la diplomatie feutrée des sept pays les plus riches de la planète, la réalité dénoncée par la société civile est bien plus sombre. Pour l’Afrique, -prise en étau entre une crise de la dette asphyxiante et un effondrement des aides occidentales-, le rendez-vous d’Évian ressemble fort à celui de la dernière chance.

Lors d’un briefing, l’Elysée a insisté sur le fait que ce G7 est « d’ores et déjà un succès » en ce qui concerne les sujets de fond : déséquilibres macroéconomiques, agenda de croissance globale, commerce des minerais critiques, protection de l’enfance en ligne, recherche médicale sur le cancer. L’exécutif français s’est notamment félicité d’un « sommet de convergence pour la croissance économique » ayant permis, pour la première fois depuis la création du G20 en 2008, d’échanger avec la Chine et les pays partenaires du G7 sur la réduction des « déséquilibres macroéconomiques dangereux. »

Le Kenya, porte-voix d’un nouveau paradigme de l’aide publique au développement

Interrogé sur le rôle du Kenya et l’avenir de l’Aide Publique au Développement (APD), le conseiller diplomatique Emmanuel Bonne a affirmé que l’aide internationale faisait désormais l’objet d’un « texte qui est aujourd’hui consensuel ». S’appuyant sur les conclusions des ministres du développement, Paris met en avant le maintien des ambitions globales, notamment sur les questions de santé publique, jugées cruciales dans le contexte épidémique actuel d’Ebola.

La position française marque, toutefois, un glissement sémantique et stratégique majeur. Car  il ne s’agit plus seulement de verser des subventions, mais de promouvoir ce que l’Élysée appelle des « investissements solidaires » ou, dans le jargon du G7, des « high-quality investments ». Selon cette source, ce sont des investissements « dont sont exclus tous ceux qui peuvent être dommageables, qu’il s’agisse du travail des enfants, de la corruption, du non-respect de l’environnement. (…) Avec ce concept d’investissement solidaire, on est sur des standards élevés et cohérents avec nos objectifs globaux », a-t-il insisté.

Pour légitimer ce tournant, Paris s’appuie directement sur la figure du président kényan William Ruto et ses déclarations lors du récent Sommet Africa Forward, le premier en Afrique anglophone. « Le Kenya nous amène dans ce G7 une voix africaine qui est à la fois très représentative et très claire sur ce sujet », souligne le conseiller diplomatique, confirmant que le G7 compte sur Nairobi pour porter la voix du continent, sans préciser si c’est au détriment de l’Afrique francophone.

L’investissement privé comme substitut à l’aide

Ce virage vers les « investissements solidaires » et le derisking (dé-risquage) des capitaux privés — pour lesquels des instruments financiers multilatéraux comme la MIGA (Banque mondiale) ou l’ATIDI (Banque africaine de développement) sont appelées à « prendre les premières pertes » en cas d’échec pour rassurer les marchés — suscite une levée de boucliers chez les acteurs de la solidarité internationale. Les responsables de ces deux institutions, Ajay Banga et Sidi Ould Tah, -invités à intervenir mercredi matin à Evian-, devront d’ailleurs s’en expliquer.

Le CCFD-Terre Solidaire, en première ligne de la contestation, y voit une manœuvre pour masquer un « désengagement budgétaire historique. » Les réseaux d’ONG sont unanimes à rappeler une réalité comptable brutale : les pays du G7 ont amputé l’année dernière leurs budgets d’aide internationale de près de 48 milliards de dollars. « Les grands déséquilibres mondiaux et le surendettement ne reçoivent pas l’écho qu’ils devraient à l’agenda officiel d’Évian. Les populations les moins favorisées restent les grandes oubliées de cette gouvernance en club fermé », déplore-t-on au sein du CCDF.

Pour les organisations non gouvernementales, remplacer l’aide directe par des partenariats public-privé revient à « privatiser les profits » tout en socialisant les pertes sur les contribuables, délaissant au passage les secteurs non rentables mais vitaux comme l’éducation primaire ou la santé de base.

Le grand tabou d’Évian : l’impasse sur le pardon de la dette

Le silence le plus assourdissant du G7 concerne, toutefois, le pardon et l’annulation pure et simple de la dette africaine. Alors que des pays comme le Kenya consacrent désormais une part substantielle de leurs recettes nationales au seul remboursement des intérêts de leur dette extérieure, le G7 se refuse toujours à ouvrir la voie à un mécanisme global de remise de dette.

La stratégie d’Évian, dictée par les puissances occidentales et les institutions de Bretton Woods (C’est au FMI que revient de réévaluer les politiques nationales pour corriger les déséquilibres macroéconomiques), préfère proposer des aménagements techniques (suspensions temporaires, reprofilages) et l’injection de nouveaux capitaux privés dé-risqués. Une approche jugée « court-termiste » par les économistes africains, qui avertissent que sans une annulation structurelle de la dette souveraine, les « investissements de haute qualité » vantés par l’Élysée s’échoueront sur des économies structurellement asphyxiées.

Ce que l’Afrique peut (réellement) attendre d’Évian

L’Élysée a beau marteler qu’un consensus vertueux a été trouvé avec ses partenaires africains, le continent attend des actes plutôt que des labels d’investissements. Pour les leaders de la société civile et les gouvernements du Sud, l’enjeu à Évian ne se résume pas à l’adoption de standards occidentaux anti-corruption, mais exige de la justice, à commencer par un véritable mécanisme multilatéral de pardon et de restructuration de la dette sous l’égide de l’ONU, et non piloté par les seuls créanciers du Club de Paris ou de la Banque mondiale.

Le respect strict de la promesse historique des pays riches de dédier 0,7 % de leur PNB à l’aide internationale publique et inconditionnelle, ainsi qu’une refonte des règles fiscales internationales pour endiguer l’évasion fiscale (estimée par le CCFD à 492 milliards de dollars de manque à gagner mondial), qui saigne l’économie des pays du Sud, restent des enjeux majeurs.

Si le sommet d’Évian se referme sur la célébration d’un « succès » diplomatique basé sur le « mirage des flux privés », il actera la rupture définitive entre le G7 et un Sud global qui se tourne désormais massivement vers des alternatives géopolitiques plus inclusives, à l’instar des BRICS. Il est à parier que le Brésil et l’Inde, deux mastodontes de cette organisation à l’instar de la Chine et de la Russie, sauront en tirer toutes les leçons qui s’imposent puisqu’ils sont également invités à Évian avec la Corée du Sud.

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