Au petit bonheur des hedge funds et au regret des paysans ivoiriens et ghanéens
C’est une première en quarante-sept ans : le contrat à terme sur le cacao a dépassé les 6 000 dollars la tonne vendredi à la Bourse de New York, un sommet inégalé depuis 1977. Cette hausse record résulte de la panique des industriels et des chocolatiers, ainsi que de la tendance des hedge funds à augmenter la demande.
Selon la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), les fonds ont accumulé des positions de 8,7 milliards de dollars sur le cacao, aggravant la situation.
Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, les agriculteurs ivoiriens sont rémunérés au tarif fixe par l’État, tandis qu’au Ghana, l’organisation en charge de la filière cacaoyère, le COCOBOD, s’enfonce dans la dette.
Il est important de rappeler que l’industrie chocolatière mondiale représente 130 milliards de dollars, mais seulement 6 % de cette somme revient aux pays producteurs, comme l’a souligné récemment Alex Assanvo, Secrétaire Exécutif de l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, dans une tribune sur Abidjan.net.
L’absence d’un cartel efficace du cacao et d’une chaîne de valeur solide chez les pays producteurs limite l’influence de ces derniers sur les prix à Londres et à New York.
En un an et demi, le prix de la matière première a doublé, stimulé par la demande et par des phénomènes naturels. Les conditions climatiques défavorables en Côte d’Ivoire et au Ghana, qui produisent plus de 60 % du cacao mondial, ont contribué à cette flambée des prix.
Si ces conditions climatiques se maintiennent, la production ivoirienne pourrait être inférieure de 100 000 tonnes aux contrats de vente, selon Bloomberg. Dans ce cas, Abidjan, qui représente plus de 40 % de la production mondiale, devrait puiser dans les réserves de la prochaine récolte pour honorer les contrats précédents, vendus à des prix plus bas, selon les experts.
« C’est la troisième année consécutive que l’offre de cacao est insuffisante, et la situation ne devrait pas s’améliorer de sitôt », affirme Sergey Chetvertakov, analyste principal chez S&P Global, cité par CNBC.
Pour la saison 2022-2023, qui s’est terminée en septembre, l’Organisation internationale du cacao (ICO) a estimé le déficit de marché à 100 000 tonnes.
Les analystes de Citigroup prévoient que le prix du cacao continuera de monter. Ils anticipent que les prix pourraient rester élevés jusqu’au second semestre 2025 et même dépasser les 7 000 dollars si les prévisions de production en Afrique de l’Ouest restent pessimistes, d’après Bloomberg.
Pour l’instant, aucun chiffre officiel de production n’a été avancé par les deux pays ouest-africains, qui achèvent leur principale récolte de l’année. Toutefois, le Cocobod ghanéen a indiqué lors de la réunion de la World Cocoa Foundation, à Amsterdam, les 6 et 7 février 2024, que 800 000 hectares de cacao seraient perdus à cause du swollen shoot, une maladie des cacaoyers, sur une superficie totale de 2,7 millions d’hectares, en 2021.
Selon les acteurs de la filière, un quart à un tiers de la production pourrait être perdu cette année, un chiffre corroboré par les dernières données de l’Organisation internationale du cacao (Icco), qui signale une baisse de 34 % des arrivées dans les ports ivoiriens au 4 février 2024 par rapport à l’année précédente, et une réduction de 35 % des achats effectués par le Cocobod auprès des agriculteurs, à ce stade de la campagne.



