C’est un tournant décisif dans l’histoire industrielle du Cameroun. Le pays a inauguré, le 12 juin 2025, sa toute première usine de production de clinker, marquant une avancée stratégique majeure dans le secteur du ciment. Portée par Cimencam (Cimenteries du Cameroun), filiale du géant Lafarge-Holcim, cette nouvelle infrastructure implantée à Figuil, dans la région du Nord, est conçue pour produire 1 000 tonnes de clinker et 1 900 tonnes de ciment par jour.
Présidée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, la cérémonie d’inauguration a été l’occasion de célébrer un accomplissement à la fois industriel, économique et symbolique. « C’est la première usine de ce type au Cameroun. C’est l’industrialisation du Cameroun qui est en marche », a déclaré le chef du gouvernement.
Une rupture avec la dépendance aux importations
Jusqu’ici, le Cameroun dépendait entièrement des importations pour son approvisionnement en clinker, ingrédient clé dans la fabrication du ciment. En 2023, selon l’Institut national de la statistique (INS), le pays a déboursé près de 87,7 milliards FCFA pour importer 2,4 millions de tonnes de cette matière, principalement en provenance d’Algérie (20 %) et de Turquie (18,7 %). Cette dépendance représentait à elle seule 1,8 % de l’ensemble des importations nationales.
Avec cette nouvelle unité de production, la dynamique change. Le Cameroun se donne les moyens de répondre localement à une demande croissante en ciment tout en réduisant sa facture d’importation. « C’est un moment historique, l’aboutissement d’un engagement collectif mais surtout une avancée stratégique pour répondre à la demande croissante », s’est félicité Xavier Legrand, administrateur directeur général de Cimencam.
Une ambition sous-régionale
Outre l’objectif d’autosuffisance dans la partie septentrionale du pays, cette usine ouvre aussi la voie à des ambitions régionales. Grâce à sa proximité géographique avec les frontières tchadienne et centrafricaine, Figuil devient une plateforme logistique stratégique pour l’exportation du clinker vers les pays voisins. Cimencam entend ainsi faire du Cameroun un hub sous-régional dans la production de ciment et de ses composants essentiels.
« Cette nouvelle usine permettra de combler les besoins en ciment des régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, avec un prolongement vers l’Afrique centrale », a souligné M. Legrand.
Un investissement de 60 milliards FCFA
Fruit de deux années de travaux (2021-2023) pour un coût total de 60 milliards FCFA, la nouvelle ligne de production s’étend sur 22 hectares. Elle est équipée d’un four à haute température (1 450°C), de broyeurs, d’un silo de farine de 2 500 tonnes, et d’un hangar de stockage de clinker d’une capacité de 21 000 tonnes. Une carrière attenante, dotée d’un concasseur de 3 000 tonnes/heure, alimente l’usine en matières premières.
Le projet bénéficie également du soutien de l’État camerounais. En février 2023, le gouvernement a accordé à Cimencam un permis d’exploitation du gisement de marbre de Bidzar, situé dans la même région. Ce gisement, estimé à 16,7 millions de tonnes, devrait fournir à l’usine une ressource durable pour les 25 prochaines années.
Une montée en puissance industrielle
Cette nouvelle ligne de production vient renforcer la cimenterie de Figuil, vieille de 40 ans. Avec une capacité de production supplémentaire de 350 000 tonnes par an, l’usine pourra désormais produire jusqu’à 500 000 tonnes de ciment annuellement. Au niveau national, la capacité totale de Cimencam grimpe à 2,3 millions de tonnes par an.
Le Cameroun entre ainsi dans une nouvelle ère, où l’industrie devient un levier de croissance et d’intégration régionale. En transformant ses ressources localement, le pays affirme une volonté claire : se doter d’un tissu industriel résilient, capable non seulement de satisfaire la demande interne, mais aussi de rayonner au-delà de ses frontières.



