Dans une décision qui confirme un glissement stratégique en matière d’approvisionnement céréalier, l’Office Algérien Interprofessionnel des Céréales (OAIC) a acquis au moins 450 000 tonnes de blé de mouture lors d’un appel d’offres international ce mercredi, selon les premières estimations des négociants européens. Les achats ont été réalisés à un prix avoisinant les 268,50 dollars la tonne métrique, incluant le coût et le fret (C&F). Toutefois, le volume précis reste incertain, avec des estimations oscillant entre 450 000 et 650 000 tonnes, bien que 450 000 tonnes soient mentionnées comme le minimum confirmé.
L’appel d’offres était initialement prévu pour un volume nominal de 50 000 tonnes, mais, fidèle à sa pratique, l’OAIC a largement dépassé cette indication. Si les vendeurs ont la liberté de fournir du blé en provenance de différentes origines approuvées, la France, fournisseur traditionnel de l’Algérie, semble avoir été délibérément écartée de cette transaction.Les attentes initiales des négociants laissaient supposer que la majorité du blé proviendrait de la mer Noire, notamment d’Ukraine, avec une possible participation de blé roumain et bulgare. Cette hypothèse tend à se confirmer, marquant une dépendance accrue de l’Algérie vis-à-vis de ces marchés.
Ce nouvel approvisionnement illustre une évolution des relations commerciales entre l’Algérie et la France, sur fond de tensions politiques persistantes. Certains observateurs du marché évoquent un refus tacite de l’Algérie d’acheter du blé français, bien que ce dernier ait été proposé dans l’appel d’offres.
Le blé acheté sera livré en deux phases, entre le 1er et le 15 mai, puis entre le 16 et le 31 mai, pour les principales régions d’approvisionnement, y compris l’Europe. En revanche, pour les cargaisons provenant d’Amérique du Sud ou d’Australie, l’expédition devra s’effectuer un mois plus tôt.
Ce déplacement des flux commerciaux céréaliers de l’Algérie traduit une stratégie plus large de diversification des sources d’approvisionnement et une possible réorientation politique dans les choix économiques du pays. Pour autant, les officiels algériens écartent tout boycott, laissant entendre que les fournisseurs sont traités équitablement selon des spécifications techniques. En octobre 2024, Reuter s’était fait l’écho d’un boycott du blé français en scrutant les résultats d’un appel d’offre. Une information démentie par Alger.
Dans un récent article, El Watan informe que l’Algérie a importé seulement 31 000 tonnes de blé français depuis le début de la campagne céréalière,citant FranceAgriMer. « Un chiffre bien en deçà de ceux enregistrés avant la modification du cahier des charges en 2021, l’Algérie s’étant tournée vers des blés d’autres origines, notamment ceux de la mer Noire », précise El Watan. Ainsi, poursuit le journal, « si en 2017, 53% des volumes de blé français exportés hors de l’Union européenne étaient destinés à l’ Algérie, le taux est passé à 18% au cours des années 2023 et 2024 et a encore baissé en ce début d’année, suscitant des inquiétudes chez les exportateurs français »,



