Le groupe Sonatel, fleuron des télécommunications en Afrique de l’Ouest, amorce une nouvelle phase avec la nomination de Brelotte Bâ à sa tête, en remplacement de Sékou Dramé. Cette décision, actée à Paris le 24 juillet 2025 lors du conseil d’administration d’Orange, actionnaire majoritaire à 42,3 %, intervient dans un climat de crispation syndicale et de débat sur la gouvernance du groupe.
Natif de Saint-Louis et âgé de 49 ans, Brelotte Bâ est un pur produit du groupe Orange qu’il a intégré en 2001 après un parcours d’excellence à Polytechnique et aux Ponts et Chaussées. Il a dirigé avec succès plusieurs filiales du groupe en Afrique, notamment au Mali, où il a marqué les esprits par une couverture 4G étendue, la modernisation d’Orange Money et des avancées notables sur les énergies renouvelables. Son passage à Bamako lui a valu le Prix du Meilleur DG aux AfricaCom Awards 2021. Jusqu’à sa nomination, il occupait le poste stratégique de Directeur Général Adjoint d’Orange Moyen-Orient et Afrique, supervisant 18 filiales et plus de 160 millions de clients.
Cette nouvelle gouvernance intervient alors que la Sonatel, bien que leader incontesté au Sénégal, fait face à une double usure : une pression sociale croissante et une gouvernance jugée déséquilibrée entre les intérêts sénégalais et ceux de l’actionnaire français. Le départ de Sékou Dramé, en poste depuis 2018, est perçu par certains comme salutaire tant son action, bien que marquée par la continuité, s’était progressivement éloignée des attentes des actionnaires. De l’avis de plusieurs observateurs, il était devenu plus proche du syndicat que du conseil d’administration.
Pourtant, la nomination de Brelotte Bâ ne fait pas l’unanimité. Le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de Sonatel, Mouhamadou Lamine Badji, y voit une manœuvre d’Orange pour verrouiller davantage le contrôle de la gouvernance, accusant le groupe de promouvoir un profil « formaté pour défendre en priorité les intérêts français ». Dans une lettre ouverte au président Diomaye Faye, il dénonce une décision prise « à Paris » et non dans l’une des capitales africaines où opère Sonatel, fustigeant un acte de « néocolonialisme économique » et appelant l’État à faire barrage à une dilution de l’identité du groupe.
Pour Orange, ce changement s’inscrit dans une logique de continuité managériale et d’efficacité opérationnelle. Pour les partisans d’un rééquilibrage, il s’agit d’un moment charnière pour redéfinir le pacte de gouvernance entre l’État sénégalais (actionnaire à 27,2 %), les salariés (7,3 %) et le public (23,2 %). Dans tous les cas, le choix de Brelotte Bâ, à la fois expérimenté et enraciné, pourrait marquer un tournant stratégique pour un groupe appelé à affronter de nouveaux défis technologiques, sociaux et politiques.
