La Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) célèbre, à partir du lundi 9 février à Abidjan, un demi-siècle d’existence au service du développement du secteur assurantiel africain. Cinquante années marquées par une ambition constante : réconcilier les populations du continent avec l’assurance, dans un contexte où la protection contre les risques demeure encore marginale, malgré l’urbanisation accélérée, l’essor des infrastructures et la montée des classes moyennes. « Cette édition n’est pas une assemblée comme les autres : elle marque un demi-siècle d’existence, cinquante années d’engagement collectif, de construction patiente et de vision partagée au service du développement des assurances africaines », a déclaré César EKOMIE AFENE, Président de la FANAF, dans son message aux délégués.
La cérémonie d’ouverture prévue lundi 9 février sonne avec l’actualité africaine dominante, avec une conférence inaugurale intitulée « Assurance et souveraineté financière : l’Afrique face à ses défis de transformation ? ». Elle réunira des figures majeures du secteur, dont Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, Jean Kacou Diagou, président du groupe Groupe NSIA, et Corneille Karekezi, directeur général de Africa Re. Ce premier temps fort entend replacer l’assurance au cœur des stratégies de financement du développement, à l’heure où les États cherchent à réduire leur dépendance à l’endettement extérieur et à renforcer leurs marchés domestiques.
La deuxième conférence, consacrée à un regard rétrospectif sur cinquante ans d’engagement, ouvre une séquence plus introspective. Elle met en perspective les avancées institutionnelles, les progrès réglementaires, mais aussi les limites structurelles qui continuent de freiner l’essor du secteur. Le premier panel, consacré au bilan et aux perspectives de la FANAF, sera modéré par Richard N. Lowe, président du groupe Groupe Activa, avec la participation de Adama Ndiaye, directeur général de la SENRE, et de Geraldine Mermoux, directrice générale associée de Finactu, société à l’origine des réformes de l’environnement des assurances et de la retraite dans plusieurs pays membres de la CIMA.
La journée du mardi 10 février sera consacrée aux enjeux de gouvernance, de régulation et de croissance. Le panel sur la gouvernance réunira notamment Blaise Abel Ezo’o Engolo, secrétaire général de la CIMA, Amal Souaifi, représentante de l’ACAPS, et Mamadou Faye. Les discussions sur les nouveaux moteurs de croissance associeront Bachir Baddou, Fédération Marocaine de l’Assurance, Aymeric Kamega, dirigeant d’ACAM Vie, Romuald Kouassi, directeur général de GNA CI, et Luc Noubissi. Enfin, un dernier panel portera sur la gestion des prestations, avec Ouafae Mriouah, dirigeante d’Atlantic Re, Attaher et Soro Gninadema.
Au-delà du programme, ces cinquante ans sont aussi l’occasion de dresser un état des lieux chiffré du marché. En 2024, les primes émises dans l’espace FANAF ont atteint 1 933 milliards de FCFA, en hausse de 4,4 %. L’assurance vie a progressé plus rapidement, avec 725 milliards de FCFA (+7,8 %), tandis que la non-vie s’est établie à 1 208 milliards (+2,5 %). Cette dernière représente toujours 62 % du marché, mais sa croissance demeure modérée, en décalage avec l’ampleur des investissements dans les infrastructures, les transports ou les activités extractives.
Le taux de pénétration global reste faible, à 0,92 % du PIB, dont seulement 0,31 % pour la branche vie. Ce niveau traduit une sous-assurance chronique, encore alimentée par la méfiance des ménages, la faiblesse des revenus formels et la prédominance des mécanismes de solidarité informels. Pourtant, les prestations versées témoignent d’une activité réelle : 403 milliards de FCFA pour la vie (+6,2 %) et 519 milliards pour la non-vie (+9,4 %), confirmant l’augmentation des sinistres et des engagements.
Les placements constituent un autre indicateur structurant. Les actifs des marchés vie ont atteint 2 677 milliards de FCFA en 2024, dominés par les obligations et les liquidités, avec un rendement moyen de 3,3 %. Les marchés non-vie totalisent 1 258,7 milliards, en progression modeste depuis 2020, pour un rendement de 4,5 %. Cette structure prudente reflète à la fois les contraintes réglementaires et la faible profondeur des marchés financiers africains, limitant encore le rôle des assureurs comme investisseurs institutionnels de long terme.
Les ratios techniques confirment une relative solidité : la sinistralité s’établit à 44,3 % et le ratio combiné à 81,5 %, traduisant une rentabilité globalement maîtrisée. Mais cette performance masque des disparités importantes entre pays, segments et compagnies, ainsi qu’une vulnérabilité persistante face aux risques climatiques, sanitaires et sécuritaires.
À travers cette célébration, la FANAF entend donc dépasser la simple commémoration. L’enjeu est de repositionner l’assurance comme un pilier de la souveraineté économique, un instrument de mobilisation de l’épargne et un vecteur de stabilité sociale. Cinquante ans après sa création, l’organisation se trouve à un moment charnière : transformer un secteur encore élitiste et urbain en un véritable service de masse, accessible, crédible et utile aux économies africaines. À Abidjan, c’est bien cette ambition de reconquête de la confiance et d’élargissement du marché qui sera, en filigrane, au cœur de tous les débats



