Quid des accords de défense bilatéraux ?
La stratégie française suspendue au rapport Jean-Marie Bockel
Dans leurs discours à la nation prononcés à la veille du nouvel an, les présidents Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire et Bassirou Diomaye Faye du Sénégal ont annoncé la fermeture des dernières bases françaises stationnées dans leurs pays respectifs. Pour le président ivoirien, cette décision reflète la modernisation des forces armées nationales : « Nous pouvons être fiers de notre armée dont la modernisation est désormais achevée. C’est dans ce contexte que nous avons décidé du retrait concerté et organisé des forces françaises en Côte d’Ivoire ».
Ainsi, le 43e BIMA, qui abrite 600 militaires français, soit le plus grand contingent de troupes françaises en Afrique de l’Ouest, sera rétrocédé dès ce mois de janvier. Le camp portera désormais le nom du Général Ouattara Thomas d’Aquin, premier chef d’état-major de l’armée ivoirienne. De son côté, le président sénégalais a annoncé la fin de toutes les présences militaires étrangères au Sénégal d’ici 2025. « J’ai instruit le ministre des Forces armées de proposer une nouvelle doctrine de coopération en matière de défense et de sécurité, qui implique, entre autres, la fin de toutes les présences militaires étrangères au Sénégal », a-t-il déclaré. Le Sénégal compte actuellement 300 soldats français, un nombre équivalent à celui du Gabon, tandis que Djibouti et le Tchad en accueillent un millier chacun.
Ce discours fait suite à l’annonce du 28 novembre, où il avait été mentionné que la France devrait fermer ses bases militaires au Sénégal.
Il est à noter que la France prépare depuis plusieurs mois une nouvelle stratégie militaire qui diminuerait considérablement sa présence permanente en Afrique. Jean-Marie Bockel, envoyé personnel de Macron pour l’Afrique, a présenté il y a quelques semaines à Macron son rapport sur l’évolution de la présence militaire française sur le continent. Ce document, dont les premières conclusions étaient attendues, prévoit de réduire à quelques centaines le nombre de militaires en Afrique de l’Ouest et centrale, dans le cadre de partenariats « rénovés » et plus discrets, comme annoncé par le président Emmanuel Macron après les échecs au Sahel. Les négociations avec les États partenaires n’ont pas été aisées.
Le rapport n’a pas été bien reçu à N’Djamena, où il était question de réduire la présence française de 1000 à 300 soldats. Dans la foulée de ces annonces, le camp de Faya a été rétrocédé au Tchad. Le rapport de Jean-Marie Bockel, jugé trop pragmatique, préconise l’ouverture d’une base au Nigeria, pays anglophone sans ressentiment colonial, et le maintien de Djibouti comme base navale et aérienne avec des unités de déploiement rapide sur le continent.
Avec jusqu’à plus de 5000 militaires au Sahel dans le cadre de l’opération anti-djihadiste « Barkhane », la France est aujourd’hui presque sortie de l’Afrique de l’Ouest, laissant la place aux Russes dans la plupart des cas, comme au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Centrafrique, en Libye et, bientôt, au Tchad selon les informations.
La France souhaite aujourd’hui « une présence visible moindre, tout en maintenant un accès logistique, humain et matériel à ces pays, et en renforçant notre action en réponse aux aspirations de ces pays », faisait valoir M. Bockel à la mi-mai au Sénat. Cette approche coïncide avec une opinion publique africaine francophone pressée de voir la fermeture des bases françaises au nom de la souveraineté. Reste à savoir si les accords de défense bilatéraux seront aussi révisés.



