Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, , ,

La Bourse de Casablanca lance son marché à terme : ce que vous devez savoir…

La place marocaine intègre le gotha fermé des Bourses africaines dotées d’un marché à terme. Un lancement qui ouvre la voie à de nouvelles stratégies d’investissement et à une réelle attractivité internationale. Décryptage. Après plus d’une décennie marquée par une dynamique hésitante, la Bourse de Casablanca semble renouer avec une trajectoire de croissance. Et le…

La place marocaine intègre le gotha fermé des Bourses africaines dotées d’un marché à terme. Un lancement qui ouvre la voie à de nouvelles stratégies d’investissement et à une réelle attractivité internationale. Décryptage.

Après plus d’une décennie marquée par une dynamique hésitante, la Bourse de Casablanca semble renouer avec une trajectoire de croissance. Et le lancement du marché à terme sur l’indice MASI 20 est le fruit de cette ère de transformation initié par la Bourse de Casablanca. Dans les faits, cette évolution, qui a été officialisée le 06 Avril 2026 propulse la place marocaine dans le cercle restreint des Bourses africaines dotées d’un marché de produits dérivés. Un tournant structurel qui ouvre la voie à de nouvelles stratégies d’investissement, à une sophistication accrue des mécanismes de gestion de portefeuille et à un repositionnement international de la place casablancaise.

Avec ce nouvel instrument, les investisseurs disposent désormais d’un contrat à terme adossé au MASI 20, leur permettant non seulement de se couvrir contre les fluctuations du marché, mais aussi de diversifier leurs stratégies au-delà des logiques traditionnelles d’achat et de conservation. Ce passage d’un marché essentiellement directionnel à un marché intégrant des produits dérivés constitue une rupture majeure dans l’architecture financière nationale. Il introduit une dimension anticipative dans la formation des prix et une plus grande flexibilité dans la gestion du risque.

« Nous entrons dans une nouvelle ère pour notre marché des capitaux », a déclaré Nasser Seddiqi, le Directeur général de la Bourse de Casablanca, soulignant la portée structurelle de cette réforme. Dans cette perspective, le lancement du marché à terme s’impose comme un levier stratégique. Reste à en mesurer la portée réelle : s’agit-il d’un simple outil supplémentaire ou du point de départ d’une reconfiguration plus profonde du marché des capitaux marocain ?

L’ère de la mue…

La trajectoire récente de la Bourse de Casablanca ne peut être comprise sans revenir à la rupture provoquée par la crise financière mondiale de 2008. Si le Maroc a su préserver la stabilité de son système bancaire, la place boursière n’a pas échappé aux effets indirects de ce choc global. La contraction de la liquidité internationale, la baisse de l’appétit pour le risque et le ralentissement de l’investissement privé ont progressivement affaibli la dynamique du marché. Avant cette rupture, la Bourse de Casablanca évoluait dans un cycle d’expansion soutenu, alimenté par les privatisations, les grandes opérations financières et la montée en puissance de secteurs structurants comme la banque et l’immobilier. Cette phase d’euphorie a cependant laissé place, à partir de 2009, à une longue période d’atonie. Pendant près d’une décennie, le marché s’inscrit dans un couloir étroit, caractérisé par des volumes faibles, une liquidité limitée et une rareté des introductions en Bourse. Cette situation alimente progressivement une forme de défiance, renforcée par une croissance économique modérée et une visibilité réduite sur les performances des entreprises cotées.

Ce n’est que récemment que la place casablancaise amorce une véritable phase de redressement. Plusieurs facteurs expliquent ce regain. D’une part, un environnement macroéconomique plus stable, marqué par une désinflation progressive et une meilleure visibilité économique. D’autre part, une relance de l’investissement, soutenue par des projets structurants et une dynamique économique renouvelée. À cela s’ajoute le retour des introductions en Bourse, qui contribue à élargir la base du marché et à renforcer son attractivité.

L’année 2025 cristallise cette dynamique. Avec une progression de l’indice MASI de l’ordre de 25 %, un franchissement du seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation boursière et une hausse significative des volumes d’échanges, la Bourse de Casablanca confirme son retour parmi les marchés les plus dynamiques de la région. La liquidité constitue d’ailleurs l’un des faits marquants de cette reprise, avec un volume annuel des transactions en forte progression, traduisant un regain d’intérêt des investisseurs. Dans ce contexte de relance, le lancement du marché à terme apparaît comme une évolution structurante. Mis en place avec le soutien des autorités financières, ce dispositif marque une rupture dans le fonctionnement du marché. Il consacre le passage d’un modèle centré sur les transactions au comptant à un écosystème intégrant des instruments dérivés, permettant une gestion plus fine et plus dynamique des positions.

Le premier instrument introduit, un contrat à terme adossé à l’indice MASI 20, ouvre la voie à de nouvelles pratiques d’investissement. « Le lancement du marché à terme, à travers les contrats futurs sur le MASI 20, introduit une transformation profonde des stratégies d’investissement au Maroc. Jusqu’à présent, le marché était essentiellement dominé par des approches directionnelles « long only », centrées sur l’achat et la détention de titres. Désormais, les investisseurs disposent d’outils leur permettant de gérer activement leur exposition au marché. Ces instruments offrent notamment la possibilité de se couvrir contre les baisses, d’ajuster rapidement le niveau de risque d’un portefeuille sans céder les actifs sous-jacents, et de tirer parti des anticipations de marché à court et moyen terme », explique Younes El Bacha, Directeur Gestion actions diversifié et international chez Red med Capital .

Et d’ajouter : « Ils permettent également d’optimiser l’allocation du capital grâce à l’effet de levier, en offrant une exposition significative avec une mise initiale limitée. Au-delà de ces aspects techniques, le marché à terme introduit une nouvelle lecture du marché en intégrant une dimension prospective. Les prix des contrats futurs reflètent les anticipations des investisseurs sur différents horizons, ce qui enrichit l’analyse et la prise de décision. En résumé, ce nouvel instrument marque le passage d’un marché essentiellement passif à un marché plus dynamique, intégrant des stratégies de couverture, d’arbitrage et de gestion tactique ».

L’enjeu est également international. En se dotant d’un marché à terme, la Bourse de Casablanca s’aligne sur les standards des grandes places financières, renforçant ainsi son attractivité auprès des investisseurs étrangers. Pour l’expert, « le lancement du marché à terme constitue, bien sûr, une avancée importante et un signal fort en faveur de la modernisation de la place financière de Casablanca. Il rapproche le marché marocain des standards internationaux, en offrant des outils de gestion du risque et en enrichissant la palette des stratégies d’investissement disponibles. Cependant, cette évolution, bien que structurante, ne suffit pas à elle seule à renforcer durablement l’attractivité internationale. D’autres facteurs restent déterminants, notamment la profondeur et la liquidité du marché, la diversification des instruments financiers, ainsi que le dynamisme du marché primaire, à travers un pipeline régulier d’introductions en Bourse ».

Risques et les défis de ce type d’instrument 

Bien que présentant des externalités positif ces instruments peuvent présenter des rrisques pour les investisseurs locaux.  « De manière générale, l’introduction des produits dérivés s’accompagne de risques significatifs, notamment liés à l’effet de levier. Si celui-ci permet d’amplifier les gains, il peut également accentuer fortement les pertes, exposant les investisseurs les moins expérimentés à des niveaux de risque élevés, en particulier en cas d’appel de marge. Par ailleurs, ces instruments reposent sur des mécanismes plus complexes que les actions traditionnelles. Leur utilisation nécessite une bonne maîtrise des notions de couverture, de valorisation, de gestion des marges et plus largement de la dynamique des marchés. Cela implique donc une montée en compétences de l’ensemble des acteurs, qu’il s’agisse des investisseurs particuliers ou institutionnels », alerte El Bacha.

Et de préciser : « Le marché fait également face à un défi de liquidité dans sa phase de démarrage. Les volumes peuvent rester limités au début, avec des spreads plus larges et une profondeur de marché encore insuffisante, ce qui peut compliquer l’exécution des stratégies et limiter l’efficacité de certains arbitrages. En résumé, si ces instruments offrent des opportunités importantes, leur appropriation nécessite un cadre de formation, de régulation et de maturité du marché encore en construction ».

Financial Afrik Premium