Mardi 3 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

BCE et BCEAO, deux banques centrales face à l’inflation et à la croissance

La Banque centrale européenne (BCE) vient d’opérer une nouvelle réduction de ses taux, la deuxième en 2024, ramenant ainsi son taux de facilité de dépôt à 3,5 % à partir du 18 septembre. Cette baisse de 25 points de base réduit également l’écart entre ses taux directeurs. Ce mouvement s’aligne, d’une certaine manière, sur la…

La Banque centrale européenne (BCE) vient d’opérer une nouvelle réduction de ses taux, la deuxième en 2024, ramenant ainsi son taux de facilité de dépôt à 3,5 % à partir du 18 septembre. Cette baisse de 25 points de base réduit également l’écart entre ses taux directeurs. Ce mouvement s’aligne, d’une certaine manière, sur la décision récente de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de maintenir son taux directeur inchangé à 3,5 %. Pourtant, les réalités économiques de ces deux zones monétaires sont très différentes.

D’un côté, la BCE fait face à une inflation en légère hausse à 2,6 % en juillet 2024, après avoir franchi la barre des 10 % l’année dernière. L’inflation semble désormais stabilisée, mais le rythme d’assouplissement de la politique monétaire reste incertain, et une nouvelle baisse en octobre paraît peu probable. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a également exhorté les gouvernements de la zone euro à réduire leurs déficits budgétaires, reflétant les préoccupations face aux déséquilibres fiscaux persistants. Paradoxalement, la BCE est confrontée à la gestion d’un excès de liquidités de l’ordre de 3 000 milliards d’euros, déposées au jour le jour par les banques commerciales, faisant du taux de dépôt son principal outil de politique monétaire.

De l’autre côté, la BCEAO maintient son taux directeur à 3,5 % dans un contexte de forte inflation en zone UEMOA, presque le double de celle de la zone euro. Ce choix de statu quo peut sembler surprenant au regard de la pression inflationniste, mais il est soutenu par une croissance économique robuste de 5,3 %. Cette dynamique économique offre à la BCEAO une certaine flexibilité en matière de politique monétaire, contrairement à la zone euro où la croissance peine à redémarrer, avec seulement 0,2 % de progression au deuxième trimestre 2024.

En dépit de ces différences, un point commun émerge : les deux institutions cherchent à ajuster leurs politiques en fonction de leurs réalités économiques respectives. Alors que la BCE recentre ses efforts sur la gestion des liquidités excédentaires et l’atténuation des déséquilibres fiscaux, la BCEAO mise sur la stabilité de son taux pour soutenir une croissance économique vigoureuse tout en surveillant de près l’inflation.

Ainsi, si la BCE et la BCEAO se retrouvent temporairement alignées sur un même niveau de taux directeur, c’est davantage un reflet de la diversité des contextes économiques auxquels elles font face qu’une véritable convergence de leurs politiques monétaires. Les prochaines décisions, tant à Francfort qu’à Dakar, en diront long sur la manière dont ces deux institutions comptent faire pour maintenir l’inflation chez les uns sans contraindre la croissance et, pour les autres, faire repartir la croissance sans entraîner l’inflation. 

Financial Afrik Premium