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Interview exclusive Yvan Schulz, co-auteur du rapport de Swissaid sur la lutte contre les flux illicites dans le secteur aurifère africain

L’exploitation et le commerce de l’or en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, sont au cœur de nombreuses problématiques liées à la contrebande et aux flux illicites. Dans cette interview exclusive, Yvan Schulz, co-auteur du rapport « Sur la piste de l’or africain. Quantifier la production et le commerce afin de lutter contre les flux illicites…

Yvan Schulz

L’exploitation et le commerce de l’or en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, sont au cœur de nombreuses problématiques liées à la contrebande et aux flux illicites. Dans cette interview exclusive, Yvan Schulz, co-auteur du rapport « Sur la piste de l’or africain. Quantifier la production et le commerce afin de lutter contre les flux illicites »,  publié par SWISSAID, aborde les défis rencontrés pour quantifier la contrebande d’or et évalue l’efficacité des réformes mises en place pour contrôler ce secteur crucial. Il partage également ses perspectives sur la coopération régionale et les futurs enjeux de régulation dans le cadre de la montée en puissance de nouvelles mines industrielles.


Propos recueillis par Soraya Bakary


Financial Afrik – Quels sont les principaux obstacles qui empêchent de quantifier avec précision la contrebande d’or en Côte d’Ivoire ?

Yvan Schulz – Il est toujours difficile de chiffrer un phénomène comme la contrebande, qui, par définition, échappe à tout contrôle. On peut estimer son ampleur en se basant sur un ensemble d’indices, mais pas le « quantifier avec précision ».

En Côte d’Ivoire, la contrebande d’or concerne avant tout l’or issu de l’extraction minière artisanale ou à petite échelle (EMAPE). Ce sous-secteur a beaucoup crû durant les dix dernières années, mais seule une petite partie de sa production et de ses exportations a été enregistrée par les autorités ivoiriennes.

Pour pouvoir chiffrer les volumes d’or d’EMAPE qui quittent le pays clandestinement et affirmer qu’ils s’élèvent certainement à plusieurs dizaines de tonnes par année, SWISSAID s’est basée sur une estimation de la production d’or totale de ce sous-secteur (30-40 tonnes / an). Cela se justifie dans la mesure où : (1) la quasi-totalité de l’or extrait en Côte d’Ivoire est exportée et (2) la Côte d’Ivoire ne joue vraisemblablement plus le rôle de pays de destination de l’or de contrebande en provenance du Libéria depuis de nombreuses années.

Dans le cas de la Côte d’Ivoire, SWISSAID n’a pas pu employer la méthode dite des pays partenaires, qui consiste à mesurer l’écart entre les données miroir du commerce bilatéral, afin de chiffrer la contrebande d’or. Ceci est dû au fait que l’or de contrebande originaire de Côte d’Ivoire transite majoritairement par d’autres pays de la région, en particulier le Mali et le Burkina Faso, avant de rejoindre les Emirats arabes unis. A son entrée à Dubaï, il est déclaré comme provenant de ces autres pays, et non de Côte d’Ivoire, ce qui fait que la méthode des pays partenaires mènerait à de faux résultats.


Le gouvernement ivoirien a annoncé des mesures pour réformer le secteur minier, notamment la création d’un comptoir national d’achat d’or. Pensez-vous que ces réformes peuvent avoir un impact réel sur la réduction de la contrebande ?

SWISSAID n’a pas analysé en détail la révision du code minier que les autorités ivoiriennes affirment avoir lancée. Néanmoins, elle peut affirmer que la création d’un comptoir national d’achat d’or est a priori une mesure permettant de mieux contrôler les flux d’or et donc, de réduire les fuites de métal précieux via la contrebande. Mais il est important que ce comptoir pratique des prix attrayants (proches du cours de l’or sur le marché international), soit facile d’accès pour les mineurs artisanaux et à petite échelle, adapté à leur besoin et à leurs compétences, géré de manière transparente, avec des garde-fous, sans corruption ni tentatives d’enrichissement par de hauts fonctionnaires, etc. Bref, l’efficacité d’une mesure comme la création d’un comptoir national dépend beaucoup de la façon dont elle est conçue et mise en œuvre. (Là aussi, Equal Access International peut peut-être vous en dire plus.)

Une autre mesure, qui semble relativement aisée à mettre en œuvre et pourtant fait défaut dans de nombreux pays africains, consiste à renforcer les contrôles au niveau de l’aéroport international, car celui-ci constitue un goulot d’étranglement. Plusieurs rapports publiés au cours des dernières années indiquent que de l’or extrait en Côte d’Ivoire quitte le pays clandestinement par la voie aérienne. On peut donc supposer qu’il reste relativement facile pour les trafiquants de passer la frontière à l’aéroport avec de l’or dans leurs bagages.


Le rapport mentionne la coopération entre les pays de la région en termes de trafic d’or. Quelles formes de collaboration régionale seraient les plus efficaces pour endiguer ce phénomène ?

Il faudrait notamment lancer une réflexion collective sur l’harmonisation des taxes à l’exportation et des procédures d’exportation à l’échelle régionale. Par ailleurs, il serait bon d’organiser des rencontres régulières entre toutes les autorités, notamment les Direction générale des mines et de la géologie et les Direction générale des douanes, des pays de la région. En ce qui concerne la contrebande d’or en provenance de Côte d’Ivoire, cela concerne avant tout la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burkina Faso. Mais le problème de la contrebande de métal jaune concerne de nombreux autres pays dans la région, dont la Guinée, le Ghana, le Togo et le Bénin.


Avec les nouvelles mines industrielles qui doivent entrer en service en Côte d’Ivoire, quels défis anticipez-vous en matière de gestion et de régulation de l’exploitation aurifère ?

SWISSAID n’a pas connaissance de nouveaux défis qui seraient apparus ou qui apparaitraient prochainement en lien avec le démarrage de la production dans les nouvelles mines d’or industrielles du pays (Abujar, Séguéla et, très récemment, Lafigué). Cependant, il est certain que cette augmentation des activités d’extraction d’or en Côte d’Ivoire va exiger de l’Etat ivoirien qu’il augmente les ressources consacrées à la réglementation et au contrôle de ce secteur.

Pour le reste, les défis restent les mêmes qu’avec les mines plus anciennes, notamment : limiter les impacts environnementaux, protéger les communautés locales des répercussions néfastes de l’activité minière, s’assurer que les richesses générées alimentent les caisses publiques et améliorent les conditions de vie des communautés locales et de la population nationale, gérer des rapports de force inégaux avec de puissants groupes miniers, etc.

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