« Nous allons transformer ATIDI en un outil stratégique d’intégration économique africaine par l’assurance des risques »
Du 6 au 9 mai 2025, une mission de l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) a séjourné au Cameroun, notamment dans les villes de Yaoundé et Douala, en vue de lancer définitivement ses activités au Cameroun et dans la zone CEMAC. A l’occasion, Financial Afrik a rencontré le président du conseil d’administration de cette institution qui fournit une assurance contre les risques politiques et commerciaux afin d’attirer les investissements directs étrangers sur le continent. Les grandes lignes de son magistère débutant et le rôle d’ATIDI dans le développement du commerce en zone CEMAC et en Afrique sont entre autres questions évoquées au cours de cet entretien.
Professeur, le 5 octobre 2024, vous êtes élu Président du Conseil d’Administration d’ATIDI. Quelles idées avez-vous suggérées en tête à ce moment-là ?
Dès mon élection, ma priorité était claire : transformer l’ATIDI en une plateforme véritable stratégique d’intégration économique africaine par l’assurance des risques. J’ai souhaité ancrer davantage notre institution dans les grands agendas africains, comme l’Agenda 2063 et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). J’avais également à cœur de renforcer notre crédibilité en tant que partenaire d’investissement fiable pour les secteurs public et privé.
Vous prenez les rêves d’ATIDI alors que l’organisation maintient une excellente notation financière. N’est-ce pas un héritage lourd que vous laissez votre précédent ?
Evidemment, c’est un héritage de responsabilité. Parce qu’il faut relever que ces notations A/Stable de S&P et A2/Positif de Moody’s sont le reflet d’une gestion disciplinée et d’une gouvernance exemplaire. Dès lors, mon rôle est de consolider ces acquis tout en ouvrant des perspectives nouvelles pour étendre notre couverture à de nouveaux risques comme ceux liés au climat, à la cybersécurité et à la stabilité politique. Il ne s’agit pas seulement de préserver, mais de projeter.
Quelles sont les grandes lignes de votre stratégie de croissance 2024-2027 ?
Cette stratégie repose sur quatre axes fondamentaux.
D’abord, l’extension géographique dans les régions sous-desservies, notamment la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Afrique de l’Est.
Ensuite, l’innovation des produits, incluant l’assurance des obligations vertes, la couverture contre les risques climatiques et l’appui au secteur informel structuré.
Le renforcement des partenariats stratégiques avec les banques régionales, les agences de garantie nationale et les partenaires techniques et financiers constituent le troisième pilier de notre stratégie étalée sur quatre années.
Enfin, nous allons nous attaquer à consolider le capital de l’organisation afin d’en améliorer la solidité financière en vue de mieux soutenir notre politique d’expansion.
Quelle place pour la CEMAC dans cette stratégie ?
La CEMAC occupe une place stratégique. En tant que ressortissant de cette région, je suis bien conscient de ses défis structurels en matière d’accès au financement, de perception du risque et d’infrastructures. ATIDI jouera un rôle de catalyseur pour restaurer la confiance des investisseurs, couvrir les risques commerciaux et politiques, et soutenir les projets PPP structurants à l’échelle régionale.
Quid du Cameroun et pourquoi cette implantation seulement 4 ans après son adhésion ?
Le Cameroun est un pivot pour notre politique d’expansion sous-régionale. Son poids démographique, économique et géographique en fait une base naturelle pour le déploiement des opérations dans la CEMAC.
Le délai de quatre ans s’explique par la nécessité de renforcer les conditions institutionnelles, d’assurer un ancrage local pérenne et de former les parties impliquées. Aujourd’hui, notre implantation est robuste et adossée à une feuille de route claire.
ATIDI revendique 140 milliards FCFA d’investissements au Cameroun. Comment renforcer cette coopération ?
Nous comptons mettre en place un guichet souverain ATIDI-Cameroun en lien avec le ministère des Finances pour accompagner les projets publics et les partenariats public-privé (PPP). Nous allons renforcer les lignes de garantie pour le commerce, soutenir les banques locales dans la mobilisation de financements extérieurs et élargir notre portefeuille aux Petites et Moyennes entreprises (PME) à fort potentiel. L’idée est de rendre le financement accessible, rapide et sécurisé.
Face à la note B attribuée par Fitch au Cameroun, comment comptez-vous agir pour améliorer la perception du risque ?
Notre mandat est justement d’atténuer les risques politiques. Nous collaborons déjà avec les gouvernements pour garantir la transparence des processus électoraux, promouvoir la stabilité institutionnelle et assurer la continuité des projets pendant les périodes sensibles. Pour le Cameroun et le Congo-Brazzaville, nous appuyons les mécanismes de gouvernance inclusive et les dialogues nationaux comme instruments de stabilisation économique.
Que proposez-vous à la CEMAC pour améliorer sa crédibilité sur les marchés financiers ?
Nous travaillons à l’élaboration d’un Cadre Régional de Crédit Enhancé (CRCE) pour rehausser la signature des États et faciliter l’accès aux marchés des capitaux. Ce mécanisme comprend des produits de rehaussement de crédit, des notations locales harmonisées, des lignes de garantie sur les émissions obligatoires et un appui aux réformes macroéconomiques et budgétaires.
Quels mécanismes comptez-vous utiliser pour booster les échanges commerciaux intra-africains ?
En tant qu’organisation panafricaine, ATIDI va s’impliquer dans l’amélioration du taux (18%) du volume des transactions intra-africaines. Ainsi, nous allons étendre nos assurances contre les défauts de paiement et le risque de transfert sur les contrats intra-africains. Notre action va également étendre à l’appui aux banques régionales dans le financement du commerce inter-États, le développement des partenariats ZLECAf pour sécuriser les chaînes de valeur régionales, la promotion de la certification des entreprises locales afin de renforcer leur crédibilité à l’exportation.
Comme vous pouvez le constater à partir de ce que nous prévoyons réaliser en Afrique, ATIDI se positionne désormais comme un accélérateur de l’intégration économique africaine, en couvrant les risques là où les marchés n’osent pas encore s’engager.



