« L’homme au cœur de la transformation et du développement social de la vision de Félix Tshisékedi dans le domaine de l’économie sociale pour l’amélioration sociale du congolais au cours de ce second mandat. »
Mis en place pour soutenir les efforts de la reconstruction socio-économique de la République démocratique du Congo (RDC), notamment à travers la mobilisation des ressources et partenariats stratégiques en vue de la conception et de la mise en œuvre des projets innovants dans le secteur socio-économique, le FSRDC a pour finalité l’amélioration rapide des conditions de vie des populations congolaises dans les 26 provinces du pays. Dans cet entretien, le coordonnateur national, Philippe Ngwala, parle des activités de cet organe et de la manière dont il compte régler la question de la dépendance alimentaire de RDC.
Interview réalisée par Rodrigue Fénelon Massala
Monsieur le Coordonnateur Pouvez-vous brièvement vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Philippe Ngwala Malemba. J’ai été nommé par le président de la RDC, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, comme coordonnateur national, avec rang de ministre, du Fonds social de la République démocratique du Congo (FSRDC) en mai 2023 après avoir servi à ses côtés depuis 2019 comme Coordonnateur d’un service spécialisé avec rang de conseiller spécial du chef de l’Etat, qui a œuvré dans le domaine du développement communautaire. Je suis économiste de développement avec plus de 25 ans d’expérience professionnelle en politiques et stratégies du développement opérationnel dans le secteur socio-économique auprès des institutions internationales et publiques. Ma dernière expérience professionnelle avant de revenir servir en RDC auprès du chef de l’Etat était celle d’économiste de développement en chef auprès du groupe de la Banque africaine de développement (BAD).
Vous êtes donc le coordonnateur national du Fonds social de la RDC (FSRDC), pouvez-vous nous indiquer brièvement les missions de cette institution ?
Les missions du FSRDC, en résumé, consistent à soutenir les efforts de la reconstruction socio-économique de la République, notamment à travers la mobilisation des ressources et partenariats stratégiques en vue de la conception et de la mise en œuvre des projets innovants dans le secteur socio-économique ayant pour finalité l’amélioration rapide des conditions de vie des populations congolaises dans les 26 provinces de la RDC.
Vous avez la charge de transformer la vision sociale du chef de l’Etat de la RDC dans le domaine de l’économie sociale dont le principal objectif est l’amélioration sociale du pouvoir d’achat et des conditions de vies des Congolais. Comment comptez-vous y prendre ?
Il est important pour moi ici de saluer avant toute chose la vision sociale du chef de l’Etat à travers le FSRDC. Comme vous le savez, le FSRDC existe depuis 2002 et a été restructuré par le chef de l’Etat en mai 2023. De sa création en 2002 jusqu’avant sa restructuration en 2023, le FSRDC a réalisé des projets financés essentiellement par la Banque mondiale dans le domaine de la protection sociale « non productive ». La restructuration du FSRDC décidée et opérée par le chef de l’Etat a donné à cette institution les capacités nécessaires pour servir d’institution de référence de la RDC dans la protection sociale « non productive » et « productive » et donc de mieux contribuer à la transformation de sa vision sociale. Pour votre rappel, la protection sociale « non productive » cible les secteurs dits non productifs comme la construction et l’équipement des structures sociales (écoles, centres de santé, ouvrages d’eau et d’assainissement, filets de sécurité sociale et transferts monétaires, etc.) ; tandis que la protection sociale « productive » cible les secteurs socio-économiques « productifs » comme la promotion des chaines de valeurs notamment à travers la transformation agricole.
Depuis la restructuration à ce jour, les travaux qui ont été conduites par la coordination nationale du FSRDC que je dirige ont consisté à doter cette institution de ses instruments de gouvernance qu’elle n’avait d’ailleurs pas pour l’essentiel. Il s’agit par exemple (i) du cadre organique et statut du personnel, (ii) du manuel des procédures administratives, financières et comptables, (iii) du règlement d’entreprise, et (iv) du règlement intérieur du comité de pilotage. Ces instruments de gouvernance ont été approuvés par le comité de pilotage du FSRDC et son cadre organique et statut du personnel approuvé par ordonnance présidentielle en août 2023, trois mois seulement après la restructuration. Après cette étape, la coordination nationale du FSRDC a œuvré à la conception des documents de politique institutionnelle, à savoir (i) le plan stratégique 2024-2028 du FSRDC, (ii) la stratégie de gestion des ressources humaines, (iii) la politique de sauvegarde environnementale et sociale, (iii) la politique genre, (iv) le cadre de dépenses à moyen terme, (v) la politique de contingence et d’urgence. Ces documents de politique seront soumis incessamment à la validation du comité de pilotage. C’est avec ces instruments de gouvernance et documents de politique que l’on peut diriger de façon crédible ainsi qu’aux normes et standards requis, une institution d’une telle importance, à savoir le FSRDC.
Par ailleurs, depuis sa restructuration en 2023, le FSRDC a également accéléré le processus de mobilisation des ressources ainsi que la préparation de son nouveau portefeuille des projets innovants notamment ceux inscrits dans le Programme de transformation agricole (PTA-RDC). Je voudrais souligner ici que la restructuration du FSRDC en mai 2023 est issue d’une fusion du FSRDC établissement public créée en 2002 et de la Cellule d’appui au programme d’urgence intégré de développement communautaire (CAPUIDC), service spécialisé au cabinet du chef de l’Etat créé en 2019. De 2019 à avril 2023, avant cette fusion, la CAPUIDC que j’avais l’honneur de diriger, a réalisé un excellent travail qui est aujourd’hui capitalisé par le FSRDC. Il s’agit des études de faisabilité et l’élaboration des projets bancables dont la qualité a convaincu des bailleurs comme la Banque africaine de développement (BAD). C’est de ces résultats qu’est issu le Programme de transformation de l’agriculture (PTA-RDC) dont la coordination, la gestion et la mise en œuvre ont été confiées au FSRDC par le chef de l’Etat. Ces résultats ont ainsi permis au FSRDC de mobiliser, avec l’appui du gouvernement et sous l’impulsion du chef de l’Etat, environs 650 millions de dollars auprès de la BAD pour financer trois projets du Programme de transformation de l’agriculture. Le premier projet d’un montant de 117 millions de dollars a été approuvé par la BAD en mars 2024 et le deuxième projet d’un montant de 250 millions de dollars est en cours d’instruction pour son approbation prévue en juillet 2024. La coordination nationale du FSRDC que je dirige travaille durement sur cela. Nous sommes également en discussion actuellement avec la Banque mondiale dans le cadre de l’évaluation institutionnelle du FSRDC restructuré dans la perspective de renouer avec la gestion des financements de la Banque mondiale dans le secteur de la protection sociale. Bien évidemment, notre approche ne se limite pas aux bailleurs de fonds traditionnels, nous sommes en discussion avec les partenaires non traditionnels ainsi que ceux du secteur privé pour la structuration des financements innovants à même d’enrichir notre portefeuille des projets en appui à la transformation et la concrétisation de la vision sociale du chef de l’Etat.
Avec tout ce qui vient d’être résumé ci-haut, il y a lieu de conclure que le FSRDC est très bien positionné de façon très concrète dans la transformation de la vision sociale du chef de l’Etat dans le domaine de l’économie sociale et donc dans l’amélioration rapide du social du congolais. Et vous pouvez imaginer l’intensité du travail qui est fait et qui est en cours pour répondre à votre question de savoir comment je compte m’y prendre. En effet, je m’y suis déjà pris et j’avance bien là-dessus.
Comment se finance le Fonds social de la RDC ?
Le Fonds Social de la RDC se finance par le Trésor Public, les financements des bailleurs de fonds traditionnels ainsi que par des partenariats stratégiques avec des bailleurs non traditionnels et le secteur privé, et même avec des partenariats avec la société civile. Le FSRDC s’emploie actuellement à étendre sa capacité de mobilisation des ressources innovantes internes et externes, autres que les financements du trésor public et des bailleurs traditionnels. Par exemple, le FSRDC a reçu la mission d’accompagner la création de la Caisse de dépôt et de consignation (CDC) de la RDC et de bénéficier d’une quotité des fruits de cette caisse pour financer ses projets de développement. La CDC est un important instrument de mobilisation des ressources. Le FSRDC a déjà mobilisé un financement pour le processus de la création de la CDC qui sera lancé courant de cette année 2024.
Au stade actuel, pouvez-vous nous dire combien de ressources avez-vous déjà mobilisé ?
Je préfère ne pas trop m’étendre sur cette question parce que plusieurs aspects y afférents exigent de la prudence et de la discrétion. Je préfère parler de ce qui est officiel à ce jour, c’est une enveloppe d’environs 650 millions de dollars US mobilisés par le FSRDC avec l’appui du gouvernement et sous l’impulsion du chef de l’Etat, auprès du groupe de la BAD dans le cadre du PTA-RDC. Comme je l’ai soulevé à l’instant, d’autres financements sont en cours de structuration, je vous en parlerai bientôt dès que le processus sera finalisé.
Vous avez mentionné, entre autres, l’amélioration et la transformation de l’agriculture vers la création des chaînes de valeurs en vue d’une industrialisation. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Effectivement, le FSRDC a été chargé par le chef de l’Etat, d’assurer la coordination, la gestion et la mise en œuvre du Programme de transformation de l’agriculture (PTA-RDC) pour lequel un premier financement a été mobilisé par le FSRDC auprès de la BAD. C’est le FSRDC qui a piloté la conception de ce programme phare dans le cadre des travaux initiés par la CAPUIDC (fusionné au FSRDC en mai 2023). Je voudrais ici attirer votre attention sur le fait que le PTA-RDC est un programme transversal et intégré qui vise la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Vous conviendrez avec moi que la sécurité alimentaire et nutritionnelle est essentiellement du domaine de la protection sociale productive. Ce programme transversal et intégré (PTA-RDC) couvre une diversité des domaines notamment : l’amélioration de la gouvernance des filières porteuses dans le secteur agricole incluant une série de réformes sectorielles en soutien à la transformation structurelle de l’agriculture, le développement des compétences surtout en faveur des jeunes et des femmes dans les métiers innovants au sein de tous les maillons des chaines de valeurs agricoles et connexes, les technologies innovantes dans la production des semences, intrants et fertilisants, (iv) l’intensification de la production locale à travers l’amélioration du rendement grâce aux technologies innovantes, la transformation locale à travers une approche d’industrialisation de proximité adaptée aux besoins de communautés de base et garantissant la valeur ajoutée et l’accroissement substantiel du revenu des ménages, (vi) la promotion du commerce équitable à travers le packaging (emballage) « made in DRC » et l’accès à l’information par le numérique, (vii) la promotion de l’entrepreneuriat dans l’agro business, etc. C’est en résumé tout ce que comprend le PTA-RDC. Vous pouvez donc comprendre qu’un tel programme à caractère transversal ne peut être mieux coordonné que par une Institution à caractère transversal, en l’occurrence le FSRDC.
Comment comptez-vous régler la question de la dépendance alimentaire de RDC et in fine améliorer le pouvoir d’achat du Congolais en vue de lui permettre de se nourrir à sa faim ?
Ceci fait partie des domaines d’intervention prioritaires du FSRDC et nous nous y employons déjà. La question de la sécurité alimentaire étant très urgente et très sensible, nous sommes en train de développer une approche qui va combiner un volet d’urgence et un volet de consolidation. Le volet d’urgence consiste à installer et à approvisionner des cantines communautaires en vivres à prix social en faveur des populations les plus démunies et le volet de consolidation consiste à accompagner l’intensification de la production et la transformation locale en vue de sa substitution progressive à l’importation jusqu’à atteindre la souveraineté alimentaire. C’est un grand défi pour une population de plus de 100 millions d’âmes à nourrir. Nous sommes conscients du défi et nous avons l’approche.
En ce qui concerne la substitution de la production locale à l’importation, nous avons ciblé des filières les plus prioritaires en combinant la production aux réformes sectorielles. Pour votre information, c’est la CAPUIDC aujourd’hui fusionnée au FSRDC restructuré qui a accompagné le gouvernement dans la réforme de la norme congolaise du pain et de la panification qui a permis d’introduire en RDC la farine composée comprenant au minimum 5% de la farine panifiable du manioc dans la panification et au minimum 10% de la farine panifiable du manioc dans la pâtisserie. L’application de cette réforme qui a déclenché l’industrialisation de la filière manioc et la substitution progressive de la farine panifiable du manioc par la farine de blé importée est en cours et poursuit son bonhomme de chemin. C’est un exemple concret parmi tant d’autres. L’intensification de la production et de la transformation locales contribuera à accroitre l’offre locale des produits alimentaires de qualité à prix compétitif tout en améliorant le revenu des exploitants/opérateurs qui bénéficieront d’un encadrement du FSRDC. Aussi, l’installation et l’approvisionnement des cantines communautaires à prix social pour les plus deminus servira à améliorer leur accès économique et physique à une alimentation améliorée. Toute cette combinaison devrait contribuer à régler suffisamment la question de la dépendance alimentaire en RDC et d’améliorer le pouvoir d’achat du Congolais en vue de lui permettre de se nourrir à sa faim.
Pour clore cet entretien, quel sera votre mot de la fin ?
Mes remerciements renouvelés au chef de l’Etat pour sa confiance en ma modeste personne et la réaffirmation de mon engagement ainsi que celui de toute mon équipe du FSRDC pour une contribution effective aux objectifs du second mandat du président de la République. La transformation de sa vision sociale dans le domaine de l’économie sociale pour l’amélioration sociale du Congolais, comme vous l’aviez indiqué, fait partie de ces objectifs. Mes remerciements à vous également pour l’opportunité que vous m’avez accordée de m’exprimer à travers vos canaux d’information et de communication que je sais d’une grande audience et portée.



