Coup de tonnerre dans le secteur de la bauxite guinéenne. La Société des Bauxites de Guinée (SBG), filiale du tentaculaire conglomérat Monaco Resources Group — désormais rebaptisé Sonel Investment— a perdu son permis d’exploitation minière. Une décision intervenue à la mi-juin sur fond de litiges civils et pénaux, et qui coïncide, pur hasard ou synchronie géopolitique, avec l’inscription de la Principauté de Monaco sur la liste noire de l’Union européenne, dans le sillage du resserrement du GAFI sur le blanchiment d’argent.
Basé sur le Rocher, Sonel Investment se présente comme un acteur global, solidement ancré dans les ressources naturelles, l’énergie, la logistique et l’agri-business, avec un chiffre d’affaires dépassant le milliard d’euros. Ses ramifications s’étendent de Chypre au Panama, en passant par Londres et Conakry. Mais derrière la façade de la croissance durable, les brèches juridiques s’ouvrent.
La SBG, qui s’était vue octroyer sa concession en 2016 pour l’exploitation du gisement de Garafiri (300 millions de tonnes de réserves), ambitionnait de transformer localement la bauxite en alumine, avec une raffinerie annoncée à 1,6 million de tonnes par an et un investissement promis de 1,4 milliard USD. Le projet était présenté comme le plus intégré du pays, avec des retombées fiscales estimées à 72 millions de dollars par an et des milliers d’emplois à la clé. En 2018, Axel Fischer, patron de Monaco Resources, saluait l’environnement d’investissement guinéen ; sept ans plus tard, c’est la même Guinée qui lui retire le tapis rouge.
Officiellement, les autorités guinéennes dénoncent l’opacité ayant entouré l’attribution initiale du permis, notamment une prise de contrôle orchestrée depuis le Luxembourg. En toile de fond : un faisceau d’anomalies, de connexions offshore et de figures aux CV lourds.
Axel Fischer, entrepreneur germano-monégasque, est cité dans plusieurs procédures. Quant à la structure capitalistique, elle mène à Cycorp First Investment, une holding chypriote détenue par Pascale Younès, compagne d’Axel Fischer et figure discrète du trading pétrolier franco-libanais.
Dans sa mue de juillet 2023, Monaco Resources s’est rebaptisé Sonel Investment et s’est officiellement retiré du secteur minier pour recentrer ses ambitions sur les infrastructures et la logistique. Un repositionnement qui ne convainc guère les marchés : à Londres, MRG Finance UK PLC a proposé en catimini de modifier les termes d’un emprunt obligataire de 50 millions d’euros, avec un remboursement anticipé à 2 % de la valeur nominale. Les créanciers apprécieront.
Depuis la reprise des actifs de Necotrans en 2017, le groupe avait pourtant marqué des points, alignant des terminaux en Europe, en Chine, et en Afrique, le tout articulé autour d’une vision : connecter les flux, maîtriser la chaîne de valeur. Mais la stratégie du conglomérat s’est heurtée à la réalité judiciaire et réglementaire.
SBG, dont la convention de base avait été signée en grande pompe avec l’État guinéen, devient ainsi le symbole d’un désenchantement. Conakry, en quête de souveraineté minière, semble décidée à revoir les concessions signées par l’ancien régime.
Le retrait du permis à la SBG pourrait n’être que le premier domino. D’autant que les autorités guinéennes, aujourd’hui plus vigilantes sur la traçabilité des flux et la réalité des investissements, scrutent désormais avec acuité les anciens accords hérités de la décennie précédente. Quant à Sonel Investment, son avenir africain s’écrit désormais sans bauxite, mais non sans turbulences.



